De la peur du manque à l’abondance – Matthieu 25: 1 – 13
Stéphane Vermette
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La parabole des dix jeunes femmes remet en question une logique de peur et d’accumulation qui mène à l’exclusion. Elle nous invite plutôt à adopter une théologie de l’abondance, fondée sur le partage, la solidarité et l’accueil. Le Royaume de Dieu se construit lorsque nous choisissons la générosité plutôt que la crainte de manquer.
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* Photo de Jon Tyson, unsplash.com. Utilisée avec permission.
Table des matières
Transcription:
La parabole des dix jeunes femmes et la peur de manquer
Il y a des gens qui ont peur de manquer de tout et qui refusent de partager avec ceux et celles qui en ont moins.
Eh bien, avec ce genre d’attitude, ce n’est pas comme ça qu’on va construire un nouveau monde.
Bonjour, Stéphane Vermette de retour, un pasteur inclusif, progressiste et moderne, de retour avec ses petits cartons. J’offre des réflexions sur des textes bibliques sur une base régulière, tout à fait gratuitement, grâce à notre commanditaire, l’Église Unie du Canada.
Et cette semaine, on se dirige vers l’évangile selon Matthieu, chapitre 25, versets 1 à 13, ou l’histoire des cinq jeunes femmes sages et des cinq jeunes femmes insensées.
Cinq jeunes femmes sages… ou simplement inquiètes de manquer?
Pour être totalement honnête, il y a de ces textes dans la Bible qu’on se demande, mais pourquoi c’est là? Qu’est-ce qu’on peut faire avec ça? Ça nous laisse totalement perplexes. Et ce que nous avons aujourd’hui, c’est l’une de ces histoires.
Essentiellement, c’est une histoire de dix jeunes femmes qui attendent le marié. Elles apportent avec elles une lampe. Et cinq d’entre elles apportent un peu plus d’huile, et cinq autres ne le font pas.
Le temps passe. La soirée est longue. Elles s’endorment. Et à minuit, on leur annonce que le marié s’en vient.
Et les cinq jeunes femmes qui n’avaient pas apporté un surplus d’huile demandent aux cinq autres de leur en passer un peu. Et ces dernières refusent de prêter leur huile. Il n’y en a pas question, elles n’ont juste qu’à aller ailleurs, aller s’en acheter dans un magasin.
Mais il est minuit. Donc, ce n’est pas surprenant, les jeunes femmes partent et se frappent le nez à la porte de magasins fermés.
Pendant que les cinq femmes sont parties, le marié arrive et laisse entrer dans la salle de noces les cinq jeunes femmes qui avaient une réserve d’huile.
Et un peu plus tard, les cinq jeunes femmes qui étaient parties en acheter et qui n’en ont pas trouvé reviennent, cognent à la porte. Le marié répond: « Je ne vous connais pas. Restez dehors dans les ténèbres ». Oh boy! Qu’est-ce qu’on peut faire avec cette histoire-là?
Un Jésus qui exclut? Le défi d’une lecture traditionnelle
Traditionnellement, l’interprétation de ce texte est une parabole sur le retour du Christ qui met plutôt l’importance sur la préparation, sur la vigile spirituelle.
On doit être comme les cinq jeunes femmes sages et se préparer pour le retour du marié, qui est le Seigneur, et non les cinq autres qui restent dans les ténèbres par manque de préparation.
Vous ne serez pas surpris d’apprendre que je n’aime pas bien cette explication, essentiellement parce que si le marié c’est Jésus, j’ai un problème parce que un, il arrive en retard, c’est un peu bizarre de dire ça de Jésus.
Mais surtout, il est un peu méchant. Il exclut des personnes. Ce n’est pas vraiment le Jésus qu’on rencontre dans les évangiles, un Jésus qui essaie toujours d’inclure et d’inviter les gens.
Et en plus, qu’est-ce qu’on doit comprendre du sujet de la salle de noces, le Royaume? Est-ce que c’est seulement pour ceux et celles qui se préparent longtemps d’avance, et tant pis pour les autres? Est-ce qu’on est dans le célèbre débat être sauvé par les œuvres ou être sauvé par la foi?
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Une parabole qui parle de nous
Ce qui est intéressant dans ce texte-là peut-être pour nous aujourd’hui, c’est que ça parle de nous aujourd’hui justement. Et peut-être aussi comment on pense que le Royaume devrait fonctionner. Pas nécessairement comment le Royaume fonctionne, mais comment nous on pense que ça devrait fonctionner.
Une théologie de la parcimonie
Pour expliquer ça un peu, nos amis anglophones ont une expression, Theology of scarcity. Il n’y a pas vraiment de traduction officielle, du moins que je n’ai pas trouvé, mais on pourrait dire une théologie de la parcimonie, ou pour être vraiment québécois, une théologie d’être cheap.
Parce que de nos jours, il y a beaucoup de chrétiens qui vivent avec cette idée de parcimonie. Ils sont habités avec cette idée qu’ils vont manquer quelque chose, qu’ils n’en ont jamais assez pour faire quoi que ce soit. On n’a pas assez d’argent. On n’a pas assez de membres. On n’a pas assez de ressources pour nos projets.
On a peur de prêter. On a peur de mettre en commun. On a peur, si on fait ça, de disparaître si on est trop généreux.
Les jeunes femmes qu’on dit « sensées », elles ne veulent pas prêter leur huile. Mais elles auraient pu choisir une autre action. Elles auraient pu dire on va en prêter et on va voir… peut-être qu’on va en avoir assez pour tout le monde.
Et même s’il n’y en avait pas assez pour tout le monde, elle aurait pu décider, s’il n’y en a pas assez, on va aller essayer de s’en trouver ensemble.
Et au pire des pires, elle aurait pu choisir la solidarité de dire, s’il en manque, on va rester dans le noir, mais toutes ensemble. Il n’y aura personne d’exclu.
Et ce qui fait que c’est aussi difficile à lire, c’est que le choix des, en guillemets, « cinq jeunes femmes sensées » a des conséquences. Il y a cinq femmes qui sont exclues. Ces cinq femmes-là n’ont rien fait de mal, vraiment. Elles n’ont pas amené d’huile, mais ce n’est pas un péché. Donc, qu’est-ce qu’on peut faire?
Le Royaume de Dieu défie la logique de l’accumulation
On aime parler du Royaume de Dieu. On aime parler d’un autre monde. On aime parler de meilleure société qu’on construit, nous, gens d’Église. Mais ce qu’il faut comprendre, c’est que le Royaume de Dieu ne fonctionne pas selon les normes de notre monde. C’est même, je dirais, on pourrait considérer ça à l’encontre de ce qui est normal dans notre société.
Dans notre société, il faut accumuler plus. Il faut ramasser notre argent. Il ne faut surtout pas trop en donner. Il faut s’asseoir dessus puis il faut devenir de plus en plus riche personnellement.
Mais tant aussi longtemps qu’on n’est pas capable de s’extirper de cette manière de penser, on n’y arrivera jamais au Royaume de Dieu.
Et pour nous tous, on est tellement imbibés dans notre société de cette idée-là de parcimonie, il faut trouver moyen de passer d’une théologie de la parcimonie à une théologie de l’abondance.

Une théologie de l’abondance
Il faut réaliser, il faut même croire, qu’on a déjà beaucoup à notre disposition. On a des gens. On a des ressources. On a du temps. On est capable de travailler. On est capable de faire du bénévolat.
Et fort probablement, si on s’y arrête deux secondes, on a probablement collectivement, pas individuellement, mais collectivement tout ce qu’il nous faut pour accomplir nos projets, pour accomplir nos missions, pour faire une différence dans notre monde.
La question est rarement « combien ». La vraie question, c’est « comment ». Comment on peut faire les choses différemment? Comment on peut se mettre ensemble?
Et ça commence par, oui, partager. Ça a l’air simple, mais c’est tellement difficile parfois. Être en solidarité, pas juste avec les gens avec qui on a des atomes crochus, mais avec tout le monde qu’on est capable.
De mettre l’accent sur l’entraide. Pratiquer un accueil radical. Quelqu’un qui cogne à la porte, ce n’était pas planifié, ce n’est pas nécessairement les invités qu’on veut.
Est-ce qu’on les laisse dehors, comme le marié de l’histoire-là? Ou plutôt, est-ce qu’on ouvre la porte pis on dit, ben ce n’est pas grave si vous arrivez en retard, il y a de la place pour tout le monde, pis même si tu n’as pas planifié, on va partager? Est-ce qu’on est capable d’être ouvert aux autres?
Et en pratiquant tout ça, c’est bien rare qu’on va se ruiner. Non, ce qui risque d’arriver, c’est que dans nos Églises, dans nos groupes, on risque de trouver un nouveau dynamisme. Ça va nous donner de la vie. Ça va conduire à des endroits parfois insoupçonnés, des choses qu’on croyait être incapables de faire, puis whoops, d’un coup, bien voyons, on est capable de faire ça ou on est capable de faire quelque chose d’autre qu’on n’avait même pas prévu.
Construire le Royaume de Dieu, dans le fond, ça peut être aussi simple que ça, de ne pas avoir peur de toujours en manquer.
Merci d’être là. Merci d’écouter. Soyez des évangélistes. Partagez cette vidéo avec les gens qui pourraient être intéressés. Moi, d’ici là, je prépare ma prochaine réflexion. On se reparle très bientôt. Au revoir.
Mots clés :
Matthieu, solidarité, royaume de Dieu, partage, foi, inclusion, spiritualité, communauté, abondance, parcimonie, Église Unie, croire, solidarité, rareté, jeunes femmes, huile
Sujets clés :
Le concept de théologie de l’abondance versus la théologie de la parcimonie
L’importance de partager et d’être inclusif dans la communauté chrétienne
Citations :
« Le royaume de Dieu ne fonctionne pas selon les normes de notre monde »
« La vraie question n’est pas combien, mais comment »
Chapitres :
00:00 – La parabole des dix jeunes femmes et la peur de manquer
00:48 – Cinq jeunes femmes sages… ou simplement inquiètes de manquer?
02:28 – Un Jésus qui exclut? Le défi d’une lecture traditionnelle
03:51 – Abonnez-vous
04:07 – Une parabole qui parle de nous
04:29 – Une théologie de la parcimonie
06:13 – Le Royaume de Dieu défie la logique de l’accumulation
07:18 – Une théologie de l’abondance

Pasteur de paroisse à Admaston, Kanata (Ont.), Quyon (Québec) et Église Unie Sainte-Claire (exclusivement sur internet). Coordinateur des communications et du développement en français de l’Église Unie du Canada. Depuis plus de 10 ans, il exerce un ministère numérique sur les médias sociaux (Facebook, Instagram, TikTok, YouTube, Bluesky) pour apporter une foi progressiste en français sur internet.