Qu’est-ce que la vraie amitié?
Stéphane Vermette
- Bible
- Femmes
- internet
- peine
- podcast
- respect
- rupture
La vraie amitié ne se limite ni au nombre ni à l’intensité apparente des liens : elle repose sur le respect, la confiance et la liberté. Elle peut être durable ou passagère, proche ou à distance, mais demeure authentique lorsqu’elle accueille l’autre tel qu’il est, sans pression ni intérêt, et se construit dans la réciprocité et la sincérité.
Dans cet épisode, Joan et Stéphane explorent la nature de l’amitié, ses différentes formes, ses enjeux dans la société moderne, et réfléchissent à ses implications dans la foi chrétienne.
Transcription:
Table des matières
Bonjour, bienvenue à Question de croire, un podcast qui s’intéresse à la foi et la spiritualité, une question à la fois. Cette semaine, c’est quoi la vraie amitié?
[Joan] Bonjour Stéphane.
[Stéphane] Bonjour Joan. Bonjour à toutes les personnes qui nous écoutent.
[Joan] Je me demande d’où vient ce sujet, c’est quelque chose qui t’est venu de ton côté, c’est ça?
[Stéphane] Oui, c’est quelque chose dont on parle beaucoup, mais je ne sais pas si on s’interroge vraiment sur ce sujet dans nos milieux d’Église.
Quand une simple entraide devient une amitié indéfectible
[Joan] C’est vrai. Et en plus, on a tendance à beaucoup utiliser le terme « amitié ». Je vais donner plein d’exemples après, parce que grâce à ce sujet que tu as proposé, ça m’a amené à me rappeler de plein d’anecdotes. Mais la première, elle est très drôle.
Quand je travaillais pour une association missionnaire, la Centrale de littérature chrétienne francophone, dont l’objet est de récolter des livres en très bon état et ensuite de trouver des financements et des moyens de les envoyer en Afrique, puis d’animer des réseaux de bibliothécaires en Afrique francophone au travers de quatre équipes, eh bien j’avais souvent des échanges épistolaires, des courriels avec des personnes que je ne connaissais pas.
La plupart du temps des pasteurs étaient en charge d’une école biblique au fin fond de je ne sais quelle brousse.
Un jour, j’ai un échange avec l’un d’entre eux, et il se trouve que j’arrive à lui dénouer un petit nœud. Il avait besoin d’un certain nombre de livres pour ses étudiants, d’un certain nombre de bibles.
Je trouve un financement, lui aussi. On se débrouille, on se bat, on prend des contacts. Et à un moment donné, je lui dis ça y est, j’ai trouvé la solution, je vais pouvoir t’envoyer tout ce dont tu as besoin.
Il me répond : « Chère amie, à partir de maintenant, nous sommes liés par une amitié indéfectible! »
Je n’en revenais pas. Je n’avais jamais bénéficié comme ça d’un courriel aussi tendre d’une personne que je n’avais jamais rencontrée. Mais nous étions liés dorénavant d’une amitié indéfectible.
Et donc, je me suis rendue peu de temps après pour aller visiter sa bibliothèque, pour voir un peu quels effets tout notre travail avait eus sur les conditions de travail des étudiants. J’ai pu rencontrer des étudiantes en théologie. C’était une super rencontre. Et je me suis dit, tiens, lui c’est mon meilleur ami avec cette grande amitié indéfectible.
Amitié réelle ou virtuelle à l’ère du numérique
[Stéphane] C’est vrai que le mot « amitié » est utilisé de plusieurs façons. On n’a qu’à penser à Facebook, les amis Facebook. Est-ce vraiment nos amis? Certains, oui. D’autres, ce sont plus des connaissances ou quelqu’un qui connaît quelqu’un qui connaît quelqu’un qui a vu notre profil.
Mais ça me fait aussi penser à ce qu’on entend parfois, les amitiés sur Internet, ce n’est pas de vraies amitiés. On dit que c’est virtuel, ce n’est pas réel.
Mais ce qu’on devrait dire, c’est que le contraire de virtuel, c’est en chair et en os. Ça peut être des amitiés réelles. Je connais des gens qui établissent des liens grâce à la technologie aujourd’hui, qui se parlent toutes les semaines d’un côté à l’autre de la planète sans trop de problèmes.
Être face à face en chair et en os, oui, ça a ses avantages, mais je ne peux pas mettre une ligne sur « est-ce qu’on prend un café ensemble au même endroit toutes les semaines » ou « on se parle en visioconférence toutes les semaines ». Est-ce que ça affecte l’amitié? Je pense qu’il faut réfléchir justement sur ces définitions-là.

Apprivoiser les nuances de l’amitié
[Joan] Moi, je me rends compte que quand j’étais une jeune mère, une thésarde au foyer, que j’étais un peu isolée dans mon coin de vallée, dans la vallée de Sainte-Marie-aux-Mines, et que je ne fréquentais presque plus les gens de mon âge, à part un peu pour aller à la crèche où je croisais des fois d’autres mères ou à l’école maternelle.
Mais là, il y a les enfants, tu ne peux pas vraiment discuter, à moins de te limiter à des discussions justement maternelles qui ne m’intéressent pas particulièrement ou pas trop, disons.
Et donc, d’un coup, j’avais découvert sur les réseaux sociaux les groupes où tu peux t’inscrire, notamment les groupes de chrétiens anarchistes. Ça, j’ai beaucoup aimé.
Et ça a pu être vraiment des lieux d’une grande intensité pour moi. On lançait des débats et je n’arrivais pas du tout à prendre du recul. Je lançais le débat. Je discutais. Puis j’allais donner le goûter aux enfants, puis je les faisais jouer un quart d’heure tout seuls et je répondais. J’étais vraiment prise dans cette spirale.
Et pourtant, ces gens, c’étaient des inconnus, mais ils avaient du temps pour moi, pour mes discussions. Je leur donnais aussi du temps.
Mon rapport a progressivement évolué, avec les réseaux sociaux d’abord parce que je suis moins coincée à la maison, c’est sûr, donc quand je vais discuter avec des gens, voir des amis, j’ai une plus grande mobilité. Et mon rapport a aussi évolué.
Actuellement, je suis plutôt dans une forme de camaraderie qui propose du lien, parce que j’aime bien le lien, mais avec beaucoup, beaucoup moins d’intensité.
C’est là que je me rends compte qu’il y a l’amitié, puis il y a la camaraderie, il y a les copinages aussi. Il y a tous ces différents niveaux et il faut du temps pour les appréhender.
Peut-être que la société ne nous enseigne pas vraiment comment développer du lien avec ces différents niveaux d’amitié.
Les amitiés durables et passagères
[Stéphane] Je crois qu’il y a aussi ces amitiés qui traversent les années, les lieux géographiques, et il y a les amitiés que je qualifierais de passages. Et ce n’est pas nécessairement péjoratif.
On se fait des amis, des copains, des connaissances, par exemple, à l’université. On a beaucoup de plaisir ensemble. Et la vie nous amène ailleurs, soit géographiquement, soit professionnellement. Et on se perd de vue.
Je ne crois pas que ça réduit l’importance de la relation qu’on a eue avec ces personnes. Parfois, c’est bien de se revoir 10, 15, 20 ans plus tard, mais on sait que c’était dans un contexte précis.
Il y a aussi ces amitiés-là qui durent pour toujours, mais ça, on n’en a pas beaucoup de ces amitiés-là, je pourrais dire, plus profondes sur le long terme.
Je suis d’accord avec toi, Joan, il y a différents niveaux, il y a différentes façons d’être amis et de réduire ça à juste une façon, je crois que ça limite.
Les différentes formes d’amitié
[Joan] Ces différents niveaux d’amitié, je les explore maintenant, que je me sens posée, alignée à ma place.
Et je me rends compte que j’ai tel ami, où on s’appelle pour se raconter nos lectures.
J’ai tel ami où on parle un peu de nos mecs. Moi, je ne parle pas beaucoup de mon mec avec mes copines. Je ne trouve pas que ce soit un sujet tellement passionnant de parler des hommes en général. Mais voilà, il y a l’une autre amie avec qui, ou en tout cas, elle, elle me raconte ses histoires de mecs.
J’ai tel amie avec qui je parle un peu plutôt de la famille, des thématiques liées à la famille, parce que ça résonne avec elle.
J’ai tel autre où on se voit pour mon anniversaire et peut-être pour le sien.
En fait, pour chaque personne, j’ai mis en place aussi quelque chose qui est confortable pour les deux.
Ce qui est plus compliqué, je trouve, du coup, c’est les groupes d’amis. Moi, j’ai beaucoup d’admiration, c’est vrai, pour les gens qui ont un groupe d’amis, tu sais, avec Stéphane, Joan, machin, truc, Bidule, enfin, ils sont cinq ou six. Ils se voient régulièrement, ils partagent tout, ils ont des blagues entre eux, ils partent en vacances. Waouh!
J’imagine que le fait d’avoir des paroisses, j’ai l’impression que j’ai déjà un très grand groupe d’amis avec qui je fais plein de trucs! Mais ça, c’est encore un autre niveau d’avoir le groupe d’amis.
Comme tu disais, qu’est-ce que chacun met dans le mot « amitié »? Je me rappelle que, justement, à Sainte-Marie-aux-Mines, il y avait deux clochers dont s’occupait Amaury. Puis moi, je l’ai aidé autant que je pouvais avec les petites. Il y avait un clocher luthérien, un clocher réformé. Ils avaient fait le choix radical depuis pas mal de siècles de ne pas se parler.
Amaury a mis en place un système de fête de paroisse qui s’appelait fête de l’amitié. Sur le moment, je trouvais ça super, mais a posteriori, plus de 15 ans après, je me dis, ça se décrète une amitié. On décide en fait que… Allez, hop, c’est notre fête de notre amitié qu’on n’a pas complètement choisie. On y va!
Donc, ce sont des mots qu’on utilise.
L’obligation d’avoir des amis
[Stéphane] Je crois que parfois, on met de la pression sur les gens sans s’en rendre compte. On veut que les gens aient des amis, qu’ils aient beaucoup d’amis, que nous soyons tous et toutes des amis. Mais parfois, on n’a peut-être pas le goût d’avoir des amis pour toutes sortes de raisons.
Je pense à mon fils qui a maintenant 16 ans, et on se dit : « Ah! Un garçon de 16 ans! C’est le groupe. On sort en copains et tout ça ». Mais lui, ce n’est pas ça. Il a un ami, ils se connaissent depuis l’âge de 10 ans, Ils se voient à l’école et c’est tout.
Et on lui a posé la question : « Est-ce que tu aimerais ça avoir d’autres amis? » « Non, pas du tout. »
Ça le satisfait d’avoir un ami, mais on sent que pour certaines personnes, ça dérange. Il faudrait qu’il y ait plus d’amis. Mais quel genre d’amitié? Est-ce qu’on peut, comme tu as dit, forcer ces amitiés-là au point où ces amitiés-là deviennent peut-être toxiques, des amitiés unidirectionnelles?
Parfois, avoir moins d’amis, c’est beaucoup plus sain pour l’esprit, pour l’hygiène de vie que d’essayer de plaire à tout prix à des gens pour avoir l’impression que tout le monde nous aime et qu’on est l’ami de tout le monde.
Le mot amis dans l’Église
[Joan] Et d’ailleurs, ça nous amène un petit peu à cette question de l’amitié en christianisme. L’autre fois, je suis allée porter une leçon de catéchisme à une collègue qui m’a fait confiance. Vraiment, ça m’a fait trop plaisir sur les questions de Bible, de migration, la migration dans la Bible, qu’est-ce qu’on peut en dire ou en apprendre ?
Et j’ai vu qu’elle a appelé ses catéchumènes « mes amis ». Elle a commencé la séance en disant « Bon, bien, mes amis ». Je ne sais pas, est-ce que les catéchumènes sont mes amis? C’est une question.
Je me rappelle que quand j’étais jeune, on nous disait « les petits potes ». Bon, les petits potes…
Parce qu’en fait, on est liés par cette fraternité ou cette sororité. Mais c’est compliqué de dire à des gamins de 13 ans « Bonjour mes chers petits frères et petites sœurs! » Encore qu’en Afrique, ça ne dérangerait pas, mais ici, là, dans nos contextes helvétiques, c’est peut-être un peu compliqué.
On va dire « amis » parce qu’il y a un sentiment d’appartenance commune. On est liés, on est de la même communauté de foi. Quand on grandit et qu’on le choisit, on est lié par la prière, une forme de solidarité. Mais quelle forme de solidarité, finalement? Qui aide qui dans nos communautés? Ça, je me le demande souvent, moi qui suis en migration? Qui aide qui?
Alors, je suis un petit peu partagée, contente à la fois, quand on ose utiliser ces mots, mes amis. Quand on ose dire sœur et frère aussi, je suis contente. Moi, la plupart du temps, maintenant, je dis « Bien-aimés dans le Seigneur », un peu à l’africaine. Je trouve, voilà, on est tous aimés du Seigneur.
Encore que Seigneur, ça pose d’autres questions féministes, mais… En fait, on n’en finit plus de se poser des questions.
Exemples d’amitié dans la Bible
[Stéphane] Dans la Bible, on a d’excellentes histoires d’amitié. Il y a cette amitié, je pourrais dire, entre Moïse et Dieu. Oui, c’est triste pour Moïse qui conduit son peuple pendant 40 ans. Il voit la terre promise, mais il ne peut pas y entrer, il meurt.
Et quelqu’un, je me souviens, posait la question, est-ce que c’est une tragédie? Il a été l’ami de Dieu pendant 40 ans. Est-ce qu’on peut appeler ça une tragédie? Parce qu’ils ont une relation très proche.
Il y a aussi, dans le Nouveau Testament, on a Timothée, le compagnon de Paul dans ses voyages missionnaires. On sent une très grande relation de confiance. Lorsqu’il y a un problème quelque part, Paul envoie Timothée. Il dit : « Tu vas pouvoir parler en mon nom. Je te fais confiance. Je sais que tu vas pouvoir réparer ce qui se passe. »
Il y a plein de ces s’exemple dans nos bibles qui nous montrent que oui, c’est possible d’avoir des relations saines, qu’on peut se faire confiance et qu’on peut construire là-dessus.
Devenir amis avec des personnes d’autres religions
[Joan] Faire confiance… Construire là-dessus… Tout ça, ça me renvoie à un bouquin assez intéressant écrit par un évêque catholique, un évêque en Algérie, qui s’appelle Jean-Paul Vesco. Je l’avais rencontré via les réseaux de mon père et j’avais même réussi à me faire inviter à Strasbourg, parce que son livre porte sur la notion de l’amitié.
En fait, sauf si tu es chrétien-chrétienne de naissance, dans la plupart des pays musulmans, tu ne peux pas te convertir au christianisme. Il y a des communautés qui sont autorisées, mais il y a des listes en fait. Il faut s’inscrire dans une liste et tu seras toujours un petit peu surveillé. Enfin, ça va dépendre un peu de comment fonctionne le pays, mais en gros, il ne faut surtout pas faire de prosélytisme.
Et donc Jean-Paul Vesco s’interrogeait, notamment après le drame des moines qui avaient été massacrés en Algérie à l’époque. Il se pose la question de comment être une Église chrétienne dans un pays qui est musulman et qui donne les règles du jeu très clairement.
Il développe tout un argumentaire sur le fait d’être des amis, de devenir des amis, de boire le thé ensemble, de se raconter un peu nos vies, de s’inviter à nos fêtes religieuses, de ne pas chercher à convaincre l’autre, d’éventuellement partager sur l’un ou l’autre sujet religieux, mais jamais dans l’idée ni de comparer, ni de démontrer quoi que ce soit, juste développer des liens d’amitié sans qu’il n’y ait jamais la notion d’évangélisation.
Je trouve ça très beau parce que j’ai vraiment un reproche à faire très, très fort aux Églises évangéliques, c’est cette incapacité à entrer en lien gratuitement avec les autres. Ils font tout le temps des séminaires de disciples de je-ne-sais-quoi et l’idée c’est toujours d’évangéliser.
Moi, j’ai l’impression qu’en passant par des liens, par l’amitié, on vit déjà le royaume, en fait. On n’a personne à convaincre ni à évangéliser, de façon à ce que le mérite nous reviendrait à nous. Ce qui se passe se passe, et ce qui ne se passe pas ne se passe pas.
Quand on est dans un territoire où, a priori, il peut y avoir des tensions autour de la thématique de la relation religieuse, l’amitié, c’est le pas de côté qui sauve. Ces relations-là doivent être basées sur le respect de l’autre.
L’amitié entre les hommes et les femmes
[Stéphane] Et pour revenir sur un sujet qui m’anime beaucoup, cette célèbre question des amitiés hommes-femmes. Beaucoup de personnes disent : « Ah! c’est impossible! Blablabla ». Mais ça dépend quelle est la vision qu’on a de l’autre personne.
Pour un homme, à quoi ça sert une femme? Est-ce que ça sert à être dragué? Est-ce que ça sert à avoir des rapports sexuels? Est-ce qu’on est capable de voir dans l’autre un égal? Est-ce qu’on est capable de voir dans l’autre quelqu’un qu’on respecte? Et si c’est non, c’est sûr qu’on ne peut pas avoir des amitiés hommes-femmes.
Moi, personnellement, j’ai toujours été plus confortable avec des femmes. Mes amis, c’est surtout des femmes. Ma meilleure amie, ça fait 38 ans qu’on se connaît, puis je pense qu’il n’y a pas d’ambiguïté. Il n’y a pas de « j’attends pour voir s’il y aurait peut-être une ouverture ».
Si on a cette attitude où on ne respecte pas l’autre, où on ne voit pas l’autre comme potentiellement quelqu’un qui a de l’importance, quelqu’un qui a de la valeur, mais c’est sûr qu’on ne peut pas être amis parce que, déjà en partant, on n’a pas une relation équilibrée.
L’amitié à la Saint-Valentin
[Joan] J’ai découvert il y a quelques années que pour la Saint-Valentin au Japon, les gens offrent des cartes essentiellement à leurs amis. En fait, parce que c’est un peuple tellement réservé (d’après ce qu’on m’a expliqué; si j’ai tort, écrivez-nous) c’est que les gens sont assez réservés, sont plutôt pour eux-mêmes, ils ne vont pas avoir de grandes démonstrations.
Donc ils passent par ce jour de la Saint-Valentin pour témoigner de l’amour à leurs amis. Ça, ça m’inspire beaucoup comme idée.
Et parfois, les Églises cherchent aussi à proposer quelque chose pour la Saint-Valentin. Puis c’est un peu comme pour la fête des Mères, la fête des Pères, la fête des grand-mères. Je me demande toujours qui on exclut, en fait, quand on fait une fête comme ça.
Après, il ne faut pas penser comme ça, il faut penser aux gens, comment ils vont être heureux et reconnus.
Mais finalement, une fête de l’amitié, une fête où on se redit l’importance que le lien a pour l’un et l’autre et ce qu’on a pu s’apporter. Je trouve que c’est beau et ça irait bien aussi en Église.
Je me demande comment on pourrait fêter ça. Comment est-ce qu’on pourrait se dire les choses? Et peut-être qu’en fait on n’a pas beaucoup d’amis à l’Église, on y va essentiellement pour la relation avec Dieu. Peut-être qu’on se rendrait compte. Je n’ai pas tellement d’amis dans l’Église. Est-ce que c’est grave? Je ne sais pas si c’est grave.
Célébrer les amitiés dans les Églises
[Stéphane] Ça me fait penser… peut-être que vous avez la même chose les dimanches de l’Avent. On allume des chandelles et traditionnellement on demande aux familles d’allumer ces chandelles et ce qu’on adore dans les paroisses c’est lorsqu’on a les grands-parents, les parents, les enfants, ça c’est tellement merveilleux, c’est tellement beau.
Je ne m’étais jamais vraiment posé la question jusqu’au moment où j’ai eu quelques femmes, des grands-mamans, qui disaient, nous, on ne peut plus faire ça parce que nos enfants ont déménagé; ça nous manque, puis on trouve ça triste.
On a eu l’idée, un dimanche, au lieu d’inviter une famille, on va inviter des amis. On a eu des groupes, deux, trois grands-mamans qui ont allumé la chandelle et ce qu’on célébrait, c’était l’amitié entre ces femmes et ça leur redonnait une place.
Elles n’étaient plus invisibles, elles n’étaient plus les pauvres femmes qui ont été abandonnées par leur famille, non. Elles avaient leur place et on célébrait justement ce type de relation qui est très important.
La difficulté de maintenir des amitiés
[Joan] C’est un peu cette question de comment célébrer finalement tous les types de relations. C’est pour ça que je parlais de camaraderie.
En fait, j’en viens presque à me dire que je préfère avoir une bonne camarade, quelqu’un avec qui j’ai un objet de camaraderie, on aime bien faire ceci ou cela.
On aime bien rigoler ensemble à l’Église sur une chose spécifique, ou bien une collègue qui est un peu une camarade parce qu’on a une mission commune, que d’essayer d’approfondir de façon complexe des relations amicales avec des personnes qui ont autant de haut et de bas dans leur vie que moi et qui n’ont peut-être plus tellement le temps.
C’est vrai que plus on avance en âge (comme si on était des tout vieux) quarantaine, cinquantaine, il y a beaucoup de familles à s’occuper. Il y a beaucoup d’enjeux au boulot, les responsabilités commencent à venir vers nous, et c’est une bonne chose, je dirais.
Est-ce qu’on arrive à être subtil dans nos relations et à donner autant de temps qu’il faudrait? Peut-être pas toujours.
La camaraderie, c’est beau la camaraderie finalement. C’est d’avoir une mission, une chose à faire en commun, quelque chose qui nous lie, et on n’a pas besoin d’aller tellement plus loin parfois.
Ça a fait sortir un peu comme ça des grands idéaux de l’amitié, mais ça nous amène dans quelque chose de peut-être plus réalisable et pragmatique.
Alors, Jésus, comment faisait-il, lui? Parce que Jésus, il avait tout le temps ses douze potes dont il devait s’occuper. Pas facile.
Les peines d’amitié
[Stéphane] C’est vrai, comment a-t-il fait, un homme, adulte, d’avoir douze amis, comme ça, tout le temps. Parfois c’est un casse-tête, on veut organiser une fête, on veut organiser une sortie. Si on ne passe pas par un doodle ou une espèce de sondage maison, c’est toujours compliqué.
Mais peut-être faut-il accepter qu’il y ait des géométries variables, qu’il y ait des activités, comme tu l’as dit, plus avec l’un, puis des discussions, plus avec l’autre, et qu’il y ait des personnes qui quittent le groupe.
Et ça, je pense qu’on n’en parle peut-être pas assez. On parle de peine d’amour, on parle rarement de peine d’amitié.
[Joan] C’est vrai.
[Stéphane] Parfois, il y a des ruptures à la suite d’un événement, d’un choc, d’un traumatisme. Ce n’est pas toujours les deux qui sont confortables avec cette rupture. Parfois, il y a quelqu’un qui décide de couper les ponts et c’est fini, il n’y a pas de retour. Parfois, on se sent trahi et ça fait mal.
Ça fait mal d’avoir cette personne avec qui on a cheminé pendant, je ne sais pas moi, 10-15 ans qui, d’un coup, ne veut plus être en relation avec nous. À qui est-ce qu’on parle de ça? Comment peut-on se confier? Il y a beaucoup de chansons sur les peines d’amour.
[Joan] Oui, beaucoup.
[Stéphane] Mais sur ces peines d’amitié-là, est-ce qu’on a la place pour en parler sans se sentir mal à l’aise?
Les ruptures relationnelles
[Joan] C’est vrai que moi, j’aime bien ces sujets-là, de discuter sur les relations d’amour et d’amitié. J’aimerais bien qu’on en parle plus ouvertement.
Moi, j’ai vécu il y a déjà dix ans, je crois, une grosse rupture d’amitié qui s’est faite du jour au lendemain. C’était unilatéral. C’était provoqué par un élément extérieur sur lequel je n’avais pas vraiment la main. La personne elle-même a reconnu que bon, je n’avais pas grand-chose à faire là-dedans.
C’était très compliqué. J’ai eu les larmes aux yeux pendant des jours et des jours et des jours parce qu’on se croisait à différents endroits.
Je n’ai jamais eu une vraie explication. Et à un moment donné, tranquillement, la guérison se fait. On comprend qu’elle avait sa route à faire, elle avait sûrement ses raisons, qui restent peut-être un peu inexplicables pour tout le monde, mais c’est ok, on l’accepte progressivement.
Est-ce qu’on parle beaucoup en Église de toutes ces ruptures relationnelles? Et est-ce que ça suffit de dire que oui, même si les autres t’abandonnent, Jésus est toujours là pour toi, mais Jésus il rayonne au travers des autres, de l’amour des autres, de l’attention que les autres nous donnent, alors ce n’est pas si simple quand même.
En tout cas, merci d’être venu avec ce sujet de conversation qui nous a amenés un peu ailleurs. On était au moment où vous nous écoutez, puis l’été c’est parfois le moment de faire des bilans ou de revoir de vieux amis, ou parfois aussi de s’en faire des nouveaux.
Conclusion
[Stéphane] Eh oui, et c’est ainsi qu’on termine notre quatrième saison. Alors un très grand merci à toutes les personnes qui nous suivent fidèlement et aux nouveaux auditeurs, aux nouvelles auditrices qui se joignent progressivement à nous. Vous pouvez continuer à nous envoyer des courriels, des suggestions, des commentaires. questiondecroire@gmail.com.
Nous avons le groupe WhatsApp qui ne prend pas de vacances cet été. Les gens peuvent nous rejoindre sur ce groupe qui est fermé parce que, bon, il y a beaucoup de gens qui envoient du spam et n’importe quoi, mais on est heureux d’accueillir de vraies personnes. Tous les liens sont dans la description de l’épisode.
Merci à l’Église Unie du Canada, notre commanditaire pour une quatrième saison et à Réforme qui relaie nos podcasts.
Merci à tous et à toutes, et surtout, merci à toi, Joan.
[Joan] Merci à toi, Stéphane.
[Stéphane] Et on se retrouve très bientôt.
[Joan] Bon été.
[Stéphane] Au revoir.
Liens
Site Internet: https://questiondecroire.podbean.com/
ApplePodcast: https://podcasts.apple.com/us/podcast/question-de-croire/id1646685250
Spotify: https://open.spotify.com/show/4Xurt2du9A576owf0mIFSj
Réforme: https://www.reforme.net/podcast/
Contactez-nous: questiondecroire@gmail.com
Notre commanditaire: L’Église Unie du Canada Moncredo.org
* Musique de Lesfm, pixabay.com. Utilisée avec permission.
* Photo de Ian Dooley, unsplash.com. Utilisée avec permission.
* Communauté WhatsApp: https://chat.whatsapp.com/Iu1ggsLoCdyLid7SrJrCoF
Mots clés:
amitié, relations, foi chrétienne, réseaux sociaux, camaraderie, confiance, rupture, spiritualité
Sujets clés:
Les différentes définitions de l’amitié
L’influence des réseaux sociaux sur la qualité des relations
Les amitiés dans la Bible, exemples de Moïse et Paul
Les niveaux d’amitié : camaraderie, connaissance, amitié profonde
Les ruptures d’amitié et leur impact émotionnel
L’amitié en contexte religieux et communautaire
Les amitiés hommes-femmes et le respect mutuel
Fêter l’amitié dans la vie quotidienne et en église
Citations:
« L’amitié indéfectible, c’est rare mais précieux. »
« Les relations d’amitié dans la Bible sont pleines d’enseignements. »
« Respect et confiance sont la base de toute amitié saine. »
Chapitres :
01:04 – Quand une simple entraide devient une amitié indéfectible
02:59 – Amitié réelle ou virtuelle à l’ère du numérique
04:23 – Apprivoiser les nuances de l’amitié
06:06 – Les amitiés durables et passagères
07:20 – Les différentes formes d’amitié
09:11 – L’obligation d’avoir des amis
10:45 – Le mot amis dans l’Église
12:27 – Exemples d’amitié dans la Bible
13:39 – Devenir amis avec des personnes d’autres religions
15:54 – L’amitié entre les hommes et les femmes
17:22 – L’amitié à la Saint-Valentin
18:35 – Célébrer les amitiés dans les Églises
19:54 – La difficulté de maintenir des amitiés
21:20 – Les peines d’amitié
23:01 – Les ruptures relationnelles
24:21 – Conclusion
Auteur et autrice

Rév. Stéphane Vermette
Pasteur de paroisse à Admaston, Kanata (Ont.), Quyon (Québec) et Église Unie Sainte-Claire (exclusivement sur internet). Coordinateur des communications et du développement en français de l’Église Unie du Canada. Depuis plus de 10 ans, il exerce un ministère numérique sur les médias sociaux (Facebook, Instagram, TikTok, YouTube, Bluesky) pour apporter une foi progressiste en français sur internet.

Joan Charras-Sancho
Joan Charras-Sancho est docteure en théologie protestante et pasteure. Active dans le canton de Vaud, elle accompagne les personnes migrantes et les communautés queers. Collaboratrice aux livres « Une bible des femmes » (2018), « Une Bible, des hommes » (2021). Son ministère cherche à créer des espaces d’écoute, de dignité et d’espérance pour chacun·e.