Oser un regard différent

Un homme qui se questionne sur sa foi dans notre société

Comment vivre sa foi aujourd’hui dans notre société?

5 août 2026
Photo de Stéphane Godbout

Stéphane Godbout

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  • Foi - Pluralité religieuse
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Dans une société libre mais parfois méfiante envers la religion, vivre sa foi consiste à l’assumer sans peur, avec simplicité et respect. Plutôt que de s’imposer, il s’agit de témoigner par ses actions, en cultivant dialogue, compassion et accueil. La foi ne s’oppose pas à la science, mais répond à la quête de sens toujours présente. En créant des espaces de confiance et en restant ouverts, les croyants peuvent contribuer humblement au bien commun.

Vivre sa foi dans une société marquée par la méfiance

Alors que je préparais récemment un message pour le culte du dimanche comme célébrant laïque dans une communauté chrétienne des Laurentides sur le texte de Matthieu 10:24-39, je me suis retrouvé à réfléchir à une question qui me semble de plus en plus importante.

Comment vivre sa foi aujourd’hui dans une société qui remet souvent en question la légitimité même de la religion et de la spiritualité chrétienne ?

Je ne parle pas ici de persécution. Nous vivons heureusement dans une société libre où chacun peut croire, ne pas croire ou chercher à sa manière. Cette liberté est précieuse et je suis reconnaissant de vivre dans un tel contexte. Mais il demeure parfois un certain inconfort.

Plusieurs croyants ont déjà vécu cette situation. Lors d’une conversation entre amis, dans un contexte professionnel ou même au sein de leur famille, ils hésitent à mentionner leur engagement dans une communauté de foi. Ils savent que cela risque de susciter de l’étonnement, des questions ou parfois des jugements rapides.

Pour certaines personnes, la religion évoque d’abord les blessures laissées par l’histoire : les abus de pouvoir, les exclusions, les discriminations ou les pensionnats autochtones. Pour d’autres, elle apparaît comme une réalité dépassée dans un monde façonné par la science et la technologie. Pour d’autres encore, elle semble simplement étrangère à leur univers. Je comprends ces réactions.

Notre histoire collective comporte des pages dont nous ne pouvons être fiers. Les Églises ont parfois contribué à la souffrance plutôt qu’à la guérison. Il est normal que plusieurs personnes portent encore aujourd’hui une méfiance envers les institutions religieuses.

Mais je constate également un paradoxe. Alors que la religion institutionnelle suscite souvent de la réserve, la quête de sens demeure bien vivante. Les gens s’interrogent toujours sur le bonheur, l’amour, la souffrance, la mort, la solitude, l’espérance et le sens de leur existence. Ils cherchent des ressources pour traverser les épreuves. Ils cherchent des lieux où ils peuvent être accueillis tels qu’ils sont. Ils cherchent des communautés où ils peuvent tisser des liens significatifs.

En d’autres mots, les grandes questions spirituelles n’ont pas disparu. Elles ont simplement changé de langage.

Une foi parmi d’autres

Pendant une grande partie de l’histoire du Québec, le christianisme occupait une place centrale dans la culture. Les références chrétiennes étaient omniprésentes. Même les personnes peu pratiquantes connaissaient les grandes fêtes, les récits bibliques et une bonne partie du vocabulaire religieux. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Nous vivons dans une société pluraliste où coexistent de nombreuses visions du monde. Les croyances religieuses, les convictions philosophiques, les approches spirituelles et les perspectives scientifiques se côtoient quotidiennement.

Cette diversité représente un défi pour ceux qui ont connu une autre époque. Mais elle représente aussi une richesse. Elle nous rappelle que personne ne possède toute la vérité. Elle nous invite à l’humilité, à l’écoute et au dialogue.

Je crois sincèrement que la liberté de conscience est l’un des grands acquis de notre société. Elle protège les croyants comme les non-croyants. Elle permet à chacun de chercher sa propre voie.

Pour les chrétiens, le défi n’est donc pas de retrouver une position dominante dans la société. Le défi est d’apprendre à vivre notre foi comme une voix parmi d’autres. Non pas une voix qui cherche à s’imposer. Une voix qui cherche à contribuer.

Peut-on encore parler librement de spiritualité ?

J’ai parfois l’impression que notre société entretient une relation ambiguë avec la spiritualité.

Nous parlons volontiers de bien-être, de croissance personnelle, de méditation ou de pleine conscience. Ces sujets sont largement acceptés. Mais lorsque le vocabulaire devient explicitement chrétien, les réactions changent souvent. On devient prudent. On craint d’être mal compris. On craint d’être associé à des formes de religion que l’on ne reconnaît pas soi-même.

Plusieurs croyants vivent cette réalité discrètement. Ils ne cachent pas leur foi, mais ils hésitent parfois à en parler. Comme si la spiritualité chrétienne devait demeurer une affaire strictement privée. Pourtant, vivre sa foi librement ne signifie pas chercher à convaincre les autres.

Cela signifie simplement être capable de dire avec simplicité ce qui nous inspire, ce qui nous aide à vivre, ce qui nourrit notre espérance. La liberté de conscience ne protège pas seulement le droit de ne pas croire. Elle protège aussi le droit de croire.

Et surtout, elle protège le droit de dialoguer dans le respect.

La science ne répond pas à toutes les questions

L’une des critiques les plus fréquentes adressées à la religion repose sur l’idée que la science aurait désormais remplacé la foi. Je n’ai jamais trouvé cette opposition très convaincante.

La science accomplit des choses extraordinaires. Elle nous aide à comprendre le monde. Elle améliore nos vies. Elle soigne des maladies. Elle éclaire des phénomènes qui demeuraient autrefois mystérieux.

Nous avons besoin de la science. Nous avons besoin des faits. Nous avons besoin de la recherche et de l’esprit critique. Mais même dans un monde profondément marqué par les découvertes scientifiques, certaines questions demeurent:

  • Pourquoi aimer ?
  • Pourquoi pardonner ?
  • Comment traverser le deuil ?
  • Comment vivre avec nos fragilités ?
  • Comment construire une société plus humaine ?
  • Qu’est-ce qui donne un sens à notre existence ?

Ces questions continuent d’habiter le cœur humain. Elles ne se résolvent pas à l’aide d’une équation ou d’une expérience en laboratoire. Elles appellent la réflexion, la sagesse, le dialogue et parfois la spiritualité.

À mes yeux, la foi chrétienne ne vient pas concurrencer la science. Elle cherche plutôt à accompagner l’être humain dans sa quête de sens.

Quand nos repères changent

Une autre réalité m’interpelle souvent. De plus en plus de personnes ne connaissent plus les récits bibliques qui ont pourtant façonné notre culture pendant des siècles.

Pour plusieurs jeunes adultes, des expressions autrefois familières sont devenues incompréhensibles. Et pourtant, les valeurs qui traversent ces récits demeurent étonnamment actuelles :

  • La compassion
  • Le pardon
  • L’accueil de l’étranger
  • La dignité de chaque personne
  • Le souci des plus vulnérables
  • L’espérance malgré l’adversité

Ces valeurs continuent de parler à notre époque. Peut-être sommes-nous appelés à les transmettre autrement. Moins par des discours. Davantage par notre manière de vivre.

Quand nos convictions nous mettent à contre-courant

Toute personne qui cherche à vivre selon des convictions profondes rencontre un jour ou l’autre une forme d’incompréhension. Cela n’a rien d’unique aux croyants.

Les personnes engagées pour l’environnement, la justice sociale, la paix ou les droits humains vivent parfois la même expérience. Choisir un chemin n’est jamais totalement neutre.

Il arrive que certains proches ne comprennent pas nos choix. Il arrive que nos valeurs nous conduisent à voir les choses différemment. L’important est alors de résister à la tentation de la confrontation. Nous n’avons pas besoin de nous définir contre les autres.

Nous pouvons vivre nos convictions avec respect et bienveillance. Nous pouvons reconnaître la valeur de perspectives différentes tout en demeurant fidèles à ce qui nous anime profondément. Cette posture n’est pas toujours facile. Mais elle me semble particulièrement importante aujourd’hui.

Femmes qui vivent leur foi autour d'un café.
* Photo de Age Cymru, unsplash.com. Utilisée avec permission.

Ce dont notre société a le plus besoin

En préparant ce message, une conviction s’est imposée à moi. La contribution la plus précieuse que les communautés chrétiennes peuvent offrir aujourd’hui n’est peut-être pas de fournir davantage de réponses.

C’est peut-être de créer davantage d’espaces de confiance. Des lieux où les personnes peuvent poser leurs questions sans être jugées. Des lieux où le doute est accueilli. Des lieux où la spiritualité peut être explorée librement. Des lieux où l’on peut parler de sens, de souffrance, d’espérance et de solidarité. Des lieux où chacun est accueilli avec dignité.

Lorsque je regarde ma propre communauté, je vois cela se vivre de multiples façons : autour d’un café après le culte, lors d’un repas partagé, dans une visite auprès d’une personne isolée, dans une activité communautaire ou simplement dans une conversation attentive.

Ces gestes peuvent sembler modestes. Pourtant, ils répondent à un besoin profond de notre époque. Nous vivons dans un monde où plusieurs personnes se sentent seules, fragmentées ou désorientées. Les espaces de confiance sont devenus précieux.

Une invitation à la confiance

Au terme de cette réflexion, je reviens à ce qui m’a le plus marqué dans la préparation de ce message. La foi chrétienne n’a pas besoin d’être vécue dans la peur.

Nous n’avons pas à nous excuser d’être croyants. Nous n’avons pas non plus à imposer nos convictions aux autres. Nous pouvons simplement habiter notre foi avec humilité, confiance et ouverture.

Reconnaître les erreurs du passé. Apprendre de l’histoire. Accueillir les découvertes de la science. Respecter profondément la liberté de conscience de chacun. Et continuer malgré tout à puiser dans l’Évangile des ressources pour vivre, aimer, espérer et servir. Dans une société où tant de personnes cherchent encore un sens à leur existence, cette démarche demeure profondément pertinente.

Peut-être que notre plus beau témoignage n’est pas d’avoir toutes les réponses. Peut-être est-il simplement de continuer à marcher humblement sur ce chemin, en laissant transparaître dans nos vies un peu plus de compassion, un peu plus de justice et un peu plus d’espérance. 

Et cela, je crois, demeure une bonne nouvelle pour notre temps.

Photo de Stéphane Godbout

Actif au sein de l’Église Unie depuis 2013, Stéphane est célébrant laïc et célébrant laïc des sacrements depuis plusieurs années. Son engagement s’exprime principalement dans la paroisse de Sainte-Adèle et au sein du Ministère régional des Laurentides. Il est également membre du conseil d’administration et du comité exécutif du Séminaire diocésain de Montréal, ainsi que collaborateur de Mon Credo.

Stéphane affirme que sa vie a plus de sens, de joie, d’optimisme et de direction avec sa dimension spirituelle. Sa démarche repose sur une méditation continue de la vie, des écritures et des valeurs. Il s’intéresse à une spiritualité vivante et rassembleuse, qui énergise, apaise l’âme et s’enracine profondément dans la communauté. Il aspire à une foi simple, joyeuse et engagée, qui relève plutôt qu’elle ne juge. Les enseignements et les encouragements de Jésus-Christ constituent le cœur de sa démarche spirituelle.

Originaire de l’Abitibi, Stéphane a grandi dans les Laurentides à partir de l’adolescence. Engagé dans l’Église catholique durant sa jeunesse, dans la quarantaine, il a entrepris une démarche de recherche d’un milieu plus inclusif. Cette quête l’a conduit à l’Église Unie de Sainte-Adèle, où il a trouvé sa place et s’est pleinement investi depuis. Stéphane est maintenant à la retraite après une vie professionnelle bien remplie. Il a œuvré comme avocat et cadre supérieur dans le milieu de l’enseignement.

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