Réflexions sur ma formation supervisée en paroisse
Marie-Silvenie Chery
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Marie-Sylvenie a terminé son dernier stage pastoral, une étape importante de la formation des pasteurs dans l’Église Unie du Canada. Elle a accepté de nous partager ses réflexions sur son expérience.
Table des matières
Une formation ancrée dans la réalité paroissiale
Depuis un an, j’exerce mon rôle de pasteure en formation ministérielle supervisée au sein de l’Église Unie de la Grâce à Gatineau.
J’ai débuté mon ministère lors d’un dimanche de l’Avent, marquant mon entrée dans la vie communautaire par une liturgie empreinte d’espérance et de renouvellement.
Mon objectif était d’incarner la foi chrétienne à travers la Parole, l’action et l’authenticité, en accompagnant la communauté dans ses cycles de vie, ses joies et ses deuils.
Dans ce contexte, j’ai coordonné des cultes bilingues, composé des prières et méditations poétiques, spirituelles, et offert une présence attentive auprès des paroissiens et des paroissiennes.
Mon approche pastorale s’est appuyée sur l’écoute, l’accueil et la construction de liens vivants, en intégrant mes expériences de soins holistiques de la personne.
Développer de nouvelles compétences
Cette année de formation m’a permis de développer mes compétences en prédication, en animation liturgique et en accompagnement spirituel, tout en affirmant mon désir de bâtir des communautés enracinées dans la foi chrétienne.
Chaque semaine, je me suis tenue à la croisée des chemins : entre les attentes liturgiques et les réalités humaines, entre les textes sacrés et les voix de la communauté.
Préparer le service du dimanche, c’est plus que planifier une séquence : c’est chercher l’harmonie entre les lectures, les chants, les prières, et les visages qui les portent.
C’est écouter les silences, discerner les élans, et tisser une liturgie qui parle au cœur de toutes et tous.
Être à l’affût des besoins de la congrégation, c’est cultiver une posture d’attention constante. Cela demande de voir au-delà des mots, de percevoir les fatigues, les joies, les absences, les élans de service ou les appels au repos.
Dans cette écoute, j’ai découvert que la coordination pastorale n’est pas une simple gestion de calendriers, mais un art du lien : relier les personnes, les dons, les temps liturgiques, les événements communautaires, pour que chacun et chacune trouve sa place et que l’Esprit puisse circuler.

Apprendre à faire confiance aux autres
En tant que stagiaire, je suis consciente de mes limites. Je ne peux pas tout faire ni tout porter. Mais je peux chercher, inviter, faire confiance.
Trouver des personnes-ressources, c’est reconnaître les talents autour de moi, les appeler, les encourager. C’est aussi accepter que le ministère soit toujours partagé, jamais solitaire.
Être une personne intègre
Enfin, je travaille sur ma propre personne : non pas pour paraître parfaite, mais pour être cohérente. Mon habit, mon comportement, ma manière d’être en relation sont autant de signes visibles de l’invisible que je cherche à servir.
Être modèle, ce n’est pas être sans faille, mais c’est marcher avec intégrité, avec foi, avec douceur. C’est laisser transparaître quelque chose du Christ dans mes gestes, mes paroles, mes silences.
Cette formation est pour moi un terrain d’apprentissage incarné, où la foi se fait service, où la coordination devient communion, et où chaque jour m’invite à grandir en humilité, en écoute, et en espérance.
Ce qui reste de ma formation
À l’heure de mon départ, je ressens le besoin de poser des mots sur ce que j’ai vécu, appris, et semé au sein de cette communauté.
Cette formation n’a pas été seulement une étape de formation, mais un véritable enracinement dans la vie paroissiale, dans ses rythmes, ses visages, ses appels.
Je suis venue avec le désir de m’adapter à un environnement nouveau, d’en comprendre les codes, les sensibilités, les besoins.
Cette adaptation s’est faite dans l’écoute, dans l’observation, dans le respect des histoires et des habitudes.
Elle m’a permis de tisser des liens, de me sentir peu à peu chez moi, et de contribuer avec justesse et délicatesse.
J’ai tenté de mémoriser les noms, non par devoir, mais par amour. Chaque prénom retenu est une porte ouverte vers une relation plus vraie, plus humaine. C’est une manière de dire à chacun et chacune : “Tu comptes, je te vois, je t’accueille.”
Dans mes écrits – qu’il s’agisse de messages, de prières, d’annonces ou de remerciements – j’ai cherché à incarner la foi.
À écrire avec clarté, mais aussi avec cœur.
À faire résonner l’Évangile dans des mots simples, accessibles, porteurs de sens.
À ce niveau, chaque phrase est une offrande, un geste pastoral.
J’ai aussi appris à pratiquer la spiritualité comme un outil personnel, un appui dans les moments de doute ou de fatigue.
La prière, la méditation, le silence sont devenus des ressources pour tenir, pour discerner, pour mieux accompagner. Elles m’ont aidée à faire des études bibliques qui relient les récits anciens à la réalité quotidienne, à la vie concrète des gens d’ici et d’aujourd’hui.
Ce que je laisse après cette formation, c’est un témoignage de présence : une présence attentive, engagée, discrète, mais réelle. Je laisse des mots semés, des gestes posés, concret pour enrichir la vie paroissiale :
- Intégrer des intervenants de santé afin de soutenir une approche holistique de la communauté.
- Inviter une bande musicale pour dynamiser la vie liturgique et favoriser la participation.
- Organiser des sorties en plein air pour renforcer les liens fraternels et spirituels.
- Participer activement à des services œcuméniques et sociaux de la ville, inscrivant la paroisse dans un réseau plus large de solidarité et de témoignage chrétien.
Je laisse une trace de foi incarnée, des liens tissés, de service joyeux, de cheminement partagé.
Recevoir plus que ce que l’on a donné
Et je pars avec gratitude, sachant que ce que j’ai reçu dépasse largement ce que j’ai donné.
Durant cette formation, j’ai compris que je ne pouvais pas tout faire. Mais j’ai aussi réalisé que ce n’était pas nécessaire.
- Ce qui comptait, c’était de rester fidèle à mes quatre objectifs essentiels : m’adapter à l’environnement par l’intégration en participant aux évènements de la communauté;
- écrire des messages clairs et porteurs de foi,
- sensibiliser les personnes dans la pratique à travers des études bibliques
- pratiquer une spiritualité vivante et authentique.
Les besoins dans une paroisse sont nombreux, et la figure du pasteur est souvent perçue comme un point d’appui.
Cela peut être lourd comme visiter les ainés dans les résidences; de faire des appels téléphoniques, d’accompagner en temps de besoins et de deuils, etc. Cependant, cela m’a appris à discerner, à déléguer, à chercher des ressources, et surtout à me rappeler que je ne suis pas seule : l’Esprit Saint est à l’œuvre.
Mes apprentissages durant ma formation
Mon plus grand défi a été de faire aimer et apprécier la Bible. Non pas comme un livre figé, mais comme une parole vivante, capable de rejoindre les réalités quotidiennes.
J’ai compris que la compréhension ne vient pas seulement par l’intellect, mais par l’ouverture du cœur. Et cette ouverture, c’est l’Esprit qui la donne.
Mon rôle est d’ouvrir des chemins, de poser des questions, de créer des espaces où la Parole peut résonner.
La plus grande sagesse que j’ai rencontrée, c’est l’humilité : celle d’accueillir chacun et chacune là où il ou elle est, sans jugement, sans pression.
Il ne s’agit pas de forcer la présence au culte, mais d’honorer chaque pas de foi, chaque geste de prière, chaque silence habité.
L’authenticité a été mon compagnon de route. Être vraie, être cohérente, être présente. Ne pas jouer un rôle, mais incarner une posture de service.
Et dans ce service, ne pas m’épuiser, mais respecter mes limites, écouter mes besoins, et me rappeler que le Christ lui-même s’est retiré pour prier.
Le plus grand conseil que je retiens, c’est celui-ci : rester un leader sans prendre autorité sur les autres. Travailler en collaboration, en confiance, en communion. Jésus a lavé les pieds de ses disciples.
Cette image du serviteur me guide : servir avec amour, avec humilité, avec joie.
Demeurer humble
Je pars avec gratitude, avec des visages en mémoire, des paroles échangées, des silences partagés et des cadeaux empreints de souvenirs. Et je laisse derrière moi un témoignage : celui d’une foi en chemin, d’un ministère en apprentissage, et d’un cœur ouvert à l’Esprit.
Un dernier mot :
Restez humble et fais de Jésus notre instructeur.
Autrice

Marie-Sylvenie Chery
Liturgiste et pasteure en formation. Marie Silvenie a d’abord suivi des études de linguistique appliquée en Haïti avant d’obtenir un baccalauréat en sciences infirmières à l’Université de Montréal. Elle a exercé le métier d’infirmière clinicienne, développant une approche holistique du soin de la personne (corps, âme et esprit) pendant dix-huit ans. Elle a ensuite obtenu un baccalauréat en théologie à l’Université McGill et une maîtrise en divinité à Montreal Diocesan Theological College.