Comment fixer des limites?
Stéphane Vermette
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Maintenir une vie équilibrée et authentique est difficile en raison des multiples demandes reliées au monde du travail et des obligations d’ordre personnel. Nous connaissons l’importance de fixer des limites, mais nous éprouvons des difficultés à y parvenir.
Dans cet épisode, Joan et Stéphane abordent la question cruciale des limites dans la vie professionnelle et personnelle, notamment pour les pasteurs et les responsables religieux et explorent comment définir, respecter et communiquer ses limites pour éviter l’épuisement, tout en maintenant une vie équilibrée et authentique.
Transcription:
Table des matières
Bonjour, bienvenue à Question de croire, un podcast qui explore la foi et la spiritualité, une question à la fois. Cette semaine, comment fixer des limites?
Bonjour, Stéphane, bonjour à chaque personne qui nous écoute.
Bonjour Joan.
Les visites matinales au presbytère
[Joan] En parlant de cette thématique, « comment fixer des limites », moi, je me rends compte qu’on a vécu en presbytère depuis plus de 20 ans, que ce soit en France, dans la vallée de Sainte-Marie-aux-Mines, ou que ce soit à Graffenstaden, banlieue sud de Strasbourg. Et à chaque fois, il y a eu des petits événements rigolos, souvent le matin d’ailleurs.
Il n’y a pas longtemps, je me suis souvenu du monsieur qui avait sonné un jour où il neigeait encore un tout petit peu au mois d’avril au fond des Vosges.
Le monsieur me dit qu’il avait reçu un message de Jésus. Ce qui était marrant, c’est qu’il était très tôt le matin et il neigeait un peu et le gars était en sandales et en short.
À Graffenstaden, il y a une paroissienne qu’on aimait bien, avec qui on avait plaisir de temps en temps à passer du temps, qui était très triste parce que sa maman est morte.
Elle est venue sonner aussi très tôt le matin. Et là, j’avoue que j’en avais un petit peu marre de ces histoires. Je ne lui ai pas ouvert la deuxième porte, je n’ai ouvert que le portail.
Il était 7h30 et elle me dit : « Ma maman est morte, il faut que je voie Amaury pour préparer l’enterrement. » Et je lui ai dit : « Mais écoute, Amaury, il est encore en pyjama, tout comme moi, tout comme nos filles. Donc là je crois que le plus sage, c’est que tu rentres chez toi. Et puis une fois que tout le monde sera douché, habillé, nourri, et puis que les filles seront à l’école, Amaury, il te rappellera. »
Elle était choquée. Et en même temps, qui sur cette terre n’a pas besoin, le matin, de se doucher, de s’habiller, de manger, de faire ses petits rituels du matin, sa prière, sa gym… ce que chacun veut, pour être opérationnel professionnellement?
Pourquoi nous, en tant que ministre, faudrait-il qu’on reçoive les gens sales, l’haleine fétide, en pyjama, dans le bordel de nos maisons parce que les gens ont un truc un peu urgent et émotionnel? Quel est le sens à tout ça, en fait?
S’attendre à ce qu’on soit toujours disponible
[Stéphane] Oui, c’est vrai! Essayer de faire ça avec un avocat ou quelqu’un d’une profession comme ça, débarquer à sept heure et demie, puis de dire : « Ah, il faut que je te parle immédiatement. » Non! Mais on s’attend à une espèce de dévouement presque total de la part des pasteurs. C’est quelque chose qu’on met en valeur.
Souvent dans les descriptions de tâches, on va voir ça. Être toujours disponible. Mais c’est une invitation à se faire envahir par les paroissiens, les paroissiennes et la communauté en général.
Ça me fait penser à cette histoire qu’on m’avait contée lorsque j’étais au collège théologique, au séminaire. Cette belle histoire du pasteur qui arrivait. C’était sa première journée. Il l’emménageait dans le presbytère, dans la cure.
Là, il y a quelqu’un qui arrive de la paroisse et qui dit : « Ma mère est à l’hôpital. Pourrais-tu venir? » Et il a tout laissé et est allé faire cette visite.
Et on nous présentait ça comme quelle belle histoire! Quel beau dévouement!
Mais moi, dans ma tête, c’est : « Oui, mais son épouse et ses enfants qui ont dû se farcir le déménagement seul? » Déjà, déménager, ce n’est pas facile. On enlève un adulte dans tout ça.
L’histoire ne disait pas: va visiter ma mère, puis tel et tel paroissien vont venir pour t’aider, pour essayer de faciliter le déménagement. Non, non, non. C’était: tu donnes, puis on tient pour acquis que la famille encaisse.
C’est ça, cette idée d’être là tout le temps. Moi, je dis, il y a urgence et urgence. Il faut savoir mettre ses limites professionnelles, comme tout autre professionnel. Je pense qu’il faut mettre des choses non négociables, et ça vaut pour les pasteurs, mais ça vaut pour tout le monde.
Il faut mettre des limites. Je sais que c’est facile à dire, ce n’est pas toujours facile à mettre en place, mais je pense qu’on a besoin dans notre tête de dire qu’il y a des choses non négociables.
Je reviens souvent à l’un de mes mentors qui m’a toujours dit : « Ta famille, c’est ton premier ministère. »
Les paroisses, ça vient, ça va. On change beaucoup de boulot dans la vie. Normalement, sa famille, c’est supposé de rester pour toujours. Je sais que ce n’est pas toujours le cas, mais idéalement, ça devrait être ça. Et de se dire quel impact ça a sur ma famille, sur mes proches, sur les gens qui comptent vraiment beaucoup sur moi. Et toujours donner, mais négliger en même temps quel genre de message ça envoie.
Souvent j’entends des pasteurs prêcher, « Prenez du temps avec votre famille. La famille c’est important. C’est au centre de l’Église. C’est au centre de la société. » Mais si on travaille 6-7 jours par semaine, on n’a pas de crédibilité.
Les gens regardent et disent : « Oui, tu parles, mais fort probablement tu ne seras pas capable de reconnaître ton fils s’il était devant toi parce que tu travailles trop. » Quel genre de crédibilité est-ce ?
Un modèle d’Église qui abuse du bénévolat
[Joan] Et c’est vrai que les limites, elles sont valables aussi pour les ministres et les laïcs.
En fait, il n’y a pas longtemps, pour préparer cette émission, je suis tombée sur une étude qui prouve que dans certaines méga-churches, mais ça doit être valable aussi dans les plus petites Églises, certaines Églises, certaines structures tiennent grâce au travail gratuit, donc le bénévolat épuisant des jeunes femmes qui ne sont pas encore mariées.
Je comprends un petit peu la dynamique. Elles ont été enfants et jeunes dans ces Églises. On leur a dit qu’elles allaient rencontrer un mari chrétien. Donc, tant qu’elles n’ont pas de mari chrétien, elles n’ont pas leur propre foyer.
Finalement, ce sont des Églises qui ont tellement d’activités, tellement de possibilités de rencontrer, d’aider les autres qu’elles se donnent à fond là-dedans et qu’elles espèrent par le biais de je ne sais quelle convention de prière, quelle retraite de jeunes adultes, quel réseau, y rencontrer leur futur mari.
Et jusque-là, elles s’épuisent vraiment. Il y a des femmes qui disaient dans cette enquête qu’heureusement qu’elles se sont mariées parce que sinon elles allaient mourir d’épuisement.
Et puis finalement, moi je me rends compte, beaucoup…
(C’est mon analyse, elle n’engage que moi, et peut-être qu’elle peut un peu froisser des personnes; si c’est le cas, je suis un peu désolée, mais c’est mon analyse.)
Moi je pense que la grosse erreur des Églises luthériennes et réformées que moi j’ai connues dans mon itinéraire de ministre, que ce soit en Alsace ou bien en Suisse, c’est que pendant si longtemps on s’est reposé sur le travail gratuit des mères au foyer.
À partir du moment où ces femmes ont commencé à prendre des pourcentages, à faire autre chose, à avoir des carrières, ou à vouloir tout simplement faire du yoga ou de la marche, enfin d’autres choses que de s’occuper de l’Église, eh bien en fait l’Église est incapable de fonctionner sans ces présences-là.
Parce qu’on a toujours pensé l’Église comme ça: des hommes qui étaient les chefs, et un grand contingent de femmes au foyer, qui effectivement avaient là des lieux d’expression, d’émancipation; elles pouvaient devenir chefs de projet, moi je comprends très bien. Simplement, pour moi, le futur, c’est toujours l’économie mixte. Ce n’est jamais de rester sur un seul fonctionnement.
J’en parlais aussi dans notre épisode sur tout ce qui est addiction, emprise, etc. Si tu ne fais que de la formation alpha, quand tu arrêtes ton programme alpha, tu ne sais pas faire autre chose, en fait.
C’est un petit peu la même chose. Si tu ne comptes que sur les mères au foyer, quand elles ne seront plus là, ton Église, elle ne va plus fonctionner. Donc, toujours de l’économie mixte, de mon point de vue. C’est pour éviter, justement, la limite d’un système.
Apprendre à respecter les limites des bénévoles
[Stéphane] J’ai remarqué ça dans certaines paroisses dans lesquelles j’ai été assigné par le passé. Les femmes dans la cuisine qui font la popote, qui font un peu le ménage.
Et j’ai vu aussi certaines personnes se demander pourquoi il y a de moins en moins de femmes dans les groupes de femmes. « On a de la difficulté à recruter ces jeunes femmes-là, à les intéresser à l’Église. »
Un peu comme toi, ma réflexion c’est: qu’est-ce qu’on leur offre? Une femme dans la trentaine qui a un travail à temps plein, qui a des enfants, n’a peut-être pas le goût d’aller à l’église pour continuer à faire la popote et à faire le ménage, ce qu’elle fait déjà à la maison, en plus d’avoir un travail à temps plein.
On prend justement pour acquis ce mode de fonctionnement et beaucoup, beaucoup, beaucoup d’Églises, moi aussi j’ai remarqué, ont de la difficulté à faire cette transition-là, de dire que ces femmes ont peut-être besoin d’autre chose.
Elles ont peut-être le goût de s’impliquer dans des causes de justice sociale, de revendication, d’organisation, pas nécessairement dans le domestique.
Effectivement, le modèle est construit autour de ces heures données gratuitement. C’est bien le bénévolat. C’est bien donner des heures. C’est un don à l’Église.
Mais c’est prendre pour acquis qu’elles vont le faire et, mettre un peu de pression, de ne pas respecter justement ces réalités-là, ces limites-là, il y a un problème.
Doit-on s’épuiser pour le Seigneur?
[Joan] En fait, on voit qu’il y a des ministres qui dépassent souvent leurs limites, on en a parlé, on a donné des exemples et des fois nous-mêmes on le fait aussi, ou finalement des ministres aussi qui acceptent qu’on ne respecte pas leurs limites.
Ça arrive tout le temps, tu es en réunion, tu as vraiment du mal à trouver une date. Il y a quand même un moment donné où il faut régler un dossier ou un truc. Tu as une échéance, des fois pour des subventions, des fois pour autre chose.
Et puis, il y a toujours l’un ou l’une d’entre nous, d’ailleurs, j’ai remarqué que ce n’est pas nécessairement que des femmes, mais heureusement, qui disent : « Bon! Alors, je laisse tomber mon jour de congé exceptionnellement, je … »
Et donc, on le fait; des fois, c’est bien. C’est une preuve de flexibilité, et puis c’est toujours un peu les mêmes personnes qui le font.
Et alors, finalement, on reproduit ce schéma. Enfin, c’est un schéma qu’on enseigne et qui va être reproduit.
Moi, je me rappelle, on avait fait un camp très formateur, sur plein de niveaux, avec l’Armée du Salut, un camp dans le sud de la France. Et le pasteur, vraiment, tous les soirs en réunion d’équipe, il nous encourageait à faire plus pour le Seigneur. Et c’est clair que ce mec, j’ai l’impression, il ne comptait pas tellement ses heures.
En fait, il incarnait un peu ce qu’il disait. Et je pense que j’ai un peu internalisé ça, intériorisé ça, tu vois. Donc un camp, c’est un moment où tu en fais toujours plus.
Puis le dernier camp qu’on a fait, un camp quand même de 13 jours avec Amaury, nos filles, etc. Au bout du dixième jour, j’ai vu que tout le monde était crevé. En fait, les jeunes, ils n’ont plus tellement l’habitude d’être beaucoup en extérieur, de faire beaucoup de jeux de ballon, de s’occuper des enfants. On ne vient plus de grandes familles. On n’a plus la capacité d’absorber cette tension, cette pression, le bruit, l’agitation.
Mais au bout du dixième jour, ils étaient crevés et je leur ai fait remarquer que moi tous les jours je faisais une sieste et c’est marrant parce que ma grande fille Marysol a dit : « Bah! Nous aussi on ferait bien une sieste. » Je me suis dit : « Mais c’est vrai ça, pourquoi est-ce qu’on ne prévoit pas une sieste pour les animateurs et animatrices? »
À partir de ce jour-là, j’ai essayé jusqu’à la fin du camp de les envoyer à tour de rôle un peu à la sieste ou à la douche ou à ce qu’ils voulaient qui les ressource quoi.
Et là, je me suis dit, bon, en fait, j’ai quand même vachement internalisé cette notion de « il faut faire plus », quoi.

Apprendre à respecter ses limites pour travailler mieux
[Stéphane] Il y a une culture du burn-out. Il faut travailler, travailler, travailler. Combien de fois j’ai entendu des pasteurs dire : « Oui, bon… On est engagé pour 40 heures par semaine, mais on le sait tous, on fait 55-60 heures semaine, puis c’est normal. » Non, ce n’est pas normal.
On ne peut pas être en état d’urgence 24 heures sur 24. Oui, il y a des semaines, il y a des catastrophes. On a quatre funérailles. On ne peut pas dire : « S’il vous plaît, pouvez-vous mourir la semaine prochaine? » Non, il y a des choses comme ça. Mais lorsque c’est toutes les semaines, lorsque c’est tous les jours, il y a un problème.
Puis ça, ce n’est pas juste les pasteurs, c’est dans plein de milieux de travail. Je suis sûr que les gens à l’écoutent pourraient se reconnaître. C’est toujours l’urgence, c’est toujours faire plus.
Ça me fait penser qu’on a eu une petite réunion d’équipe. Et la réflexion qu’on a eue, c’est qu’on ne veut pas travailler plus, on veut travailler mieux. Parce que si on travaille 12 heures par jour, je ne peux pas croire qu’on est pleinement productif et tout là pendant 12 heures consécutives.
Plus, ce n’est pas mieux. Différent peut être mieux.
C’est d’apprendre à se connaître, à connaître ses limites, à ne pas culpabiliser parce que souvent, nous sommes nos pires ennemis. Il faut se prouver. Il faut que nos patrons nous aiment. Il faut que le Seigneur nous aime.
Plutôt, c’est de dire, j’ai un montant X d’énergie, j’ai un montant X de créativité, j’ai un montant X de travail à offrir, comment je peux bien le faire? Et s’il faut que mon heure du midi dure 90 minutes, peut-être que les heures suivantes vont être meilleures.
C’est d’apprendre à justement être sa première ligne de défense, je pourrais dire, contre cette invasion et de se mettre des limites.
Mettre des limites pour se préparer aux moments importants
[Joan] C’est vrai qu’il y a des limites, elles sont planétaires aussi. Et il y a cette journée de la limite, là, quand on l’atteint des fois, c’est très tôt dans l’année, quand on a utilisé vraiment toutes les ressources de la planète et qu’on commence à aller dans des réserves.
Nous aussi, on a nos limites et c’est intéressant de réfléchir à ça.
Un jour, ma tante américaine m’avait fait la remarque qu’on n’arrêtait pas à l’Avent. Elle avait vu le programme de la paroisse et elle a dit : « En fait, est-ce que votre conception de l’Avent, c’est qu’il faut en faire toujours plus pour se préparer à accueillir Jésus? »
C’était sa question. C’est une bonne question, ça. Est-ce qu’il faut en faire toujours plus pour faire de la place à Jésus dans notre vie? Pas sûr.
[Stéphane] Des fois, on sent la pression de faire des choses pour que ça soit visible, pour que ça paraisse. Rarement on va dire dans une paroisse, on a prié pendant trois heures cette semaine-ci. Non! On a fait tel comité. On a écrit tel texte. On est allés donner trois heures à la mission communautaire au centre-ville pour aider les plus démunis.
Oui, c’est bien, c’est bien. Mais est-ce que c’est une question de performance? Est-ce que c’est une question de se justifier?
Ça me fait penser, durant le Carême, c’est très rare qu’on dise: on va prendre une sabbatique de réunion. Dieu sait qu’on en a des réunions et des comités. On pourrait prendre deux mois, on n’aura pas de réunion, ou seulement les trucs vraiment nécessaires, mais dix minutes, pas plus.
Il y a quelque chose de quasiment contre-culturel, d’établir ce genre de limite, de dire : « Non, on n’embarquera pas dans un « time is money, » comme on dit, dans une espèce de mentalité capitaliste, mais aussi une mentalité qu’il faut en faire plus, plus, plus, toujours plus.
Respecter le concept de shabbat
[Joan] Tu as parlé un peu de la notion de shabbat, de sabbatique, de se poser, de ne pas faire. C’est vrai qu’il y a un principe biblique du repos.
Moi j’ai souvent entendu dans mon Église d’origine, c’est important de faire Shabbat, c’est important de respecter shabbat, et je me demande: qu’est-ce qu’on en fait de cette notion de Shabbat en fait? Ces 24 heures, on pourrait faire descendre la pression. Qu’est-ce qu’on en fait?
Là par exemple, j’étais toute surprise hier, pour, je crois, la première fois de ma vie ou de mon investissement ou de mon ministère en Église, on m’a mis une réunion un dimanche après-midi à 13h30 en visio.
Je n’avais jamais fait ça de ma vie. Et ça m’a semblé vraiment hyper étrange en fait. Pas du tout le genre de chose où j’ai l’impression que c’est la bonne chose à faire. En même temps, ça a arrangé vraiment beaucoup de gens cette réunion où j’ai entendu le besoin des autres.
Et puis finalement, je me dis aussi ce shabbat ou cette année sabbatique ou ce temps sabbatique c’est une façon de rééquilibrer, lorsqu’on dépasse les limites. Il ne faudrait pas non plus se dire, mais ce n’est pas grave je vais dépasser mes limites puis après je me reposerai.
L’importance de recharger ses piles
[Stéphane] Il y a un principe qui est tellement simple, mais qu’on a difficulté à l’appliquer dans notre vie de tous les jours. On ne peut pas donner ce que l’on n’a pas. Lorsqu’on a une voiture, s’il n’y a plus d’essence dans le réservoir, la voiture n’avance plus.
De la même façon pour un être humain, si on n’a plus de force physique ou de force émotionnelle ou de force spirituelle, on ne peut pas en donner. On n’est pas invincible. On a besoin de se recharger, un peu comme on recharge des piles.
Par exemple, dans Matthieu 14, Jésus nourrit une très grande foule, la multiplication des pains. On dit qu’il y a 5000 hommes, sans compter les femmes et les enfants.
Aussitôt fini, Jésus envoie ses disciples dans la barque pour qu’ils traversent à l’autre rive, et lui s’en va dans la montagne pour prier à l’écart.
Probablement, oui, Jésus aime prier, mais peut-être aussi que Jésus s’est dit : « Là j’en ai fait beaucoup. J’ai donné, j’ai donné, j’ai donné du pain, mais aussi de l’énergie, de l’amour. J’ai besoin de me recharger. »
Des fois, on essaie de le faire et des gens vont dire : « Tu n’es pas très sociable. Tu n’es pas très cool. »
Oui, mais lorsqu’on n’a plus rien à l’intérieur de soi, il faut être capable de se le dire et peut-être de le dire aux autres : « Je n’ai plus rien à donner. J’ai besoin de recharger. J’ai besoin de me recentrer. J’ai besoin de me ressourcer. Puis après, ça va être bien. »
Mais si je continue toujours à donner, c’est là qu’arrivent les problèmes de maladie, de burn-out, de dépression. Il faut prendre soin de soi.
Prendre le temps d’enseigner les limites
[Joan] L’année dernière, je me suis rendue compte, dans mes fonctions précédentes dans l’Église, que souvent, on ne parlait pas avec les jeunes des limites.
Alors bien sûr, il y a les limites un peu classiques, voilà, pas d’alcool, pas de drogue, pas de sexualité pendant les camps, pendant les activités jeunesse. Et puis ça, ils le savent.
Et puis après, effectivement, comme on est dans des sous-cultures et des endroits où peut-être on n’a pas toujours su identifier un certain nombre de limites.
C’est important de leur faire suivre une formation à tous ces jeunes en responsabilité sur le respect de l’espace de l’autre, la sphère corporelle et notamment en camp : le lit, le dortoir, la douche, les salles d’eau, le corps des enfants et des jeunes pendant les jeux.
Et puis, il y a beaucoup de questions qui ont émergé. Et de temps en autre, une chose qu’on a souvent entendue, toi et moi, « On ne peut plus rien faire. »
Mais ce jeu est là tellement rigolo, on fait ceci, on fait cela, on se touche comme si, on s’attrape comme ça, on se mouille par-ci, on se…
« Ben non, je dis, écoute, ce serait mieux de ne pas le faire. L’Église ne peut pas assumer un jeu comme ça, il n’est pas assez pédagogique, il met en danger le corps, il stigmatise. Potentiellement, s’il fait chaud ou s’il fait froid, il peut y avoir tel ou tel effet, donc non. »
Il faut réfléchir à tout ça. Et oui, c’est vrai, on ne peut plus faire les choses comme avant. On a intégré des limites dans nos pratiques et finalement c’est un très bel exercice de discipline spirituelle parce que partout où on met des contraintes, finalement ça permet d’éveiller tout simplement la créativité.
Il y a des jeux qu’on ne peut plus du tout faire. Il y a des pratiques qu’on ne peut plus accepter. Il y a des limites qu’on a posées et à partir de là on va pouvoir faire plein de nouvelles choses en fait.
[Stéphane] Ces limites-là, ce n’est pas juste parce qu’on n’a rien à faire et qu’on veut trouver des trucs pour emmerder les gens. Ce n’est pas ça. C’est qu’est-ce que ça a comme impact sur personnes qui reçoivent ça. Ces mots-là, ces attouchements-là, ces blagounettes. Oui, c’est drôle pour ceux qui le font, mais pour ceux qui le reçoivent, ce n’est pas drôle.
Donc, c’est d’essayer d’éveiller les consciences,
Des limites pour respecter les personnes qui nous succèdent
[Stéphane] Un exemple qu’on voit malheureusement, c’est le problème des pasteurs qui sont à la retraite, mais qui continuent à s’ingérer dans la vie de la paroisse, qui continuent à faire des visites, qui continuent à avoir de l’influence sur les décisions.
C’est au détriment du ou de la nouvelle pasteure qui essaie d’établir son style, qui essaie d’établir sa place. On tolère ça trop souvent, même si on sait que ce n’est pas correct.
Je vais te donner un autre exemple. Dans une ancienne paroisse, il y a une agente de pastorale qui avait pris sa retraite et on avait engagé une nouvelle agente de pastorale.
Un jour, j’arrive et l’ancienne était dans la cuisine avec dix paroissiens, puis ils faisaient des tartes. C’était pour une activité de levée de fond.
J’ai soulevé la question. Et ce qu’on m’a répondu, c’est que la nouvelle personne n’était pas dans l’édifice, donc c’est OK. Où est le problème m’a-t-on dit?
Il faut savoir couper le cordon. Oui, on se fait des amis. Ça, je comprends. On n’est pas des robots. Mais est-ce que cette activité-là devait avoir lieu dans la cuisine de l’église? Comment l’autre personne peut-elle développer sa crédibilité, développer des liens, si elle a toujours le spectre de l’ancienne personne au-dessus de son épaule?
Des fois, oui, il faut mettre des limites. Il faut mettre des règlements parce qu’il y a des gens qui ont de la difficulté à penser à l’impact que ça a sur les autres.
Parler de limites en Église
[Joan] Je me demande si on a souvent des conversations comme ça dans nos lieux d’Église sur nos limites. Je me demande aussi si les pasteurs, les ministres prêchent sur cette question des limites. Et je me demande aussi si les laïcs osent nous dire : « oh là là, j’ai atteint ma limite. »
Parce que j’ai l’impression que parfois on a des débuts de conversation là-dessus, on commence à être un peu honnête. Et puis chacun rentre dans une sorte de pudeur et se dit: après tout, le pasteur en fait beaucoup, moi aussi je peux en faire beaucoup, puis je veux bien reprendre un mandat, ça a l’air de le soulager.
J’aimerais bien avoir des échos, des retours, savoir s’il y a des endroits où on a trouvé de bons moyens de mener cette conversation. Parce qu’en fait on est un peu pris en tenaille entre notre culpabilité, notre responsabilité, et notre besoin aussi de dire stop.
Conclusion
[Stéphane] Très bon point. J’espère que vous êtes capables d’avoir ces conversations-là aussi avec vos proches et j’espère que vous nous donnerez des nouvelles de ça en nous écrivant à : questiondecroire@gmail.com.
Merci, Joan pour cette conversation.
Je veux remercier l’Église unie du Canada, notre commanditaire qui relaie notre podcast, qui offre aussi des blogues et des vidéos sur des sujets de spiritualité et de foi.
Merci à Réforme qui relaie aussi notre podcast.
Et on a aussi un groupe WhatsApp où on a des conversations sur tout plein de sujets aussi, des gens très allumés. Puis on n’a pas besoin de savoir la théologie ou être un expert en Église. C’est vraiment pour tout le monde, pour tous et toutes.
Alors, je te souhaite une bonne semaine, Joan.
Merci à vous aussi. Prenez bien soin de vous.
Au revoir.
Au revoir.
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Mots clés:
limites, épuisement, santé mentale, spiritualité, vie professionnelle, église, burnout, repos, frontières, bien-être
Sujets clés:
L’importance de fixer des limites claires dans la vie professionnelle et personnelle
Les dangers du dépassement de ses limites, notamment dans le contexte religieux
Stratégies pour préserver sa santé mentale et spirituelle en fixant des frontières
Le rôle du repos et du sabbat dans la prévention du burnout
Citations:
« Il faut mettre des limites non négociables. »
« Jésus se ressourçait pour mieux servir. »
« Prendre soin de soi, c’est essentiel. »
Chaptres:
00:00 – Introduction
00:45 – Les visites matinales au presbytère
02:42 – S’attendre qu’un pasteur soit toujours disponible
05:54 – Un modèle d’Église qui abuse du bénévolat
08:29 – Apprendre à respecter les limites des bénévoles
10:17 – Doit-on s’épuiser pour le Seigneur?
12:34 – Apprendre à respecter ses limites pour travailler mieux
14:45 – Mettre des limites pour se préparer aux moments importants
16:47 – Respecter le concept de shabbat
17:57 – L’importance de recharger ses piles
19:52 – Prendre le temps d’enseigner les limites
22:18 – Des limites pour respecter les personnes qui nous succèdent
24:05 – Parler de limites en Église
24:55 – Conclusion
Auteur et autrice

Rév. Stéphane Vermette
Pasteur de paroisse à Admaston, Kanata (Ont.), Quyon (Québec) et Église Unie Sainte-Claire (exclusivement sur internet). Coordinateur des communications et du développement en français de l’Église Unie du Canada. Depuis plus de 10 ans, il exerce un ministère numérique sur les médias sociaux (Facebook, Instagram, TikTok, YouTube, Bluesky) pour apporter une foi progressiste en français sur internet.

Joan Charras-Sancho
Joan Charras-Sancho est docteure en théologie protestante et pasteure. Active dans le canton de Vaud, elle accompagne les personnes migrantes et les communautés queers. Collaboratrice aux livres « Une bible des femmes » (2018), « Une Bible, des hommes » (2021). Son ministère cherche à créer des espaces d’écoute, de dignité et d’espérance pour chacun·e.