Doit-on choisir entre la science et la foi?
Stéphane Vermette
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Plusieurs personnes dans notre société affirment que la science et la foi sont complètement à l’opposé l’un de l’autre. Et si chacune des disciples répondait à des besoins différents? Est-ce qu’un dialogue entre les deux nous permettrait d’aller plus loin dans nos réflexions?
Dans cet épisode, Joan et Stéphane explorent les raisons derrière nos désirs de croire en quelque chose et comment la science peut nourrir notre cheminement spirituel.
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Table des matières
Bonjour, bienvenue à Question de croire, un podcast qui aborde la foi et la spiritualité, une question à la fois. Cette semaine, doit-on choisir entre la science et la foi?
Bonjour Stéphane. Bonjour Joan. Bonjour à toutes les personnes qui nous écoutent.
Un professeur de science construit l’arche de Noé au Kentucky
Moi, j’ai découvert quelque chose de fascinant lors de mon voyage en Amérique du Nord. J’étais visitée la famille, les amis et j’étais reçue à Cincinnati par une très bonne amie que je salue.
Et puis, elle me dit qu’est-ce qui te ferait plaisir pour notre journée d’excursion. Il y avait une journée d’excursion qui était prévue avec nos deux ados, la sienne et la mienne.
Alors je me mets à googler un peu et là je découvre qu’en allant dans l’autre État, eh bien, je pouvais monter dans l’arche de Noé. La vraie, la biblique!
Donc dans le Kentucky, on peut aller à un truc qui s’appelle en anglais Arc Encounter. Et c’était tellement intéressant!
Alors d’abord, ce qui est vraiment fascinant, c’est l’organisation. Une organisation, alors au top. Bon alors tout coûte très cher. Tu payes le parking 15$, tu payes ton entrée 50$, bon.
Et puis après on te met dans un bus et on te fait faire un petit parcours comme ça, tu montes un peu dans la montagne parce que l’Arche de Noé, on n’y va pas la mettre tout en bas. Elle est carrément sur une petite colline.
Eh oui, ce n’était pas une montagne, hein, cela dit. Et puis tu sors du bus et là pour de vrai en bois, grande, majestueuse, il y a une arche.
Et c’est tellement frappant de voir ce que tu dis, mais ce n’est pas possible.
Et le gars qui a trouvé ce concept, Ken Ham, donc c’est un prof de science à la base, d’où le lien avec notre émission, eh bien il a cherché à tout faire rentrer dans une sorte de concept scientifique.
D’ailleurs, l’un de ses panneaux s’appelle « Everything Fits In », tout rentre dedans.
Et là, il te fait par A plus B que si tu avais tant et tant de grandes jarres d’eau, tu pouvais faire vivre tant et tant de dinosaures dans l’arche.
Et à un autre endroit, il y avait un potager aussi. Oui!
Et à un moment donné, tu vois une figurine grandeur nature, c’est la femme de Noé. Bon, dans la Bible, elle n’a pas de prénom. Donc là, il y avait un disclaimer qui disait que c’est vrai que dans la Bible, ce n’est pas écrit comment s’appelait la femme de Noé, ni comment elle était habillée.
Mais là, il avait fallu prendre quelques libertés pour bien nous faire rentrer dans la situation. Et la femme de Noé, d’après toi, elle donnait quoi à manger aux bêtes qui étaient là, dont les dinosaures? Des carottes. Ben oui, des carottes! Les bonnes carottes, ça fait 5000-6000 ans. Ah oui, toutes grandes comme ça.
Alors voilà, ça c’était formidable de voir comment cet enseignant en sciences qui est devenu apologiste, par amour quelque part.
Et puis avec sa notion à lui de respect du texte biblique, il avait consacré toute sa vie à construire une énorme arche de Noé, au cours de laquelle on peut découvrir via des petites expositions, des panneaux explicatifs, combien cette arche serait plausible en réalité.
Utiliser la science pour démontrer la véracité de la Bible
Je t’écoute et dans la région d’Ottawa où j’habite, il y a aussi une arche. Pas une réplique grandeur nature, mais quand même assez grande au milieu d’un parc d’attractions. C’est vraiment bizarre.
Ça s’appelle Logos Land, pour les gens qui veulent peut-être googler.
Alors, il y a l’arche, mais autour, il y a des glissades d’eau, il y a un terrain de golf, il y a un camping.
Et dans l’Arche, il y a un restaurant où on sert des burgers à la viande, ce qui fait toujours soulever le sourcil. Quelle viande nous sert-il? Ben de dinosaure! Sûrement! Sûrement!
Je trouve cette obsession de certains croyants chrétiens de vouloir à tout prix démontrer scientifiquement que la Bible est, entre guillemets, « véridique ». Tout ça est vrai, on peut prendre ça au pied de la lettre.
Et je trouve que, un peu bizarrement, il y a comme un double discours. Il y a comme un discours d’opposer la science et la foi, mais en même temps on veut utiliser la science, les techniques scientifiques pour valider la foi.
C’est comme si on jouait sur les deux tableaux en même temps. Il y a comme une déconnexion là-dedans, il y a un manque de logique si on veut être scientifique.
Le besoin de la science pour donner un vernis rationnel
Ce qui est pas mal, c’est dans le cheminement de Ken Ham, donc enseignant de sciences, bon je pense plutôt dans les petites classes, il n’avait pas l’air d’être un professeur d’université.
Et ensuite il s’est dit je vais faire le musée de la création et il est parti faire ça dans un mall.
Et là je pense que les gens lui ont quand même posé plein, plein de questions très précises.
Ce qui m’a le plus plu dans ce parcours c’est l’attention qu’il avait de répondre scientifiquement à toutes les questions très précises des gens.
Alors par exemple, il y a un endroit où il y avait écrit « division of labour », donc le partage du travail, où il avait calculé combien d’heures par jour quelqu’un dans assez bonne santé pouvait travailler, et il avait divisé ça entre les huit adultes a priori qui sont sur l’arche, et il avait fait plein de calculs et de statistiques.
Donc ça prouve bien qu’en fait on a quand même besoin de la science si on veut prouver quelque chose et lui donner un air ou un vernis rationnel.
Donc c’est pour ça que je ne comprends pas certaines franges des croyants et des croyants, des chrétiens et des chrétiennes qui rejettent la science parce qu’on voit bien qu’on est obligé d’utiliser des outils scientifiques pour prouver la véracité, la tangibilité de certains événements bibliques.
L’opposition entre la science et la foi
J’ai toujours eu de la difficulté avec ce débat d’opposition entre la science et la foi, comme s’il faudrait choisir le un ou l’autre. On peut être croyant et intelligent à la fois, c’est possible. On peut accepter les grands principes scientifiques et toujours croire en Dieu.
Je crois que la Bible ne s’est jamais présentée comme un manuel de science.
C’est l’histoire d’un peuple, c’est l’histoire de certaines personnes.
Il y a de la poésie, il y a plein de styles narratifs différents, mais cette volonté de certains d’avoir une lecture littérale de la Bible au pied de la lettre amène cette opposition qui est un peu artificielle.
Et je ne crois pas que les deux disciplines essaient de répondre aux mêmes questions parce que la science, une des premières questions c’est comment? Comment ça se fait que si j’ai un crayon dans mes mains, je le laisse tomber, il va tomber par terre? Comment fonctionne mon ordinateur? Donc, plein de choses comme ça.
Et la foi répond plus à une question du pourquoi. Pourquoi le mal existe?
Donc, je ne vois pas cette opposition. Je crois que ça peut cohabiter facilement. On dirait qu’il y a certaines personnes aux extrêmes qui essaient de pousser cette opposition-là que la majorité des croyants ne ressentent pas.
L’importance des systèmes de valeurs
Par ailleurs, il y a eu aussi dans les années 1990-2000, bien sûr, un désengagement, un désenchantement, comme l’ont appelé les sociologues, un désenchantement de la population occidentale vis-à-vis du fait religieux et un transfert un peu de cette recherche d’enchantement vers d’autres sphères.
Et c’est vrai que la médecine et les sciences en ont quand même bénéficié un peu.
Tant est si bien que dans un podcast que j’ai écouté qui s’appelle « Protestante », Marion Muller-Colart, qui en plus d’être une amie et une sœur en Christ, et puis elle c’est l’éditrice chez Labor et Fides, et puis par ailleurs c’est aussi une écrivaine très prolifique.
Marion Muller-Colart explique dans le podcast qu’elle avait bien déconstruit son rapport à la foi, jusqu’à ce qu’à un moment donné, à la faveur d’événements personnels difficiles.
Elle réalise qu’elle n’avait pas du tout déconstruit son rapport à la science et qu’elle croyait en toute bonne foi, mais vraiment en toute bonne foi, que la science était devenue assez puissante pour résoudre un tas de problèmes, par exemple les problèmes respiratoires des nouveau-nés.
Elle se disait, ce n’est pas possible, comment se fait-il qu’en France, on puisse courir le risque de perdre son nouveau-né pour un problème respiratoire? Il doit bien y avoir un médicament, il doit bien y avoir une solution scientifique.
Et c’est là qu’elle s’est dit, en fait, à chaque fois qu’on investit très fortement un système de valeur, à chaque fois qu’on croit avoir trouvé une sorte de solution de salut dans un système, eh bien, la vie va m’amener à déconstruire ce système et cette sécurité très forte que j’avais, quoi.
Et voilà, donc je trouve ça très intéressant de voir qu’en fait, on peut avoir les mêmes problèmes de confiance excessive dans un système, qu’il soit religieux ou qu’il soit scientifique, finalement. Tu parles de déconstruction de la foi. J’ai l’impression que c’est peut-être un buzzword de ce temps-ci.
Qu’est-ce que la vérité?
J’ai l’impression que tout le monde en parle. Tout le monde. Par exemple? Moi, bon, j’ai une formation d’historien et parfois, il y a une approche de la Bible qui m’est un peu difficile.
Les textes, selon ce qu’on en comprend, ont été écrits 40 à 90 ans après la vie de Jésus.
Donc, la formation d’historien, c’est l’étude des sources, la théorie des déconstructions des textes, les biais des auteurs.
Et, on y pense deux secondes, on sait qu’il n’y a personne qui avait un dictaphone pour enregistrer les mots de Jésus ou personne qui avait un laptop qui tapait au fur et à mesure, qui disait Jésus, peux-tu répéter la dernière phrase? J’ai manqué des mots. Donc, on a tout ça.
Et il arrive un moment, on se dit, bon, qu’est-ce qu’on fait avec tout ça?
Et il y a ce que j’appelle le saut de la foi. Il y a un message dans ces textes. Il y a un côté sacré dans ces textes qui parle toujours aux réalités d’aujourd’hui, qui amène la réflexion sur la vérité.
Qu’est-ce que la vérité? Est-ce que ce sont les mots exacts en citation de Jésus ou est-ce une vérité du message de Jésus qui nous est transmis, qui passe à travers les qui doit se faire là, qui ne nie pas toute l’approche scientifique, mais qui la nourrit d’une certaine façon de comprendre.
Savoir faire le tri entre la science et la foi
Dans l’évangile selon Matthieu, à l’époque de l’Écriture, il y a une guéguerre entre les disciples de Jésus et les pharisiens, donc c’est sûr que Jésus va toujours se prendre la tête avec les pharisiens.
Ça me donne une couche supplémentaire pour comprendre, pour analyser, pour essayer de voir ce qu’il y a derrière ce message-là. On peut avoir de la science et de la foi qui se parlent, qui nourrit l’un et l’autre.
D’ailleurs, encore un autre niveau de notre discussion, ça m’amène à réfléchir, moi aussi, en quoi est-ce que j’ai foi, en dehors de cette relation que j’ai avec Jésus? Et quels sont les endroits où je me suis déplacée dans ma foi?
Et c’est vrai que par rapport à l’homéopathie, j’ai fait tout un chemin, c’est-à-dire que quand mes filles étaient petites, elles avaient tout le temps des rhumes et j’étais un peu désespérée, mais je ne voulais pas les bourrer de médicaments.
Et en plus, dans les années 2000, il y avait partout des tas d’annonces où on nous disait qu’il fallait arrêter les antibiotiques, puisqu’on avait ce problème dans les sociétés occidentales que les gens avaient développé une accoutumance, enfin les systèmes immunitaires. Et donc la plupart des antibiotiques n’étaient plus efficients.
Et donc du coup moi j’ai cherché un peu désespérément et je me suis dit, mais l’homéopathie, ça doit être vraiment formidable.
Je me rappelle que toutes les trois heures là je prenais trois petites bouboules, je leur donnais, les enfants ils aiment bien, c’est du sucre, ça ne leur fait ni chaud ni froid.
Et j’ai fait ça pendant des années, jusqu’à ce que je réalise que ce que je cherchais, en fait, c’est que j’avais envie qu’elle guérisse naturellement, c’est-à-dire par les moyens de la nature.
Et comme on m’avait dit que l’homéopathie, c’était tout issu de la nature, eh bien j’avais très envie de me rassurer en me disant que ce n’était pas des guérisons chimiques, ce n’était pas des guérisons de médecine allopathique, mais que c’était des guérisons naturelles.
Et en fait, en quelque sorte, j’avais fait mon tri dans ma tête.
La science c’était ok, la médecine c’était ok, pourvu que ce soit naturel.
Et puis après, ce n’est que plus tard que j’ai réussi à réconcilier certaines choses et à réaliser qu’en fait, mon rapport à la science devait être le même que celui à la foi, c’est-à-dire avoir des critères et faire du tri et trouver des équilibres dans tous ces choix qu’on peut faire constamment.
Il faut faire, bien sûr, du tri et trouver sa propre éthique et son propre équilibre. Mais les petites bouboules, l’homéopathie, si tu as une angine surinfectée, ça ne va rien changer du tout.
Accepter que la science évolue comme la foi évolue
Je pense que tu touches un point intéressant.
On travaille avec les informations à notre disposition et au-delà des mots, il y a qu’est-ce qu’on veut croire, qu’est-ce qu’on veut comprendre.
Parfois, encore une fois, en tant qu’historien, j’ai vu des textes de gens d’une autre époque qui croyaient, bon, le soleil tournait autour de la terre, l’idée d’une création plus stricte au niveau de l’Évangile, des choses comme ça.
Et au XXIe siècle, on regarde et on rit un peu, que c’est naïf et tout ça.
Et parfois je me demande, mais dans 500 ans, dans 1000 ans, si l’espèce humaine existe encore, lorsque ces personnes nous regardera, peut-être vont-ils dire « Ah, mon Dieu, ils croyaient vraiment en la théorie du Big Bang, mais c’est connard, c’est impossible! »
La science évolue. La foi évolue également.
Et parfois, on va regarder le passé, on va critiquer les gens, on va utiliser ça pour montrer comment que la foi c’est arriéré, c’est stupide et l’évolution de la science nous a ouvert l’esprit, nous a fait de meilleurs êtres humains.
Les choses évoluent, les connaissances évoluent, et c’est facile de juger à rebours sans pleinement avoir conscience des informations à notre disposition et des motivations derrière les choix que les gens ont faits.
Les biais de confirmation appuyer sur la science
Et c’est vrai que les motivations derrière les choix que les gens ont faits, ça c’est quelque chose qui me fascine et m’intéresse toujours. D’abord parce que toi et moi, on est ministre, pasteur. Et donc bien sûr, ce qui se joue derrière les décisions, c’est toujours quelque chose qui nous intéresse en entretien pastoral.
Et puis parce que ça renvoie toujours à mon propre rapport au monde, tout simplement. Et je me rappelle que quand j’avais 15 ans, d’un coup, j’ai décidé de devenir végétarienne.
Ce qui est fabuleux à l’adolescence, c’est qu’il y a quelque chose qui fait qu’on ne réfléchit pas spécialement aux conséquences, mais qu’on se lance.
Ça, j’aime beaucoup chez les adolescents et les adolescentes. Il n’y a pas tous ces filets de sécurité qu’on va avoir plus on grandit, plus on a de responsabilités, quand on a soi-même des enfants ou d’autre chose à porter.
Et je m’étais procuré un bouquin chrétien sur devenir végétarienne. Et là-dedans, on m’expliquait que c’était aussi très bien d’être végétarienne parce que figure-toi, Jésus l’était.
Pourtant, Jésus, il mange des poissons après quand il réapparaît, mais… Bon, bref.
Et je trouve ça… beau parfois aussi de voir les arrangements qu’on trouve dans nos vies, dans nos choix, comment est-ce qu’on fait conjuguer tout ça et comment est-ce qu’on noue cette gerbe en disant, mais j’ai construit mon propre système de croyances.
Et il y a des choses que je garde et des choses que j’enlève et des choses avec lesquelles j’ai un rapport ambigu et c’est ok. Et c’est cette démarche-là que j’admire chez Ken Ham avec son arche, puisqu’à un moment donné sur l’un des panneaux, il te dit que non, la terre n’est pas plate.
Ça par contre, scientifiquement, c’est non. La terre est ronde.
Et j’imagine certains chrétiens fondamentalistes qui arrivent qui ont payé là tous ces 50 dollars, 15 dollars de parking, 25 dollars de burgers parce qu’il y avait aussi des burgers, qui payent, qui payent, et qui arrivent devant ce panneau, mais le pauvre quoi!
Vraiment, là c’est dur à encaisser comment la terre n’est pas au plat.
Et Ken Ham, il assume en quelque sorte ce qu’il appelle le mouvement Jeune Terre, qui est une espèce d’agglomérat de croyances bibliques et de croyances scientifiques.
Et c’est en ça que j’admire la démarche et qu’elle est modélisante pour moi.
De me dire, comme tu dis, et tu l’as très bien dit Stéphane, certaines convictions qu’on a scientifiques maintenant, elles vont certainement se révéler caduques d’ici un ou deux siècles.
S’il y a d’autres formes de vie avec lesquelles, un jour, on a une rencontre, ça va tout mettre à la place sur cette espèce de suprématie qu’on a concernant notre vie dans l’univers.
Et donc forcément, les choses seront chamboulées, comme on dit en suisse, brassées, et ce sera très dur pour certains psychismes. Et pourtant, c’est dans cette plasticité, dans ce dialogue, dans ces échanges, que se trouve l’équilibre, en quelque sorte.
La foi repose sur l’absence de preuves concrètes
Quand tu parles d’autres modes de vie, c’est souvent la question que moi j’ai entendue. Pour essayer de coincer les croyants, tu crois que Dieu est dans le processus de création de la Terre, de l’être humain? Moi je dis oui. Je ne crois pas qu’il y a la main de Dieu qui a tout modelé, mais je crois que Dieu était dans ce processus-là.
Alors la personne qui essaie de me coincer va dire « Oui, mais les extraterrestres arrivent demain matin et ils te prouvent que c’est eux qui ont formé l’ADN et construit les êtres humains. Qu’est-ce que tu en penses? »
J’ai dit « Ben, je m’en fous là. » Peut-être que Dieu était dans le processus créatif des extraterrestres.
Je veux dire, je reviens à ça, on ne parle pas de la même chose, on parle d’un processus créatif, on parle de foi.
La foi, c’est l’absence de preuves concrète, c’est croire. Je crois que cet après-midi, il y aura du soleil. Si j’en suis certain, je ne crois plus, j’ai la certitude.
On a deux modes de discours différents. On a deux modes de réflexion différents. Ça appelle à deux choses complètement différentes à l’être humain.
Je ne dis pas que c’est complètement dissocié, mais ça répond à deux types de besoins que les êtres humains ont.
Et la foi évolue, la science évolue, nous évoluons en tant que personnes.
Cette idée-là qu’une est meilleure que l’autre, qu’il y a la science et la religion, les deux peuvent cohabiter. Les deux peuvent cohabiter, comme tu l’as dit.
Et puis les systèmes de croyances basés sur la Bible ne vont jamais remplacer les systèmes de croyances basés sur les expériences scientifiques et vice-versa. C’est-à-dire qu’en fait, les deux sont appelés à avoir des vies assez autonomes.
Conclusion
Et c’est à cet endroit-là que je me dissocie totalement de Ken Ham.
Autant j’admire son mouvement pour cette arche, et puis j’ai été inspirée par cette foi, autant c’est là où est finalement ma limite.
C’est que je pense que les deux peuvent avoir des vies tout à fait dissociées, et les gens peuvent réconcilier dans leur vie personnelle des apports de l’un et de l’autre.
Oui, je crois qu’on ne fait pas assez appel à l’intelligence des gens dans ces débats-là, en pensant que les gens religieux, c’est tous des gens stupides qui ne comprennent rien à la science et les scientifiques, c’est des personnes complètement amorales qui n’ont aucune valeur. Ce n’est pas vrai.
Et j’espère que c’est la même chose avec les personnes qui sont à notre écoute, des personnes qui nous suivent.
Merci beaucoup encore une fois d’être là, de nous écouter, de partager nos épisodes, de partager notre expérience ensemble. Merci à l’Église unie du Canada qui est notre commanditaire.
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Merci Joan pour cette conversation. Merci Stéphane et merci à l’auditrice qui nous a envoyé cette question.

Rév. Stéphane Vermette
Pasteur de paroisse à Admaston, Kanata (Ont.), Quyon (Québec) et Église Unie Sainte-Claire (exclusivement sur internet). Coordinateur des communications et du développement en français de l’Église Unie du Canada. Depuis plus de 10 ans, il exerce un ministère numérique sur les médias sociaux (Facebook, Instagram, TikTok, YouTube, BluesSky) pour apporter une foi progressiste en français sur internet.

Joan Charras-Sancho
Joan Charras-Sancho est docteure en théologie protestante et pasteure. Active dans le canton de Vaud, elle accompagne les personnes migrantes et les communautés queers. Collaboratrice aux livres « Une bible des femmes » (2018), « Une Bible, des hommes » (2021). Son ministère cherche à créer des espaces d’écoute, de dignité et d’espérance pour chacun·e.