Est-ce que tous les ministères ont la même importance?
Stéphane Vermette
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Est-ce qu’il y a des ministères réservées aux hommes et d’autres aux hommes? Pourquoi existe-t-il une multiplication des titres et définition de postes si nous sommes tous et toutes appelés par Dieu?
Dans cet épisode, Joan et Stéphane expliquent le rôle essentiel des ministères des laïcs et des bénévoles, explorent les éléments extérieurs influencent notre compréhension du ministère et se demandent comment nous pouvons répondre à l’appel de Dieu.
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Table des matières
Transcription:
Bonjour, bienvenue à Question de croire, un podcast qui aborde la foi et la spiritualité, une question à la fois. Cette semaine, est-ce que tous les ministères ont la même importance?
Bonjour Stéphane.
Bonjour Joan.
Une diacre est-elle une vraie pasteure?
Alors, est-ce que tous les ministères ont la même importance? Alors ça, on va voir, on va en discuter toi et moi. On va voir les retours aussi. Mais en tout cas, j’ai découvert que je pouvais.
Le temps de mon ministère de diacre, qui va bientôt s’arrêter, au 30 juin, j’arrête ce ministère de Diacre à Zurich, c’est l’occasion pour moi de l’annoncer aux auditrices et aux auditeurs. Et ensuite on verra dans quel autre ministère je serais appelée à servir le Christ.
Dans le cadre de ce ministère, j’avais été invitée à un colloque, le colloque d’unité chrétienne à Lyon. Alors là, c’est un colloque œcuménique où il y a une majorité de catholiques.
Je vais faire une présentation sur le Vendredi saint dans la tradition luthérienne ou dans les traditions luthériennes.
Donc moi, j’avais préparé mon petit PowerPoint, et tout, donc je commence.
Je me présente, “voilà, bonjour, je suis diacre auprès de la communauté réformée francophone de Zurich”. Je fais mon petit speech, et après je dis, “Est-ce qu’il y a des questions?”
Et là, une grande partie du temps dédié aux questions, c’était sur le fait que je sois diacre. C’est comme si une partie de l’exposé, ils n’avaient pas pu l’écouter parce que d’un point de vue catholique, être diacre, c’est un ministère d’hommes déjà mariés, qui a déjà enfanté, et on est femme de diacre, mais on n’est pas femme diacre.
Alors ça, vraiment ça… Et puis, c’est vrai que c’est un ministère très peu répandu en France, vraiment répandu en Suisse, qu’ils n’avaient jamais entendu ça.
Je voyais bien que les gens me regardaient de haut en bas pour essayer de comprendre ce qui faisait de moi une diacre? En plus, le dire aux féminins, c’était tout nouveau.
Et pourquoi est-ce que je ne m’appelais pas diaconesse? Est-ce que c’est un évêque qui m’avait ordonné? Est-ce que du coup mon mari était mari de diacre, comme les femmes étaient femmes de diacre?
Voilà, donc on a eu tout plein de discussions sur justement cette notion des ministères.
Et moi, ça m’a beaucoup intéressée et j’ai trouvé que c’était chouette, mais ce n’était vraiment pas du tout pour ça que j’étais venue.
La multiplication des ministères dans nos Églises
C’est vrai qu’il y a beaucoup de types de ministères à travers le christianisme. Il y en a qui sont plus connus que d’autres, naturellement.
On parle de prêtres, un pasteur, et les gens ont une bonne idée.
Mais lorsqu’on commence avec les diacres, les diaconesses, les agents laïcs, les agents de pastoral, là, ça commence à être plus flou.
Les gens ne savent pas trop ce que ça implique. Quel genre de formation? Est-ce que c’est des gens bénévoles? Est-ce que c’est des gens payés? Cette, je pourrais dire, multiplication des appels qui vient avec une multiplication des parcours.
Souvent, dans l’Église Unie du Canada, c’est un peu bizarre parce qu’on a des formations pour les diacres. On a des formations pour les agents laïcs. On a des formations pour des pasteurs.
Mais habituellement, la norme, lorsque toutes ces formations sont terminées, ils font le même travail. On les envoie dans une petite paroisse. Vous faites le culte du dimanche. Vous faites les enterrements.
Et les gens se demandent, mais pourquoi, pourquoi qu’il y a plein de titres? Pourquoi qu’il y a plein de formations différentes, si c’est la même chose à la fin qui arrive?
Ça, c’est très typique de l’Église Unie du Canada.
Recevoir un appel pour le ministère
Moi, mon expérience, c’est que quand j’étais une préado et que j’ai reçu vraiment l’appel de servir le Christ et son Église, je me suis dit, je vais devenir pasteureuse parce qu’en fait, je ne connaissais pas un autre ministère. Je ne savais pas vraiment qu’on pouvait développer différents ministères.
Et quand on a fait la théologie, c’est là qu’on nous a expliqué qu’il y a des ministères dits bibliques.
C’est ceux d’un cas repris Calvin. Donc je lis Éphésiens 4, 11, 12. “C’est lui le Christ qui a donné les apôtres, les prophètes, les évangélistes, les bergers, enseignants pour la préparation des saints en vue de l’œuvre du service, en vue de la construction du corps du Christ.”
Cette notion de don et de charisme dans le corps du Christ, c’est quelque chose qui m’est arrivé bien plus tard, et plutôt par le renouveau charismatique d’ailleurs, où effectivement on n’hésite pas à parler des dons, des charismes, des possibilités de chacun de développer des ministères.
Et donc tout ça, ça a commencé à germer en moi, et j’ai compris en rentrant au doctorat, en faisant mon doctorat, que j’étais aussi en train d’accomplir un ministère parce que c’est important qu’il y ait des gens qui se consacrent à la théologie, qui rédigent des bouquins, qui documentent le corps du Christ aussi, des fois en tâtonnant, des fois avec des choses plus ou moins intéressantes, mais c’est important que des gens prennent du temps pour ça.
Et puis progressivement aussi, en voyant des ministères qui sont non pastoraux, j’ai réalisé leur importance : sacristain, sacristaine, présidente d’Église, conseiller, conseillère, catéchète…
C’est incroyable le nombre de personnes qui en fait portent un ministère pour l’Église, qui ne sont pas rémunérées pour ça, mais sans qui tout ça ne fonctionnerait pas.
Puis après, quand je suis allée en Afrique le temps de mon travail missionnaire, j’ai découvert qu’il y avait beaucoup d’Églises avec la même histoire que la mienne, donc des églises luthériennes et réformées, qui avaient des évangélistes.
Et que “évangéliste”, c’était pratiquement similaire à “pasteur” dans certains endroits, parce qu’il y a cette notion de prêcher dedans.
Alors voilà, il y a cette grande nébuleuse, et puis après moi-même on m’a appelée pour devenir diacre.
Donc là, je termine ce ministère de trois ans, et j’ai exploré aussi ce que ça veut dire “diacre”. Alors ce que ça veut dire “diacre”, c’est intéressant parce que dans mon cas, j’aurais plus de choses à dire sur ce que ça veut dire pour les autres que pour moi.
Parce que pour moi, je n’ai fait que suivre l’appel du Christ de servir dans son Église et de faire ce qu’on me demandait de faire et ce que je savais faire. Mais la façon dont les autres me considèrent m’ont considéré comme diacre, c’est encore un tout autre chapitre.
La compréhension du sacerdoce universel
C’est intéressant la perception que les gens ont des différents ministères, des différents appels, des différents postes, que je pourrais dire.
Dans l’Église Unie du Canada, dans les années, là je fais ça grosso modo 70-80, il y a eu un grand vent de rejet du patriarcat, rejet de l’institution, rejet des privilèges, qui a été très bon, qui a amené quelque chose d’un peu plus proche du sacerdoce universel dans la compréhension que nous sommes tous et toutes des pasteurs.
Mais il n’y a pas eu l’exploration de qu’est-ce que ça veut dire. Dans les bulletins paroissiaux, dans les ordres du culte, j’ai souvent vu : organiste, telle personne, pasteur, nous tous et nous toutes.
Et c’est très adorable. Mais tu demandes aux gens, est-ce que vraiment tu te considères comme un pasteur dans le sens où tu exerces ton ministère?
Oui, je crois qu’on a tous et toutes un appel, on a tous et toutes un ministère à jouer, mais ça ne veut pas dire qu’un est nécessairement remplaçable par l’autre parce qu’on a chacun et chacune des dons, des talents.
Et l’objectif pour moi, et le défi également, c’est de trouver la bonne place où je peux exercer mes talents, mon ministère, mes dons, où la personne devant moi peut le faire.
Ça peut être devenir un membre du clergé. Ça peut être un laïc très engagé dans son Église. Ça peut être un ministère en dehors de l’Église. Ça peut être une personne qui enseigne et qui considère ça comme un ministère important d’aider à la formation de la jeunesse.
Donc, il faut faire attention avec cette idée-là de dire, ce n’est pas vrai que nous sommes tous pareils, mais ça ne veut pas dire nécessairement qu’il y a un ministère meilleur que l’autre.
Les stéréotypes autour de la personne du pasteur
D’abord, j’aimerais rebondir sur cette idée de l’ordre du culte sur lequel on dit que tous et toutes sont pasteurs.
Moi, j’aime bien sûr l’ordre du culte à Zurich, on met officiant, officiante. Et quand il y a des jeunes qui préparent avec moi ou bien quand on a des invités, on les rajoute. Et ça, je trouve ça très, très cool. Et je trouve que c’est déjà vachement inclusif.
Et ce que je trouve aussi un peu étrange de décréter que tout le monde est pasteur, c’est que ça donnerait comme un titre honorifique à tout le monde, alors que ce n’est qu’une fonction, en fait qui découlent d’études et de compétences et aussi d’une capacité de s’adapter ou pas à une culture d’Église.
Des fois, on est ordonné pasteur pas tant parce qu’on est particulièrement brillant ou qu’on s’en sort si bien, c’est aussi parce qu’on a compris les codes.
Donc je pense aussi aux personnes neuroatypiques, aux personnes qui viennent d’autres cultures.
Il y a peut-être beaucoup d’entre elles qui auraient leur place dans nos corps pastoraux, dans nos différentes Églises, mais qui en fait ne sont pas dans la capacité d’intégrer assez de codes pour être considérés comme légitimes.
Et peut-être que du coup, la diversification des ministères, ça casse les codes et ça permet à des gens qui ne peuvent pas rentrer dans le moule parce que quand tu rentres dans un moule, tu deviens une quiche. Ça, c’est une expression française que j’aime bien.
En diversifiant les ministères, en plus d’être un élément qu’on puisse dire biblique, en tout cas d’inspiration biblique, ça permet aussi de casser les codes et ça permet de faire entrer de nouvelles personnes avec de nouvelles perspectives.
Parce que c’est vrai que pendant très longtemps, dans mon union d’Églises, l’Union des Églises Protestantes d’Alsace et de Lorraine, mais ce n’est pas la seule, il y avait quand même un stéréotype du pasteur qui était assez marqué.
D’abord, comme nous l’enseigne Lauriane Savoie dans son livre sur l’accession des femmes au ministère, il fallait, quand on passait devant la commission des ministères, il fallait avoir une voix qui porte.
Et donc, il y a beaucoup de femmes qui étaient refusées au début parce qu’elles avaient une voix un peu fluette ou elles essayaient d’avoir une voix du care.
Et puis, ce qui est assez paradoxal, c’est que si ces femmes avaient une voix comme moi, assez affirmée, une voix un peu à l’espagnol, c’est un peu le ton espagnol qu’il y a aussi dans ma voix, dans ma génétique, on les trouvait peut-être trop viriles ou écrasantes et pas assez dans le cœur.
Alors que le ministère d’aumônière, pour les femmes, pendant longtemps, c’était très convenu que les femmes pasteurs ou aumônières, elles étaient plus dans la douceur, dans l’écoute, dans le care.
Est-ce que ces nouveaux ministères permettent en fait de reproduire des stéréotypes de toutes sortes? Est-ce que ces nouveaux ministères permettent au contraire de faire entrer de nouvelles personnes et donc de casser un peu les codes? À quel endroit est-ce qu’on se trouve?
Et ça j’ai très envie de l’interroger parce que je vois que dans toutes les unions d’Églises en francophonie autour de moi, dans toutes les Églises cantonales de Suisse, dans l’Église Protestante Unie de France, chez nous en Alsace-Moselle, on est dans ces questions-là.
On est dans le fait qu’il n’y a plus assez de personnes qui ont la vocation pastorale, qui ont l’argent, le temps de se former pendant huit ans, qui arrivent à faire le premier poste, que moi j’appelle le service militaire, et qui ensuite restent en poste parce que c’est très difficile, c’est cette transition-là qui est difficile.
Il n’y a plus assez de monde pour tout le boulot qu’il y a à faire. Et quand c’est du boulot, là je parle de boulot, d’enterrement, de mariage, de baptême, tout ce qui prend du temps et tout ce qui te mobilise aussi émotionnellement, et les cultes bien sûr.
Et donc du coup, on aurait besoin d’autres ministères qui prennent en charge les choses que les pasteurs n’arrivent plus à prendre en charge.
Est-ce que ces autres ministères, ce sont des moitiés de pasteurs, des mini-pasteurs, des gens un fait ou deux au pasteur? Parce que moi je l’ai vu en tant que diacre, ce discours.
J’ai vu aussi qu’on me disait… Écoutez quand même, mon père était quelqu’un de très important. Ce n’est pas une diacre qui va l’enterrer.
Alors là j’ai compris, ah d’accord ok, dans votre conception des choses, il y a le pasteur, surtout homme, surtout en haut. Et après, il y a la diacre.
Alors, ce n’est pas généralisé, ce n’est pas tout le monde, mais ça existe. Voilà, donc, on est dans cette discussion, en fait, c’est vrai.
La présence des femmes dans le ministère
Ce que tu dis, je l’ai vu beaucoup dans l’Église Unie du Canada. Pendant mes années que j’ai travaillé dans le monde anglo-saxon, parce qu’il n’y avait pas des équipes ministérielles chez les francophones, il n’y a jamais d’équipe ministérielle parce que les fonds ne sont pas là, éditorial.
Il y avait cette différence entre les vrais pasteurs, disons, et les femmes à demi-temps, qu’on ne sait pas trop s’ils sont l’adjointe administrative, la secrétaire, ou ils font l’école du dimanche ou ils travaillent avec les enfants.
Ça, je l’ai vu beaucoup et c’est quand même assez surprenant parce que les écoles de théologie au Canada, c’est, je n’ai pas les chiffres là, mais je ne serais pas surpris que ça soit au-delà de 60% des étudiantes. C’est des étudiantes; c’est des femmes.
Et ces personnes-là deviennent pasteurs, sont en poste, dirigent des paroisses, des communautés de foi.
Cependant, il y a encore cette idée-là du pasteur, de la voix grave, qui parle et qui prêche.
Je dois avouer que ça l’a joué à mon avantage en étant un homme. Oui, j’en suis conscient.
C’est comme les privilèges. Je n’ai rien demandé, ça m’est tombé dessus.
Et je trouve ça triste parce qu’il y a de très bonnes pasteures qui ne sont pas reconnues ou qui n’ont pas la même carrière à cause de cette espèce de sexisme intégré à l’intérieur d’une institution qui dit Nous voulons diversifier, mais… Il y a toujours le “mais”.
Il y a le discours officiel et on arrive sur le terrain. Le mémo n’est pas arrivé, je pourrais dire.
Quand le budget influence l’appel
Du coup, je suis allée regarder un peu la feuille de route de l’UEPAL concernant les ministères. Et je lis que les pasteurs, c’est un ministère personnel embrassant toutes les composantes des missions que Dieu confie à l’Église.
Et donc en fait, on reconnaît les personnes dans leur appel, donc dans leur vocation ou leur appel, les deux sont un peu synonymes dans ce cadre-là.
Bien sûr, j’ai un appel, et cet appel correspond à une vocation, cette vocation est reconnue par l’Église, et donc elles sont ensuite ordonnées, bon ça c’est plutôt en langage luthérien. Mais elles sont ensuite ordonnées dans ce ministère-là, qui embrasse toutes les composantes de mission que Dieu a confiée à l’Église.
Mais c’est vrai que des ministères laïcs, ou d’ailleurs reconnus, peuvent aussi célébrer, rendre grâce, des ministères laïcs reconnus, peuvent servir, etc.
À chaque fois, on peut avoir un appel pour l’une ou l’autre chose. Visiblement, si on a l’appel pour ces quatre composantes, c’est là qu’on se présente comme pasteur et qu’on est reconnu là-dedans et envoyé.
Alors, moi j’aime bien parce que ça donne un peu des jalons, et d’un autre côté c’est marrant parce que moi, comme diacre, j’ai fait tout ça.
Donc finalement, les contours sont souvent un peu flous selon les besoins des communautés, selon aussi leurs capacités économiques.
Il y a des endroits où on n’a pas l’argent de payer deux pasteurs, mais on a l’argent de payer un pasteur et un diacre, ou une diacre, ou une pasteure et un diacre.
Enfin bref, ça va aussi dépendre de toutes sortes de contingences très humaines.
Et ça, c’est quelque chose que tu rappelles souvent au cours de nos podcasts, que bien sûr, la religion, c’est créé, structuré par les hommes et les femmes, mais surtout par les hommes.
La question des sacrements et la diversité des ministères
Dans mon expérience, un des endroits où ça bloque pour reconnaître les différents ministères, c’est la question des sacrements. Qui a le droit de présider une communion? Qui a le droit de baptiser?
C’est des très grosses discussions qui ont eu lieu depuis, je dirais, une vingtaine d’années dans l’Église Unie du Canada.
Et ce que j’ai remarqué, il y a une importance pour savoir qui a, selon l’expression utilisée par certains, les mains magiques. Je m’explique.
Lorsque nous sommes ordonnés, il y a l’imposition des mains et, magiquement, nos mains ont la capacité de célébrer les sacrements.
Donc, il y a comme quelque chose qui se transfère des mains du président du synode aux mains du pasteur.
Et des fois, on se pose la question, bon, un tel, j’ai besoin d’un remplacement, on va avoir la communion, est-ce qu’il a les mains magiques?
Et ce qui amène la réflexion qu’au Canada, c’est un très grand pays. Il y a de grands espaces. Il y a des réalités territoriales. Je connais un pasteur, c’est le seul pasteur protestant à 200 kilomètres à la ronde. Donc, son territoire est immense. Ce n’est pas évident pour ces paroisses-là.
Quand lui va partir, est-ce qu’ils vont être capables de trouver un autre pasteur ordonné avec les mains magiques? Donc, qu’est-ce qu’on fait avec ces gens-là? Comment on leur donne accès aux sacrements?
Dans un conseil général, je me souviens, quelqu’un avait dit, nous n’avons pas un problème de nature théologique, nous avons un problème géographique.
Ce n’est pas, est-ce qu’on doit obligatoirement être ordonné pour présider une communion? Non, c’est, vous êtes dans le Grand Nord, vous êtes dans le nord de la Saskatchewan, les Canadiens vont comprendre la référence. Il n’y a personne, comment qu’on leur donne accès à ce sacrement.
Donc, parfois les enjeux extérieurs à la théologie ou à l’ecclésiologie vont influencer notre compréhension du ministère et comment ces ministères-là sont vécus.
Le ministère d’unité
Et c’est vrai que moi régulièrement je me pose la question quoi. Et c’est une question que je trouve saine. Alors quand tu es pasteur consacré, ordonné, reconnu, tu te la poses beaucoup moins cette question.
Mais moi je me demande toujours, dans quelle case est-ce que je rentre? J’ai un ministère biblique, je suis docteur en théologie, je produis un peu de théologie. Est-ce que j’en produis assez? Est-ce qu’elle est accessible? Est-ce qu’elle est utile? C’est une autre question.
Jusqu’au 30 juin, je suis diacre. Et puis après, je ne sais pas.
Je suis presque pasteure, puisque j’ai mon certificat d’aptitude aux fonctions pastorales. Mais je suis désordonnée, puisque je ne suis pas ordonnée encore.
Et je sais tout faire. Je sais tout faire, mais je me rends souvent compte qu’avec mes choix théologiques, avec ma personnalité, avec le fait que je viens aussi de la migration, je ne fais pas l’unanimité. Et d’ailleurs, je crois que je n’ai pas vocation à faire l’unanimité.
Alors du coup, ça me met un petit peu en porte-à-faux avec le fameux ministère d’unité.
C’est quand même vachement plus simple de faire l’unité quand tu es un homme blanc de plus de 50 ans qui ressemble à ta communauté, qui a un peu le même nom de famille, un peu le même accent, un peu les mêmes origines. Là, le ministère d’unité était presque donné sur un plateau d’argent, en fait.
Moi, à la base, je n’ai pas tout ça et je ne cherche pas à ressembler à ça puisque ce n’est pas moi.
Du coup, j’ai plein de questions et j’ai aussi beaucoup de curiosités et d’intérêts pour cette diversification des ministères.
Moi, je pense qu’en fait, on devrait surtout dire qu’enfin, on reconnaît qu’il y a des personnes qui ne sont pas pasteurs, qui participent de l’édification du corps du Christ, qui donnent leur temps, leur vie, et que c’est normal qu’on partage aussi nos salaires à ce niveau-là.
Je crois aussi qu’il faut qu’on soit un peu honnête. Alors, c’est vrai qu’on a besoin de ces personnes et c’est pour ça que maintenant on les valorise, parce que tant qu’on se suffisait un peu à nous-mêmes les ministres, on valorisait moins les autres ministères.
Maintenant on commence à galérer donc on les valorise.
Mais la vérité c’est qu’il va falloir aussi partager les ressources, que ces personnes-là soient reconnues à leur juste valeur, qu’elles aient accès aussi à des logements, qu’elle puisse s’en sortir dans la vie et voir un peu plus loin.
Et donc, on est sur quelque chose de très fort en termes de justice, de justice spirituelle.
Et finalement, on revient tout fort à la Bible et on revient à cette notion de tous et toutes apôtres.
Dieu nous appelle tous et toutes au ministère
C’est très beau ce que tu dis. Comment on proclame une chose et on a, semble-t-il, la difficulté à la mettre en œuvre.
Je vais te partager, c’est un extrait un peu long, j’espère que je ne bafouillerai pas. C’est dans la doctrine de l’Église Unie, le dernier texte qui date de 2006.
Le texte s’appelle “Notre foi chante”.
Au lieu de faire un texte de doctrine, question-réponse, qu’est-ce que le péché? C’est un long poème qui parle de choses intéressantes et sur les ministères, ça dit :
Dieu appelle au ministère tous les disciples de Jésus. Dans l’Église, des personnes sont appelées à des ministères particuliers de leadership laïque et ordonné.
D’autres sont témoins de la bonne nouvelle ou font du culte une œuvre d’art, réconfortent qui est en deuil et accompagnent qui est perdu, contribuent à faire croître en sagesse la communauté, prennent le parti des opprimés et luttent pour la justice.
Afin de donner corps à l’amour de Dieu dans le monde, le travail de l’Église nécessite le ministère et l’engagement de tous les croyants et les croyantes.
Moi, je lis ce texte-là, j’ai dit bravo, alléluia. Je ne peux pas demander plus de mon Église comme affirmation.
Et comme tu as dit, lorsque c’est le temps de partager, je ne sais pas qu’on jette la doctrine par la fenêtre, mais c’est plus difficile.
Je fais un ministère numérique. Les gens trouvent ça, ah, c’est très beau, c’est un nouveau ministère. OK, est-ce que je peux avoir des sous pour faire? Ah là! Ouais, mais bon, il faut accueillir des réfugiés.
Je comprends qu’on ne peut pas tout faire, je comprends qu’on n’a pas des ressources infinies, mais cette réflexion-là qu’il y aurait certains ministères plus importants que d’autres, pour répondre à la question de cet épisode, moi, tous les ministères sont importants, peut-être pas tous prioritaires selon le contexte, le temps, plein d’autres considérations, mais tous les ministères sont importants.
On ne peut pas dire une paroisse, c’est plus important que d’accueillir des réfugiés. Non, c’est deux ministères.
On regarde le contexte, on regarde les priorités, on regarde ce que les gens sont prêts à faire, leur appel.
Il y a cette réalité lorsqu’on essaye d’innover, lorsqu’on n’est pas nécessairement, je me reconnais aussi là-dedans, consensuel, il y a cette réalité à laquelle on doit faire face pour les gens. Il y a, entre guillemets, les vrais ministères, puis, entre guillemets, les ministères, on dirait au Québec, «cute », «adorable».
Ouais, c’est bien, mais bon, ce n’est pas autant que l’autre.
Conclusion
Est-ce que tous les ministères ont la même importance?
Moi j’aurais tendance à dire que tous les ministères, c’est vrai, ne sont pas les mêmes, mais tout ministère découle d’un appel et d’une vocation, et je respecte toute personne qui a un appel et une vocation et qui est d’accord de bosser dans la diversité des ministères, vraiment.
Donc j’espère que nos Églises, nos communautés, tout le monde va prendre tout ça très au sérieux et surtout qu’on va laisser tomber les histoires de hiérarchie, les histoires de classification trop strictes, tout en donnant à chacun chacune l’espace et la sécurité de pouvoir déployer justement cet appel.
Et cet espace, cette sécurité, j’aimerais déjà la demander pour moi-même et je la demande aussi pour les autres.
Merci, Joan, pour cette conversation qui devrait être facile, mais qui ne l’est pas toujours parce qu’il y a plein de contraintes.
Merci à l’Église Unie du Canada, notre commanditaire.
La saison s’achève bientôt, mais ça ne veut pas dire qu’on n’a pas besoin de vos rétroactions, de vos commentaires, de vos suggestions.
C’est encore le temps de le faire: qu
À très bientôt, Joan. À très bientôt, écrivez-nous!


Rév. Stéphane Vermette
Pasteur de paroisse à Admaston, Kanata (Ont.), Quyon (Québec) et Église Unie Sainte-Claire (exclusivement sur internet). Coordinateur des communications et du développement en français de l’Église Unie du Canada. Depuis plus de 10 ans, il exerce un ministère numérique sur les médias sociaux (Facebook, Instagram, TikTok, YouTube, Bluesky) pour apporter une foi progressiste en français sur internet.

Joan Charras-Sancho
Joan Charras-Sancho est docteure en théologie protestante et pasteure. Active dans le canton de Vaud, elle accompagne les personnes migrantes et les communautés queers. Collaboratrice aux livres « Une bible des femmes » (2018), « Une Bible, des hommes » (2021). Son ministère cherche à créer des espaces d’écoute, de dignité et d’espérance pour chacun·e.