Oser un regard différent

Une tradwives faisant le ménage avec le sourire.

Les tradwives, un phénomène surprenant

14 janvier 2026
Photo de Martine Lacroix

Martine Lacroix

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Que cache le sourire des tradwives? Ce phénomène originalement marginal occupe beaucoup de place dans les médias. Comment comprendre ce mouvement déconcertant pour les féministes?

Deux écueils surgissent lorsqu’on écrit sur les épouses traditionnelles. D’une part, peut-on omettre les descriptions de l’esthétisme tradwife, lesquelles servent habituellement d’entrées en matière? Oui!

En prenant connaissance du sous-titre de cette chronique, vous saviez déjà qu’il ne serait nullement question de femmes au visage sans fard, mascara et rouge à lèvres, la tignasse en bataille, habillées en mou, ceintes par une marmaille guédille au nez et dont les joues ruissellent de Kraft Dinner.

Attention! L’autrice de ces lignes ne juge aucunement ce type de comportement. Elle porte le mou parfois troué à l’intérieur de son domicile, se régale sporadiquement de malbouffe et trouve irrésistibles les frimousses barbouillées de texture d’origine alimentaire. Il s’agit plutôt de faire un clin d’œil de connivence au lectorat. Pas besoin de vous faire un dessin, vous savez c’est quoi une tradwive!

Secundo, membresse en règle de la Fédération des femmes du Québec (FFQ) et toujours prête à courir les talons aux fesses afin de me joindre à une manif pour défendre nos droits, vous comprenez qu’il n’est pas facile pour une féministe d’écrire sur ce phénomène en conservant un respect intact à 100%.

Le supposé échec du féminisme

Beaucoup de gens voient en ce mouvement un échec du féminisme. En effet, selon les épouses traditionnelles, trois vices non cachés seraient incrustés dans les fondations du féminisme.

Première tare, ce courant de pensée représenterait à leurs yeux un synonyme d’égocentrisme. Selon les tradwives, la contraception et l’avortement empêcheraient de remplir leur fonction principale … la reproduction! Une épouse traditionnelle digne de ce nom doit donc se résoudre à faire abstraction de son humble personne afin de se consacrer à 110% à sa smala.

Deuxième anomalie, le féminisme impliquerait une forme de dénigrement du mâle, euh, alpha. Il faut comprendre que le centre de l’univers des femmes trad repose entièrement sur leur conjoint. Voilà pourquoi il leur faut miser sur le bon étalon lors du choix de celui à qui elles diront « Oui, je le veux ». Critère qui prime sur tous les autres? Un homme qui entretient un « rapport sain à la masculinité »!

Froncement de sourcils, depuis quelques années, les termes « sain » et « masculinité » à l’intérieur d’une même phrase ne font-ils pas figure de deux combattants en arts martiaux mixtes qui s’affrontent dans une cage?

Tertio, le modèle « femme d’affaires » souvent associé au féminisme rebuterait quantité d’épouses traditionnelles. Idéalement, le mâle devrait être l’unique banquier de la famille.

En Occident, à l’aube de 2026, comment un couple avec marmaille peut-il survivre avec un seul salaire? Dans un article du magazine Urbania paru cet automne, on mettait de l’avant quelques risques économiques découlant de ce mode de vie « qui valorise la dépendance et rejette l’égalité ».

En cas de divorce avec le coq ou encore de veuvage précoce, maman poule trad et sa couvée ne se retrouvent-ils pas en état de vulnérabilité? « Ça fait plusieurs années que vous n’êtes plus sur le marché du travail, votre CV est un peu vide et vos compétences ne sont pas monnayables, etc. » Quant à votre tirelire, ne jeûne-t-elle pas depuis vos épousailles en robe de dentelle blanche?

L’exploitation des réseaux sociaux

Lorsqu’on effectue une recherche sur ce mouvement couramment qualifié de « radical » , mis à part l’esthétisme, un autre terme revient ad nauseam … réseaux sociaux! Or plusieurs fées du logis seraient hyperactives sur YouTube, TikTok et Instagram.

Elles y multiplieraient les tutoriels au même rythme que les plateaux de sucre à la crème … sans allergènes! Surtout, les plus populaires d’entre elles rendraient leur cochonnet … boulimiques!

Malgré leur agenda chargé en tâches domestiques qu’elles ne partagent manifestement pas avec leur pourvoyeur, plusieurs d’entre elles parviennent à trouver du temps pour « la création de contenu, l’obtention de parrainages et la gestion de leur présence en ligne, etc. »

Résultat? Cela équivaudrait aux revenus d’un travail à temps partiel, voire même à temps plein. Pour en savoir plus, on clique sur 4 choses à savoir sur les « tradwives » paru sur le site ToutPourSaGloire.Com en avril dernier. La gloire de qui? Dieu.e!

Une tradwives enregistrant un message pour ses médias sociaux.
* Photo de Vitaly Gariev, unsplash.com. Utilisée avec permission.

Religion comme prétexte à la soumission des tradwives

Troisième élément du triumvirat trad … la religion! Eh oui, les tradwives légitimisent leur mode de vie par la Bible. Elles évoluent au cœur d’un monde binaire dans lequel le rôle de l’homme et celui de la femme sont définis par Dieu point tout court.

Si de plus en plus de progressistes ajoutent un « e » au mot « Dieu », on imagine que cela constitue une hérésie pour les épouses traditionnelles. L’être suprême ne peut avoir qu’un sexe … masculin!

Bien que certaines se définissent comme agnostiques, la majorité des épouses traditionnelles s’identifient au catholicisme, évangélisme, mormonisme et trumpiste. Même si l’Église Unie s’avère par principe féministe, on ne se pètera pas les bretelles en clamant que notre religion est meilleure que les autres.

Le roc de Gibraltar des dames trad? Le livre des Éphésiens, cinquième chapitre, versets 22 et 23. Un trou de mémoire étant si vite arrivé, voici l’extrait : « Femmes, soyez soumises à vos maris, comme au seigneur. Car le mari est le chef de la femme, comme Christ est le chef de l’Église … »  

D’ailleurs, se garder une p’tite gêne ne semble aucunement traverser l’esprit de la trad quand vient le moment de vanter sa soumission à sa tendre moitié, laquelle est évidemment du sexe opposé. « En étant respectueuse et soumise, tu gagnes de l’influence sur ton mari, tu n’en perds pas », dixit la youtubeuse Bindi Marc. Hum, un peu tordu comme raisonnement, non?

Dans un autre reportage de Urbania, celui-là paru en avril 2023, on suggérait que les tradwives avaient peut-être une mémoire, disons, sélective. Elles oublieraient de mentionner cet autre passage biblique qui dicte aux maris ceci :

« Aimez vos femmes, comme Christ a aimé l’Église, et s’est donné lui-même pour elle. »

Comment ne pas être d’accord avec la journaliste qui écrit « qu’en omettant de citer cette contrepartie masculine, la femme semble seule à souffrir du fardeau de l’amour inconditionnel et la dynamique de ces relations paraît injustement unilatérale. »

Soyons honnêtes, beaucoup de gens qui se réclament adeptes du Christ perçoivent les textes bibliques comme un menu à la carte. Qui va lancer la première pierre aux tradwives?

Les ex-tradwives amères

Dans Christianity Today, en mars 2024, on apportait quelques nuances à « l’évangile des contenus tradwife ». On nous rappelait que ce mouvement prônant « la féminité biblique »  n’a rien de nouveau et qu’il existait entre autres sous forme de magazines avant la folie des réseaux sociaux.

Puis on insiste sur le fait que « celles qui ont vécu les versions précédentes savent que le fondamentalisme et le légalisme peuvent promettre la liberté, mais aboutissent à une vision qui, si belle soit-elle, se révèle étroite et enfermante. » Des témoignages d’ex-épouses traditionnelles amères pointent d’ailleurs depuis peu sur la place publique.

Que cache le sourire des tradwives?  Le sourire des tradwives estaussi énigmatique que celui de la Joconde …

Photo de Martine Lacroix

Sexagénaire, bénévoler au sein de l’organisme les Petits Frères, ainsi qu’Amnistie internationale. Membresse en règle du Collectif Échec à la guerre et de la Fédération des Femmes du Québec. Être alliée de Stella et des gens qui travaillent dans le domaine du sexe ou encore des personnes qui s’identifient à la communauté LGBTQ+.

Baccalauréat en littérature française et une maîtrise en bibliothéconomie et sciences de l’information, ça donne la piqûre de l’écriture, écrire encore et toujours des lettres ouvertes qui surgissent dans divers médias et collaborer par des textes avec Mon Credo, le Conseil régional Nakonha:ka et la collective de chrétiennes féministes L’autre Parole.

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