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Vignette de l'épisode sur les traditions.

Quelle place doit-on donner aux traditions?

13 Décembre 2023
Stéphane Vermette

Stéphane Vermette

  • Avent
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  • Spiritualité

Avec l’arrivée de la saison de Noël, plusieurs traditions reviennent meubler nos vies quotidiennes. Au-delà des décorations, des lumières et de la musique dans les centres commerciaux, quels rôles jouent ces traditions? Comment transmettons-nous ces éléments importants aux prochaines générations?

Dans cet épisode, Joan et Stéphane explorent les fonctions des traditions et de quelles manières elles peuvent demeurer pertinentes.

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 * Musique de Lesfm, pixabay.com. Utilisée avec permission. 

* Photo de Jacqueline Vermette, collection personelle. Utilisée avec permission.

Transcription:

Bonjour, bienvenue à Question de croire, un podcast qui aborde la foi et la spiritualité, une question à la fois. Cette semaine, quelle place doit-on donner aux traditions?

Bonjour Stéphane.

Bonjour Joan. Bonjour à tous et à toutes.

Décorer sa maison pour l’Avent

Alors moi je vais te dire une chose, c’est que là on n’est pas dans la période de Noël, ok? On est dans la période de l’Avent.

Et moi j’en ai un peu marre que mes filles me cassent les pieds tous les ans pendant la période de l’Avent pour qu’on décore la maison qui est par ailleurs une cure, un presbytère, une maison pastorale, aux couleurs de Noël. Ce n’est pas Noël, c’est l’Avent. Il faut respecter les traditions.

D’ailleurs, une année, je me suis tellement énervée que j’ai cassé un truc et j’ai crié « Je ne suis pas Yvette! » et c’est devenu une blague dans la famille parce que Yvette, que j’adore, est la présidente de notre paroisse ici et elle a toujours de très belles décorations.

Les traditions autour de Noël

Ah, c’est vrai que les décorations arrivent rapidement. Traditionnellement, où j’habite, c’est après le 11 novembre. Le 11 novembre, c’est le jour du Souvenir, la commémoration de la guerre. Après, c’est les décorations, les lumières, la musique, à tue-tête. C’est horrible.

Et oui, il y a une surenchère. Et on se demande, mais d’où ça vient, toute cette tradition, toutes ces choses.

Lorsqu’on regarde dans notre passé, je sais, on fait du ménage, on se souvient de ce qu’on veut bien se souvenir.

Dans mon enfance, Noël c’était la messe de minuit, le 24 au soir, qui débutait à minuit pile par le chant Minuit chrétien, avec une grosse voix de minuit chrétien.

On revenait à la maison, c’était à ce moment-là qu’on ouvrait les cadeaux. Ensuite, il y avait le réveillon et on se couchait à 2 heures du matin. C’était vraiment la journée spéciale.

Au-delà de Noël, c’était en plus spécial parce que l’horaire était tout chamboulé. Mais il n’y avait pas cette obsession de décoration, d’écouter de la musique de Noël 24 heures sur 24.

Il y a quelque chose là-dedans, on dirait que les traditions ont peut-être changé ou c’est peut-être moi qui souffre d’amnésie sélective.

Réinventer les rituels et les traditions

Alors, c’est vrai que les rites, les rituels, les liturgies, tout ça, c’est structurant. Et on n’a pas besoin de constamment tout réinventer. Il y a certaines choses qui nous font du bien, qu’on a envie d’entendre.

Par exemple, l’année dernière, pour le dimanche des enfants avant Noël, dans la paroisse réformée francophone de Zurich, eh bien, on avait préparé des saynètes et puis voilà, ça s’est globalement bien passé avec une belle participation.

Et puis un papa a dit, mais je suis contente qu’il l’ait dit, oh, mais ce que je regrette un peu, c’est qu’on n’a pas chanté les chants traditionnels. Alors c’est vrai, il y a les chants traditionnels qu’on chante toujours à Noël. Mon beau sapin et plein d’autres choses. Et on ne les a pas chantés.

Et pourtant, ces traditions, elles peuvent potentiellement aussi être bloquantes. Elles sont bloquantes quand elles ne veulent plus rien dire pour nos contemporains.

Et c’est vrai que parfois, avec les nouvelles générations qui ont 10 000 nouvelles habitudes, rites et rituels, c’est incroyable.

J’ai découvert il y a quelques années le concept de la routine. Ah oui, mes filles, elles avaient des routines. Et c’est parce que toutes les youtubeuses à l’époque, puis Instagrammeuses ensuite, puis les TikTokueuses maintenant avaient des routines.

Les nouvelles générations réinventent des rites et des rituels, et puis ça va très, très vite, mais combien aussi ça les rassure de voir que peut-être les générations qui sont plus vieilles, les personnes d’un certain âge, comme dit mon ado, eh bien nous, on ne change pas si vite.

C’est peut-être un peu ça la difficulté, c’est oser faire rentrer de nouvelles routines, qui vont vite changer d’ailleurs, ce qui est un petit peu un oxymore pour une routine, et en même temps garder des choses qui nous structurent.

Les traditions qui disparaissent avec le temps

C’est un très bon point que certaines traditions, certaines routines, parfois disparaissent.

Un exemple dans la culture canadienne-française, il y avait un truc qui se déroulait le Premier de l’an, c’était la bénédiction paternelle, où le patriarche de la famille rassemblait tout le monde et donnait sa bénédiction pour toute l’année.

La génération de mon père, qui aurait quoi aujourd’hui à 90 ans s’il était toujours vivant, c’était quelque chose de très important, c’était essentiel, on ne pouvait pas manquer ça.

Mais je regarde aujourd’hui, c’est complètement disparu et ce n’est pas en réaction au patriarcat. C’est quelque chose qui est tombé dans l’oubli, c’est quelque chose qui est disparu.

Il y a de ces traditions qui vivent pour un temps, qui semblent servir un besoin, répondre à quelque chose et on arrête de le faire, les gens le remarquent plus ou moins et on passe à d’autres traditions, on passe à autre chose.

Léguer des traditions quand on est une famille multiculturelle

Quand tu dis on passe à d’autres choses, c’est un peu ce qui se passe dans les familles multiculturelles puisque dans le cas de ma famille, mon père a été élevé d’abord en Algérie colonisée dite française jusqu’à l’âge de 3-4 ans et puis après il a été élevé en Catalogne.

Et je pense qu’il a reçu beaucoup de traditions en Catalogne parce que c’était sous Franco, c’était une dictature. Quand il y a une dictature, ce n’est pas multiculturel. Alors ça, non. On revient aux traditions de toujours, on les exalte, c’est très important.

Il m’a transmis ce qu’il a pu me transmettre, puisque lui-même est venu vivre en Alsace, qui est une région avec une identité territoriale très forte. On parle d’ailleurs des Alsatiques.

Donc ça c’est tout ce qui touche à la culture alsacienne. Le régionalisme, on a beaucoup de dialectes. Il y a un vrai régionalisme alors que la région est toute petite.

Et pour moi, ça a été une vraie difficulté. Qu’est-ce que je transmets à mes filles de ce que mon père a réussi à me transmettre?

Alors, tu m’as fait vraiment marrer avec l’histoire d’écouter de la musique de Noël en boucle parce que c’était le plus simple quand elles étaient petites. C’est qu’à partir du troisième d’Avent, tous les dimanches, je mettais des chants de Noël en espagnol en boucle.

Et elles, elles étaient de bonnes pâtes parce qu’elles me chantaient du coup les chants qu’elles apprenaient en allemand de Noël. À la maison, ça donnait des petites espèces chorales éphémères assez rigolotes.

Et puis elles ont grandi, elles sont arrivées vers l’adolescence et puis un jour où elles m’ont dit, maman pour les vacances, les prochaines vacances, est-ce qu’on pourrait éviter de faire comme d’habitude?

Moi j’étais toute surprise, c’est quoi comme d’habitude? Bah tu réserves toujours quelque chose au bord de la mer en Espagne, oh on en a vraiment marre, ça c’est vraiment, on en a marre de cette tradition.

Ces objets qui servent de traditions culturelles

Tu parles de ton père, laisse-moi te raconter une tradition de notre famille. Mon père avait cette petite chaise berçante, grosse pour un enfant de 4-5 ans maximum, qu’il a utilisée.

Et nous les enfants, nous nous sommes tous percés dans cette chaise. Ensuite, tous les petits-enfants se sont bercés à un moment dans cette chaise et là, on est rendu à la génération des arrière-petits-enfants.

À quelque part, cet objet nous sert de lien familial, une espèce de lien symbolique. Si on se berce dans cette petite chaise berceuse, on fait vraiment partie de la famille. C’est vraiment ça qui est normal. Au-delà des liens du sang, au-delà des liens de l’adoption, c’est la chaise qui fait la famille.

La nourriture au cœur des traditions de l’Avent

Autour de Noël, c’est toujours très intéressant de voir combien on met l’accent sur ce temps de Noël, qui est vraiment un moment important du calendrier liturgique de toute notre année chrétienne, tout en ayant toujours en tête que, bien sûr, Jésus n’a jamais fêté Noël.

Et donc c’est toujours marrant et moi je ne trouve pas ça toujours très sympa quand les pasteurs en parlent tout le temps de dire ah oui, mais de toute façon Noël ce n’est pas vraiment chrétien dans le sens où oui bah ça va on a compris gars.

Mais c’est vrai que c’est marrant de voir qu’en fait on a cette liberté en partant des récits bibliques qui nous inspirent et parfois qui nous structurent, on a cette liberté de créer des traditions qui peuvent à la fin ne plus être bibliques du tout parce qu’alors manger des huîtres à Noël, d’après moi, c’est vraiment le truc pas du tout biblique.

Et pourtant, les gens aiment ça et ça a l’air d’être très bon. Je n’en mange pas, mais c’est formidable. Les escargots aussi.

Et alors, moi, je suis toujours assez contente de rentrer dans l’Avent, d’ailleurs puisqu’en Alsace, l’avent, c’est vraiment un moment mis à part dans l’année.

Alors, on a les marchés de Noël alsaciens qui sont connus dans le monde entier. On a la gastronomie alsacienne, c’est vraiment tout particulier. Il peut y avoir, je sais plus combien de sortes de petits gâteaux là, les brèdeles. Il peut y en avoir tellement.

Et puis en fait, c’est marrant aussi, quand on s’intéresse à l’histoire des brèdeles, de voir que les Alsaciens qui sont revenus d’Algérie ont amené avec les amandes, par exemple, parce qu’il n’y avait pas d’amandes vraiment avant. Les amandes, ce n’est pas quelque chose de très alsacien à la base. Ils ont ramené des épices.

Donc, même si c’est très traditionnel, c’est aussi le résultat de rencontres multiculturel et interculturel, puisque là, c’est vraiment un mélange.

Et puis, dans ce temps de l’Avent aussi, en Église, c’est le moment où les gens sont de nouveau intéressés de faire des veillées en semaine, où on peut proposer un peu d’innovation, où les cultes du dimanche peuvent avoir différentes colorations.

Et même chez les réformés un peu hardcore, réfractaires, ils sont assez d’accord d’allumer des bougies, vois-tu? Oui, oui, oui.

Donc c’est quand même chouette parce que ça ouvre des espaces et des libertés. Et nous à la maison, si on a la couronne de l’Avent, ça permet aussi de se rassembler autour un peu de ces petits feux que sont les bougies. Je trouve que c’est beau de se dire qu’on se permet de cheminer aussi culturellement vers Noël.

Puisque sinon, c’est juste un objectif qui est assez restreint, je trouve, 24, 25, 26, enchaîner de grandes bouffes avec des gens avec qui on ne sait pas toujours quoi se dire et à s’offrir des cadeaux qu’on n’aime pas toujours.

Tandis que quand on le replace dans tout un mois de préparation, on peut en faire autre chose.

Les crèches vivantes durant le culte de la veille de Noël

J’aime bien le fait que tu parles que les traditions peuvent s’adapter selon les contextes, selon les lieux, selon ce qui se passe autour de nous. Ça me fait penser à ma première charge pastorale, Admaston Pastoral Church, qui est située, pour les gens qui connaissent plus l’Amérique du Nord, en Ontario rural.

Et tous les trois ans, il y avait cette tradition d’avoir ce qu’on appelle une crèche vivante.

Et c’était fascinant parce que c’était des agriculteurs, donc avoir des moutons pour les bergers, c’était facile.

Mais ce qui m’avait surpris le plus, c’est l’arrivée des rois mages à cheval. Et vraiment, parce qu’on était à l’extérieur et je ne sais pas, tout devait être scénarisé, moi j’étais là, c’était la première fois, j’allais de surprise en surprise.

Ces histoires qui datent d’une autre époque, qui datent d’une autre culture, qui datent d’un autre coin du monde, peuvent être adaptées à la saveur locale et les gens n’avaient pas de problème.

Ils n’avaient pas cette volonté de dire « Ah non, là, il ne faut pas, parce que dans le temps de Jésus, c’était comme ci, c’était comme ça. » Non, c’était on adapte la tradition, on fait avec et on avance et c’est merveilleux comme ça.

Le besoin d’adapter certaines traditions

Réadapter c’est une chose importante quand on parle de tradition parce qu’il y a une difficulté lorsque la tradition consiste à ne rien changer ou à imposer des rites, des habitudes qui sont juste sans lien avec ce qui fait le quotidien des personnes concernées.

Et pour moi, il y a un exemple qui est flagrant, et c’est celui de la robe pastorale. Alors, il y a un grand débat en Europe qui, je crois, a été balayé du revers de la main dans beaucoup d’Églises en Afrique. Le rapport au genre, à la tradition, peut parfois surprendre.

Eh bien, en Europe encore, les femmes sont tenues de mettre la même robe pastorale que les hommes. Alors l’inverse, tu vois, ce ne serait pas possible. Jamais personne n’aurait cette idée-là.

Mais comme l’homme est l’universel, eh bien, sa robe pastorale doit être universelle.

Et c’est intéressant parce que dans ce débat-là, qui sera un autre podcast à faire, se trouve la question de la tradition.

Puisque les hommes l’ont toujours portée, et que porter la robe signifiait être pasteur, un certain nombre de femmes disent « je veux la porter pour qu’on me reconnaisse pasteur comme les hommes ».

Et c’est là que moi je me positionne de dire, en fait, je ne serai jamais pasteur comme un homme. Non pas parce que les hommes sont si différents que moi, mais parce qu’ils sont perçus différemment pour l’instant.

Et tant que cette réalité est là, je ne vais pas mettre une robe pastorale d’homme. Surtout qu’en plus, vu mon physique, moi je suis quand même assez corpulente. J’ai déjà tout ce qu’il faut là où il faut. Si en plus je me rajoute des épaulettes, des froufrous au niveau de la poitrine, que c’est que c’est comme un grand sac à patates, ben merci beaucoup!

Je veux dire, alors là, on peut dire pour le coup que c’est comme si j’étais déguisée, tu vois, et pas dans une robe pastorale avec le respect, la solennité que je souhaite apporter à mes fonctions quand je suis dans l’église, quoi.

Mais les hommes l’ont fait, les premières femmes l’ont fait, donc il faut le faire.

Ne pas s’accrocher inutilement aux traditions

Il y a une expression dans les Églises ici, c’est si on fait une chose une fois, c’est bien. Si on fait la même chose deux fois, c’est une tradition. Si on fait la même chose trois fois, on l’a toujours fait comme ça.

On doit être capable d’innover, être capable de dire. « Bon, ça nous a servi dans le passé, c’est bien, mais aujourd’hui, on est ailleurs, on vit une nouvelle réalité. »

Je vais donner un autre exemple. Il y avait un gros truc à la paroisse que je servais. Le matin de Pâques, il y avait une croix en bois et il y avait une série de petites fleurs en feutrine et il fallait, au milieu de la cérémonie, aller coller cette fleur sur la croix.

Donc moi, j’ai posé la question la première année, c’est une tradition. Ah oui, oui, oui, oui, il faut faire ça. J’ai demandé, « Est-ce que vous aimez faire ça? Est-ce que ça a un sens? » Ils m’ont dit pas vraiment. Bon ben, on ne fera pas. Et je l’ai éliminé et personne ne m’en a parlé. Parfois on fait les choses et on perd de vue pourquoi on le fait.

On le fait par routine, on le fait par habitude, on le fait presque par compulsion et on perd de vue pourquoi cette tradition est là, qu’est-ce qu’il y a derrière et comment qu’elle peut évoluer cette tradition.

L’évolution des traditions liturgiques

Et c’est là où je trouve que la communauté des frères de Taïzé, avec les sœurs aussi à côté qui s’occupent de plein d’autres choses, est vivifiante.

Pour ma thèse de doctorat, j’étais allée parler avec le frère en charge de la liturgie, et je lui avais posé une série de questions, et l’une d’entre elles, c’était quels étaient les critères pour garder les chants?

Tu vois, parce que quand tu vas à Taïzé, tu chantes des chants globalement assez grégoriens, c’est un peu monotone. Si tu as un petit coup de barre, une petite hypoglycémie à ce moment-là, tu t’endors assez facilement d’ailleurs. Mais c’est interdit, il ne faut pas s’endormir dans l’Église. Voilà, ce n’est pas de la louange néo-pentecôtiste du tout.

Néanmoins, il y a des chants qui sont plus sympas, plus faciles à chanter que d’autres. Il y a des chœurs qui prennent, d’autres qui ne prennent pas.

Il m’a dit, ah bah ce n’est pas compliqué. D’abord, il y a des chants qui sont à laisser. Quand ils sont à l’essai, on voit, on sent si les jeunes arrivent à les chanter.

Du coup, de chant à l’essai, ils passent un chant dans le carnet, disons, année 2024.

Et si, au cours de l’année 2024, on se rend compte qu’ils ne sont pas beaucoup chantés, ou que nous-mêmes, spontanément, on ne les choisit pas, ils ne seront pas dans le recueil 2025.

Ça m’a semblé dingue parce que c’est tellement formel, Taïzé, tellement solennel, tellement cadré.

Et pourtant, ils ont une approche très, très vivifiante de l’innovation et de la tradition. Ils ne s’accrochent pas. Ça ne marche pas. Ça ne parle pas aux gens. Ce n’est pas bien chanté. On passe à autre chose. Ils osent, ils sont audacieux, même sur des questions très épineuses.

Accepter que chacun à ses traditions

C’est vrai que la tradition peut être très rassurante, ça donne un cadre, on peut prévoir ce qui va se dérouler, mais il ne faut pas que ce soit un prétexte pour tuer toute la créativité.

Et c’est ça, des fois, dans nos Églises, je trouve, on donne les rênes aux gens qui aiment bien la structure, qui aiment bien la façon de faire les choses.

Et parfois, de mon expérience, on oublie d’inclure ces personnes qui veulent être créatives, ces personnes qui veulent innover, qui veulent expérimenter.

Il n’y a rien de mal dans essayer quelque chose, on le fait, ça n’a pas fonctionné, on le sait, on passe à un autre appel.

Et une tradition a du sens lorsque les gens se rappellent la tradition, se rappelle pourquoi ils trouvent une certaine valeur.

Trop souvent, j’ai vu, il faut leur expliquer la tradition, il faut leur convaincre que c’est une tradition valide. Les gens choisissent. Les traditions doivent demeurer vivantes et, comme dit l’expression un peu cliché, tout ce qui n’évolue pas est condamné à mourir.

Donc, si on est trop rigide avec ses traditions, si on dit, bon, Noël, c’est ça, ça et ça et rien d’autre, on s’expose à devenir obsolète, on s’expose à devenir dépassé au lieu de dire, ben, pour moi, voici ce qu’est Noël, ce qu’est l’Avent, ce qu’est le temps des fêtes. Pour d’autres, ça peut être autre chose, et c’est OK.

Tant que moi, je peux vivre ce que j’ai à vivre, pourquoi je ne laisserais pas les autres vivre ce qu’ils ont à vivre?

La tradition de la dot en Afrique

Et cette question de laisser chacun, chacune, se saisir des aspects de la tradition qui font sens pour lui, pour elle, pour iel.

On le retrouve dans la question de la dot en Afrique. Alors cette question de la dot, elle est complexe parce qu’il n’y a pas longtemps, j’ai parlé avec quelqu’un que j’aime beaucoup qui m’a expliqué que pour son mariage, on lui a demandé quand même 15 000 euros.  Et plein d’autres choses à côté, des bidons d’huile, toutes sortes de choses.

Ce sont des sommes incroyables dans certains coins d’Afrique. Et là, en ce moment, en Afrique de l’Ouest, notamment dans certaines ethnies du Bénin, et bien il y a un courant qui commence à se développer auprès des jeunes ménages qui est de demander à la belle-famille si la dot peut être abolie.

En échange de quoi, les époux, les jeunes époux, avec cet argent, au lieu que ça devienne un capital qui va dans la belle famille pour assurer, soi-disant, quelque part une sécurité à la femme, que cet argent aille dans le jeune ménage pour s’acheter un terrain et pouvoir construire et avoir une autonomie.

Ce qui n’est pas le premier élan des cultures familiales d’Afrique de l’Ouest. Ce n’est pas l’autonomie.

Il y a d’autres éléments très importants, très beaux, mais pas l’autonomie.

Je regardais tout un reportage et des parents qui ont plutôt mon âge, puisque les enfants naissent parfois un peu plus tôt qu’en Europe ou en Occident, des parents qui disaient « moi j’ai été séduit par cette idée de me dire que plutôt que de garder des biens, de l’argent pour que ma fille puisse revenir en cas d’échec, que je puisse la remarier plus loin, je lui assure plutôt un présent qui soit confortable en leur laissant cet argent pour qu’ils s’achètent un terrain et qu’ils soient autonomes ».

J’aime beaucoup le fait que cette tradition, dans certains coins et dans certains contextes, va peut-être se transformer dans quelque chose qui portera plus de fruits que la tradition d’avant, qui a été utile et nécessaire, et qui a peut-être apporté beaucoup de sécurité aux femmes.

J’aime beaucoup quand on peut apprendre d’autres cultures qu’on pourrait croire tout à fait à tort moins avancées que nous.

On peut apprendre combien les traditions aussi sont amenées à changer, à se redessiner, se redévelopper et devenir finalement source de bénédiction.

C’est un très bon point que tu soulèves. C’est facile de juger les traditions des autres sans comprendre ce qu’il y a en dessous. Oui, il y a des traditions, je crois, on peut dire ça ne va pas. Souvent, il y a quelque chose en dessous qui avait, comme tu dis, peut-être du sens il y a deux siècles.

Conclusion

Et si ces traditions peuvent évoluer, ils peuvent changer, c’est intéressant d’apprendre de ces traditions-là.

Bon, c’est vrai que j’ai commencé l’épisode en disant que je n’étais pas toujours super contente qu’on me demande de décorer ma maison à fond comme une femme de pasteur ou comme une ministre avec tout plein de couleurs vertes. En plus, je n’aime pas trop le vert et rouge et blanc.

Mais quand même, Stéphane, pour ou contre le petit bébé Jésus dans la crèche avant le 25 décembre? Ah, ça, c’est toute une question que tous.

La tradition catholique romaine, c’est contre. La tradition protestante, c’est pour. Moi, il est là au moment de la crèche.

En fait, le bébé Jésus est là. Et vous, chères auditrices et chers auditeurs, pour ou contre la présence du petit bébé Jésus dans sa mangeoire avant le 25 décembre? Moi, je suis plutôt contre. Et Stéphane est plutôt pour. Alors, on attend vos retours là-dessus.

Et en attendant, écrivez-nous! Et en attendant, eh ben, joyeux Noël à vous! Ou bonne fête! Mais ça, c’est un autre débat.

Bonne fête ou joyeux Noël? Encore une fois, questiondecroire@gamil.com . Merci à l’Église Unie du Canada, notre commanditaire.

Merci, Joan. Je te souhaite un merveilleux Noël rempli d’amour et de belles surprises. Merci. Et à toi aussi. Et du repos, les amis, du repos. Rappelez-vous, finalement, Noël, c’est aussi un moment pour se poser et lever les yeux vers le ciel.

Stéphane Vermette

Rév. Stéphane Vermette

Pasteur de paroisse à Admaston, Kanata (Ont.), Quyon (Québec) et Église Unie Sainte-Claire (exclusivement sur internet). Coordinateur des communications et du développement en français de l’Église Unie du Canada. Depuis plus de 10 ans, il exerce un ministère numérique sur les médias sociaux (Facebook, Instagram, TikTok, YouTube, BluesSky) pour apporter une foi progressiste en français sur internet.

Joan Charras-Sancho

Joan Charras-Sancho

Joan Charras-Sancho est docteure en théologie protestante et pasteure. Active dans le canton de Vaud, elle accompagne les personnes migrantes et les communautés queers. Collaboratrice aux livres « Une bible des femmes » (2018), « Une Bible, des hommes » (2021). Son ministère cherche à créer des espaces d’écoute, de dignité et d’espérance pour chacun·e.

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