L’intelligence artificielle va remplacer la Bible?
Stéphane Vermette
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Depuis quelque temps, il est question d’intelligence artificielle un peu partout. Pour certains, il s’agit d’une révolution extraordinaire. Pour d’autres, cette technologie inspire la peur. Quels impacts aura cette avancée sur la vie religieuse?
Dans cet épisode, Joan et Stéphane explorent le concept d’intelligence artificielle et essaient d’imaginer où cette technologie pourrait être utile.
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Table des matières
Bonjour! Bienvenue à Question de croire, un podcast qui aborde la foi et la spiritualité, une question à la fois.
Cette semaine, est-ce que l’intelligence artificielle va remplacer la Bible?
Bonjour Stéphane, bonjour à nos auditrices et auditeurs.
Bonjour Joan, bonjour à tout le monde.
Demander une prière à l’intelligence artificielle
Alors moi, je ne sais pas si l‘intelligence artificielle va remplacer la Bible, mais ce que j’ai constaté sur mes réseaux sociaux vers mai, juin, tu vois, c’est qu’il y a pas mal de pasteurs qui se sont d’un seul coup rendus compte qu’il y avait des intelligences artificielles qui pouvaient écrire des prières. Tiens-toi bien.
Alors, écrire, je ne sais pas moi, des comptes rendus, écrire des romans, écrire des manuels d’utilisation. Tout ça, visiblement, c’était quelque chose qui avait été envisagé par à peu près tout le monde. Mais des prières?
Tant et si bien que j’ai un collègue, un collègue parisien d’ailleurs, je préfère le préciser, qui a demandé une prière. Comme ça, il a donné des éléments peut-être ChatGPT. D’ailleurs, en français, GPT, c’est spécial. Tout le monde ne va pas tout de suite comprendre, donc chat GPT.
Donc, il a demandé une prière et il l’a publiée.
Donc, c’était public sur les réseaux sociaux, en faisant remarquer que ma foi, c’était quand même plutôt pas mal, voire mieux qu’un certain nombre d’écritures qu’il avait déjà pu lire de la plume de collègues.
Moi, j’ai trouvé ça… J’ai trouvé ça marrant. Nous voilà en concurrence directe. Déjà, pas seulement les uns avec les autres, mais figure-toi avec des moteurs de recherche pour faire des prières.
Alors, je me suis permis, parce que je suis comme ça, je suis un petit peu une coquine, je suis sassy, comme on dit en anglais.
Je me suis permis de lui demander s’il avait demandé à l’intelligence artificielle qui était le meilleur pasteur de Paris. Bon, là, nos échanges se sont plus ou moins arrêtés.
Je dois dire, c’est un peu comme l’intelligence artificielle, des fois, on n’arrive plus à avancer dans la conversation.
La peur de devenir obsolète face à l’intelligence artificielle
C’est fascinant la réaction que plusieurs ont eue lors du battage médiatique avec ChatGPT et tout ce qui est sorti depuis, parce que ce n’est pas un phénomène nouveau.
Le premier à parler de ce qu’on appelle aujourd’hui l’intelligence artificielle, c’est Alain Turing, le grand mathématicien, le père de l’informatique, dans les années 50. Et depuis ce temps-là, ça revient on dirait régulièrement.
Je me souviens dans les années 80, lorsque les ordinateurs sont devenus plus populaires, plus accessibles aux gens, il y avait des gens qui disaient, on n’aura plus besoin de musiciens, on va appuyer sur une touche, puis ça va composer de la musique, puis ça va être là tout seul.
Lorsque, je ne me souviens plus en quelle année, l’ordinateur de IBM, Deep Blue a battu le joueur d’échecs Kasparov. La machine avait battu l’homme.
On a cette peur de se faire remplacer par la machine, de devenir limité, de devenir obsolète.
Et pourtant, ce n’est pas de tout ça qu’on parle, c’est comme tu as dit, on parle d’une immense base de données qui peut servir comme un outil de recherche, comme une encyclopédie peut être un outil de recherche, une base de données sur Internet est un outil de recherche.
Mais ça ne remplace pas nécessairement la Bible, un pasteur, la religion.
L’accès à l’information grâce à l’intelligence artificielle
Mais tu vois Stéphane, c’est génial que tu aies parlé d’encyclopédie parce que moi, j’ai bossé pendant dix ans pour la centrale de littérature chrétienne francophone.
Mon ministère c’était d’évaluer les besoins sur place en termes de formation des pasteurs dans les bibliothèques et puis d’essayer de voir ce que je trouvais en Occident, en francophonie, qui pouvait convenir aux bibliothèques de formation de pasteurs essentiellement en Afrique francophone, à Madagascar et puis aussi un petit peu dans le Pacifique et ailleurs.
Et il se trouve que l’un des marronniers, un marronnier, c’est comme ça qu’on dit en France, je ne sais pas si on dit ça au Québec, mais une des choses qui revenait toujours dans les conversations.
C’est : écoutez madame, nous vous donnons accès à la très fameuse bibliothèque de notre défunt père, puis alors nous comptons sur vous pour valoriser le fait qu’il y a une encyclopédie toute spéciale, elle date de 1987, et nous sommes persuadés qu’en Afrique, les gens pourront en faire un excellent usage.
Et c’était vraiment marrant parce que bon, 1987, typiquement, c’est avant la chute du mur, donc ce n’est pas très, très pratique en fait comme encyclopédie.
Sans parler du fait qu’une encyclopédie qui n’a pas été ouverte, feuilletée, aérée depuis 10 ans, 20 ans, 30 ans, elle n’est pas toujours en bon état, elle ne sent pas toujours bon, puis c’est lourd et c’est compliqué.
Et puis au fait, il y a des problèmes évidemment d’électricité un peu partout en Afrique, mais quand même, ça ne va pas être ma priorité.
Et donc, c’est un peu comme si, effectivement, il y avait un grand écart générationnel. Mon père avait cette encyclopédie. C’était une marque aussi de savoir, une marque d’intérêt, d’ouverture vers le monde.
Et donc là, on perd un peu ce genre de repères et on passe à d’autres repères.
Remplacer les livres par l’internet
C’est très intéressant, cet écart de génération ou de culture. Je me souviens, j’ai débuté dans une paroisse il y a quelques années, pas ma paroisse actuelle, une autre, et on me fait faire le tour de l’église et on me présente le bureau du pasteur.
Il y avait une bibliothèque immense pis l’on me dit bon ce n’est pas assez de place pour tous tes livres on va t’installer un autre coin.
Moi j’ai dit j’ai très peu de livres en fait le choc le choc mais Pourquoi tu ne fais pas de recherche? Ben oui, il y a plein de bases de données sur internet. Il y a plein de trucs électroniques. Je fais des recherches dans des livres et sur internet.
Mais il y a cette espèce d’idée qu’un intellectuel, un bon pasteur, ben là, il y a des vieux livres peut-être un peu poussiéreux, puis on aime s’imaginer qu’ils se retournent sérieusement, ouvre le livre.
Il y a cette culture presque un fétiche du livre imprimé et pourtant pendant des siècles et des siècles le christianisme a existé sans les livres tels que nous les connaissons. Et ça a bien fonctionné.
Quand l’imprimerie est arrivée, qui a été une révolution aussi, sinon plus spectaculaire que l’arrivée de l’informatique dans nos vies, la religion s’est adaptée, la foi s’est adaptée, la spiritualité s’est adaptée.
Pourquoi ce ne serait pas la même chose?
Il y a comme une espèce de blocage. Un bon pasteur a une énorme bibliothèque et quand le pasteur prend sa retraite, cette personne lègue ses livres à des jeunes étudiants. C’est peut-être plus ça, c’est peut-être plus le monde dans lequel nous vivons.
La Bible de Calvin à l’intelligence artificielle
Moi j’aime beaucoup, quand on fait un écho au titre de l’épisode du jour, j’aime beaucoup me rappeler de cette anecdote qu’effectivement, à partir du moment où la Bible a été imprimée de façon beaucoup plus massive qu’avant, où elle était manuscrite, et bien la liturgie de Calvin a pris une énorme popularité.
Pourquoi? Parce que pendant presque deux siècles, dans toutes les bibles dites protestantes, on mettait une liturgie de Calvin pour que les gens puissent présider le culte.
On était vraiment dans une époque qui n’était pas du tout aussi cléricale que maintenant quand on y songe. C’est un peu dingue.
Et puis les protestants étant persécutés dans la plupart des régions de France, pas toutes, mais la plupart, ça leur était bien utile pour tenir des cultes au désert, etc.
Mais du coup, c’est intéressant de se dire que ce qu’on considère être la Bible a pu, à une autre époque, être agrémenté d’autres choses.
Et là, maintenant, elle se présentera peut-être sous d’autres formats aussi, tout comme les prières d’ailleurs.
Et si je reviens à cette petite anecdote du collègue parisien et des prières, pour moi, ça révèle aussi quelque chose qui me frappe.
C’est-à-dire que ces robots sont présents là où la plupart des ministres ne veulent pas beaucoup être.
Alors, ce n’est pas exactement un endroit, c’est un espace, un espace symbolique.
Celui d’être d’accord de répondre à des questions naïves.
Parce que c’est ce qu’ils font ces robots, cette intelligence artificielle. Tu n’as pas peur de poser ta question naïve, du style, Jésus est-il vraiment le fils de Dieu?
Alors que quand t’as un pasteur en face de toi pour l’enterrement de ta mémé ou quoi, tu n’oseras peut-être pas. Mais le moteur de recherche, pourquoi pas?
Et finalement, il y a beaucoup de ministres, de pasteurs qui ne sont pas accessibles. Et alors ce sont des questions naïves, simples, peut-être répétitives.
Moi je me rappelle qu’il y a une personne qui m’a trouvée sur Instagram, je ne sais pas trop qui d’ailleurs parce que c’était un pseudo, et qui s’est mise à m’écrire en me disant il paraît que vous êtes pasteur, je dis oui. Je n’arrive pas à m’endormir le soir. Je ne dis pas que tous les pasteurs doivent faire ça, et je pense que pour la vie de famille, ce n’est peut-être pas bien.
Pour moi, c’était OK à ce moment-là et de cette façon-là. Je lui dis d’accord, moi je suis assez couche-tard. Jusqu’à 23h, je peux lire votre message et essayer de vous réconforter avec un verset biblique, vous envoyer le lien vers un cantique, répondre à votre question.
Et c’est quelqu’un qui a fait ça pendant plusieurs semaines, Stéphane, et ce n’était pas long et ça ne m’a pas fatiguée, et ça ne m’a pas dérangée, et ça n’a pas créé un précédent. Il n’y a pas eu ensuite des hordes de gens qui m’ont écrit à 23h.
Mais il y a une personne individuelle qui avait des angoisses terribles au moment de se coucher et qui n’avait personne auprès de qui déposer. C’étaient des angoisses spirituelles, tu vois, en lien avec son identité, sa vie, sa relation à Jésus.
Et pendant plusieurs semaines, j’ai accepté tous les soirs d’être juste la personne qui veille un peu et qui dit je suis là, je te tiens la main à distance. Une fois de plus, je ne veux pas faire de leçons, je comprends.
Il y a des gens d’ailleurs qui se couchent à 22h, il y a des gens qui détestent regarder leur Instagram à 23h, il y a des gens qui ne parlent pas avec des inconnus.
Que Dieu bénisse chacune de ces personnes, chacun de ces ministres. Je dis juste qu’évidemment qu’il y a des robots qui vont se développer là où la présence humaine n’est pas.
Ces pasteurs qui se font dire d’avoir peur de l’intelligence artificielle
Et peut-être le revers à ce que tu dis, c’est qu’il y a des pasteurs, des gens dans l’institution qui ont peur de perdre le contrôle. Si c’est des robots, si c’est des banques de données qui répondent automatiquement, comment s’assurer que ces personnes vont recevoir le bon message, la vraie bonne réponse, telle que définie par l’institution, naturellement?
Il y a ça aussi peut-être qui joue dans la tête de certaines personnes.
Si nous ne sommes plus les individus qui définissent les réponses, qui donnent les réponses, qui donnent le savoir, qui sommes-nous? Quel est notre rôle? Et ça, ça peut nourrir une forme d’angoisse, de peur de devenir obsolète.
Je vais te donner un exemple. Les pasteurs dans mon Église sont formés pour avoir peur de la technologie, de l’innovation.
J’ai eu des amis qui se sont fait dire de se méfier de Facebook surtout lorsqu’on parle avec des jeunes et tout ça et moi j’avais le goût de dire mais il n’y en a plus de jeunes sur Facebook de toute façon donc il n’y a pas raison de s’inquiéter mais tout ce côté-là qui semble être hors du contrôle de l’institution semble inquiéter grandement plusieurs de mes collègues.

Utiliser l’intelligence artificielle pour développer une présence pastorale
Moi je suis beaucoup plus inquiète Stéphane de tous ces lieux et ces espaces, mais c’est en lien avec les intelligences artificielles évidemment, où il n’y a pas de présence pastorale, ministérielle.
Lorsqu’effectivement j’ai des collègues qui me disent « ah bah alors non, moi c’est hors de question que j’aille sur telle ou telle plateforme, Twitch, de toute façon c’est pour les jeunes, TikTok, n’en parlons pas », je leur dis « ok mais C’est bon, d’accord, c’est votre limite. »
Mais néanmoins, il va falloir qu’on ait une réflexion globale, une réflexion d’église, parce qu’on ne peut pas laisser des pans entiers de la culture post-moderne sans vis-à-vis spirituel, sans quelqu’un qui soit formé à poser la question du sens et de l’éthique, un rôle de vigile.
Alors, je pense aux enfants justement, aux jeunes, aux personnes isolées, voilà.
Normalement, on a une partie de notre vocation, c’est d’être un peu disponible et là, lorsque le monde ne l’est plus.
C’est pour ça qu’on répond aux gens le dimanche, après le culte, même si c’est censé être un jour de repos. C’est pour ça que si le téléphone sonne à minuit, on se doute bien qu’il y a eu un drame.
C’est pour ça qu’une fois avec mon époux, on passait le nouvel an en famille, nous avec nos filles, le téléphone a sonné. Il y avait eu un bébé mort-né dans la communauté. Évidemment, évidemment qu’on a apporté de l’écoute.
C’est pour ça qu’on accepte d’être là auprès des gens quand le monde a l’air d’être occupé à faire tout à fait autre chose.
On accepte de pleurer quand les gens rient, on accepte de rire quand les gens pleurent, on accepte d’être un peu en décalage.
Être en décalage justement, c’est pas être tout le temps dans notre zone de confort ultra définie à l’avance. Pour tous ces pasteurs qui ont peur d’être remplacés par des robots conversationnels, la religion, la foi, la spiritualité, c’est quelque chose de très relationnel.
Nous sommes beaucoup portés vers le savoir, la connaissance de Dieu, l’information sur Dieu.
Mais Dieu aussi, c’est une expérience, c’est une relation avec les autres êtres humains. Et ça, on n’est pas encore rendu là au niveau de l’informatique. C’est très difficile de remplacer ce facteur que je trouve quand même important.
Peut-être que oui, bientôt, on aura de la technologie pour écrire des sermons extraordinaires et touchants.
Mais d’avoir quelqu’un à côté de soi qui nous écoute lorsque, l’exemple que tu as donné, lorsque la mort frappe notre famille, lorsqu’on est à l’hôpital, lorsqu’on est en situation de détresse, d’avoir un autre être humain c’est difficile à remplacer.
Et je trouve que c’est tellement stimulant d’essayer plutôt de marcher avec les avancées technologiques, à part évidemment si on est quelqu’un de très décroissant et qu’on fait énormément d’éco-théologie et qu’on passe sa journée dans le jardin à faire des choses en lien avec la nature, les enfants, les prières, bon ça c’est tip top, je veux dire c’est aussi un créneau que je trouve formidable.
Mais globalement, si on est dans la situation qui est assez répandue dans toutes nos Églises Unies, qu’elle soit du terreau réformé ou autre chose réformée, on est plutôt en train de se demander mais où sont les gens qu’on regarde autour de nous?
Et donc je me dis que c’est tellement stimulant de se dire qu’on peut apprendre, on peut découvrir et on peut se faire aider.
Le problème n’est pas l’intelligence artificielle mais la façon de l’utiliser
Et j’ai trouvé justement par l’ami d’une amie, une théologienne qui s’appelle Erin Green, alors je ne la connais pas personnellement, et j’adore la façon dont elle a fait son message là sur Facebook.
Elle a dit, c’est en anglais, ça y est, j’arrive enfin à lancer mon business online, je vais vous aider à avoir des formations éthiques sur l’utilisation de l’intelligence artificielle, et je vais même enseigner à plusieurs ONG à utiliser les intelligences artificielles de la bonne manière.
Alors je dis, bravo! En fait, le problème, ce n’est jamais l’outil, c’est la façon dont on nous enseigne à l’utiliser.
Et bien sûr, une fois de plus, nos Églises ne vont pas nous enseigner à utiliser des outils, on va plutôt nous dire de nous en méfier, ce qui ne va rien changer au développement de l’outil si ce n’est qu’on y sera pas.
Après, il y a une autre réflexion que je voulais un petit peu te soumettre. Je trouve que c’est intéressant de voir combien on déshumanise un système en disant, ouais, alors voilà, robot, pas bien, loin, parce que tout ça s’est produit en Inde ou je ne sais pas où, en Russie.
Et en fait, ce n’est pas quelque chose qui est déshumanisé, c’est l’inverse, c’est un système qui est complètement dépendant des humains, des humaines, de leur génie, de leur investissement et de qui les finance.
L’intelligence artificielle est le reflet des êtres humains
C’est un très bon point. Cette technologie n’est pas générée ex nihilo. Ça ne sort pas de nulle part. Et on pourrait dire que cette technologie est générée par les êtres humains pour le meilleur et pour le pire.
Si on part avec certains préjugés, certains biais, on va le trouver dans la technologie.
Les robots conversationnels, ils sont programmés par des êtres humains, ils sont nourris par le savoir humain. Si on ne fait pas attention, on va reproduire les mêmes comportements des humains.
On a cette idée que la technologie, elle est neutre. Je vais aller sur un logiciel, je vais taper, il va me donner exactement la bonne réponse. Pas de biais, non.
Il y a toujours un biais derrière les programmateurs, les programmatrices, les personnes qui nourrissent la technologie.
L’intelligence artificielle : le nouveau veau d’or
Alors moi, je me dis aussi qu’il y a tout un système et tout un business derrière. C’est pour ça que je trouve formidable qu’il y ait des personnes chrétiennes, voire des personnes qui ont une formation en théologie, qui vont maintenant proposer des services de gestion éthique.
En fait, on sous-traite tout à des pays où il y a des personnes qui n’ont pas le minimum vital. On sous-traite tout et jusqu’à maintenant, ça ne nous a pas trop dérangé.
Il y a une réflexion globale à mener sur nos veaux d’or, ce qu’on appelle, c’est très à la mode, je ne sais pas, très trendy, les pharaons intérieurs.
Puis j’aimerais dire les pharaons extérieurs aussi, parce que tout ça, ce sont des dépendances et puis je me mets dedans. Pas de problème pour moi. Il ne s’agit pas d’une réflexion pour plus de morale, mais plutôt une réflexion pour inviter les personnes à se forger une éthique.
À savoir comment utiliser, comment comprendre, comment appréhender les choses.
Là, par exemple, j’ai vu qu’il y a des enseignants et enseignantes en France qui disent à leurs élèves, écoutez, le premier devoir, vous me le faites par intelligence artificielle. C’est OK, il n’y a pas de problème. Et puis le deuxième, vous me le faites vous-même. Et puis on va comparer les deux.
Et la plupart du temps, les enseignants et enseignantes arrivent à leur montrer combien les choses sont plus fines, plus nuancées, plus personnelles, plus intéressantes, plus marrantes aussi, quand c’est fait personnellement.
Il y a plus d’erreurs, mais il y a plus d’humanité dedans aussi, c’est un peu normal. Et donc moi j’ai l’impression que chaque époque a ses viandes sacrifiées, n’est-ce pas?
Celles avec lesquelles on ne sait jamais trop quoi faire dans la Bible. Est-ce que je les prends? Je ne les prends pas, pourtant je suis chrétienne.
Et la question, ce n’est pas tant de « est-ce que je les prends ou je ne les prends pas? » ces viandes sacrifiées, c’est plutôt « si je les prends, pourquoi est-ce que je les prends?
Et si je ne les prends pas, pourquoi est-ce que je ne les prends pas? Qu’est-ce que ça veut dire dans ma vie? Est-ce que c’est juste une posture ou est-ce qu’il y a toute une réflexion globale? »
Comme tu dis, cette médiatisation massive nous a une fois de plus remis en face de réalités qui nous précèdent depuis très, très longtemps.
Tout à fait. Et tu parles de veaux d’or, d’idole finalement.
Des fois, on considère certaines choses comme une idole. Bon, la technologie, soit que c’est 100% bon ou soit qu’on le rejette à 100%.
Comme tu soulignes, tout cet exercice, C’est-à-dire, qu’est-ce qu’il y a de bon là-dedans?
Qu’est-ce qu’on a à apprendre? Comment on peut utiliser l’outil?
C’est une perte de temps ou ça n’est pas pertinent à mon contexte, ce n’est pas pertinent à ma réalité?
Moi, j’ai le privilège d’être un pasteur qui est payé pour réfléchir, prier, pour écrire un sermon.
Je connais un prédicateur laïque qui travaille à temps plein à son boulot et qui doit organiser un culte tous les dimanches.
Il m’a dit, moi, ChatGPT, c’est commode parce que c’est juste quatre heures pour faire mon culte.
Alors, je peux écrire quelle est la position des chrétiens progressistes sur l’avortement. Et là, j’ai un texte. Je ne prêche pas ce texte là, mais il utilise l’outil pour permettre d’apporter un message pertinent.
Sinon, il me dit mais je n’aurais pas le temps, mais il ne faut pas regarder ça comme des idoles qu’il faut embrasser ou détruire.
C’est peut-être que l’un et l’autre. Pas être dans une position de réflexion binaire, mais d’essayer de voir ce que ça va, qu’est-ce que ça ne va pas, qu’est-ce qui peut être amélioré, qu’est-ce que ça fonctionne très bien, et d’inclure ça dans nos pratiques pastorales, dans nos pratiques religieuses, dans nos pratiques de foi.
Conclusion
Pluie de bénédictions vers les prédicatrices et prédicateurs laïcs qui vraiment, vraiment sont absolument nécessaires de nos jours pour prêcher l’Évangile. Moi j’aimerais terminer avec une question qui diffère un peu de celle de l’épisode. Finalement Stéphane, qui est le meilleur pasteur de Paris? Ça peut pas être moi, j’habite pas Paris.
Et ça peut pas être moi non plus.
Alors, je laisse nos auditrices et auditeurs chercher sur Chat GPT et envoyer les réponses.
Nous prendrons avec plaisir vos commentaires, vos questions, vos suggestions pour de nouveaux épisodes. Peut-être que vous pouvez utiliser l’intelligence artificielle pour nous faire des suggestions.
Et vous écrivez tout ça à questiondecroire@gmail.com. Merci à l’Église unie du Canada, qui est notre commanditaire.
Merci, Joan, pour cet épisode. Merci, Stéphane.

Rév. Stéphane Vermette
Pasteur de paroisse à Admaston, Kanata (Ont.), Quyon (Québec) et Église Unie Sainte-Claire (exclusivement sur internet). Coordinateur des communications et du développement en français de l’Église Unie du Canada. Depuis plus de 10 ans, il exerce un ministère numérique sur les médias sociaux (Facebook, Instagram, TikTok, YouTube, BluesSky) pour apporter une foi progressiste en français sur internet.

Joan Charras-Sancho
Joan Charras-Sancho est docteure en théologie protestante et pasteure. Active dans le canton de Vaud, elle accompagne les personnes migrantes et les communautés queers. Collaboratrice aux livres « Une bible des femmes » (2018), « Une Bible, des hommes » (2021). Son ministère cherche à créer des espaces d’écoute, de dignité et d’espérance pour chacun·e.