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Vignette de la vidéo: Les tentations de Jésus

Les tentations de Jésus – Matthieu 4, 1-11

17 février 2026
Stéphane Vermette

Stéphane Vermette

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  • Église Unie
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Le premier dimanche du Carême débute toujours par un extrait des tentations de Jésus dans le désert. Quel est l’enseignement de ce texte? Il faut se priver de quelque chose? Et si nous étions invités à regarder différemment ce moment?

https://youtu.be/zQLBCejX-Y8

Transcription:

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Transcription:

Bonjour, merci d’avoir cliqué sur ce lien. Il me semble qu’on ne dit pas assez ça. Stéphane Vermette, toujours ici.

Peut-être que vous avez vu ou vous n’avez entendu que pendant la période de l’Avent, 2025. J’ai fait une série de vidéos en direct, du streaming, comme on dit en anglais, et ça a bien fonctionné. Mais bon, j’ai décidé d’essayer quelque chose d’autre pour le carême de cette année.

Donc, on fait des tests et j’espère que vous allez nous donner des rétroactions, des feedbacks.

Ce que je vais faire, c’est que durant toutes les semaines du carême, je vais enregistrer une vidéo sur le texte de l’évangile du dimanche suivant. Et je vais mettre ça en début de semaine.

Donc, j’espère que ça va nourrir votre réflexion.

Et encore une fois, si vous avez des commentaires, si vous voulez partager, si vous avez des suggestions, si vous aimez, toujours bien, si vous n’aimez pas, vous pouvez nous le dire aussi. info@moncredo.org.

Les tentations selon Matthieu

Cette semaine, j’ai mes petits cartons là, je suis préparé, c’est sérieux. Cette semaine, on débute avec l’évangile selon Matthieu, chapitre 4, les versets 1 à 11, et c’est les tentations de Jésus dans le désert.

Le Carême, le premier dimanche du Carême, c’est toujours l’une des versions, selon les évangiles, de cette histoire.

Ici, en Matthieu, ce qui se passe tout de suite avant, c’est qu’essentiellement, Jésus n’a pas vraiment le temps de se sécher les cheveux à la suite de son baptême, que l’Esprit de Dieu conduisit Jésus dans le désert pour qu’il soit tenté par le diable.

Et ça, juste cette phrase-là, il y a beaucoup de choses qu’on peut décortiquer, donc on va prendre le temps d’essayer de bien comprendre qu’est-ce qu’on a ici.

Le désert

Lorsque, habituellement, on pense au désert, on pense au désert du Sahara, du sable à l’infini, à perte de vue. Il n’y a pas d’animaux. Il n’y a pas de végétation. Il n’y a personne. C’est le vide. C’est ça le désert.

L’un des avantages, ce n’est pas toujours négatif d’avoir travaillé en anglais et en français, c’est qu’en anglais, il parle de wilderness, qui vient de wild. Ils ne parlent pas de emptiness. Ils ne parlent pas de vide. Ils parlent de quelque chose qui est sauvage, dangereux, hors de la civilisation.

Il n’y a pas vraiment d’ordre là-dedans, il n’y a pas vraiment de sécurité. L’endroit où Jésus s’en va, c’est un endroit où ce que c’est dangereux, où il y a le chaos. Ce n’est pas, comme on dit en anglais, un safe space, un endroit sécuritaire, plein de ouate, non, non. C’est un endroit difficile.

Et pourquoi il se ramasse là? Il y a plusieurs raisons. Dans les récits anciens, par exemple, les grands héros, les grandes figures, passer par le désert, le wilderness, pour se préparer.

C’est comme un passage obligé. Les rappeurs vont parler de street cred. Tu te prétends être quelqu’un d’important, t’es-tu passé du temps dans le désert? Non? Tu n’as pas de crédibilité.

Donc, c’est associé à ça, à quelque part. Et, naturellement, on peut faire un lien avec le Premier Testament. Mathieu, je dirais, c’est quasiment un expert là-dedans de faire des liens entre le Premier Testament et l’évangile.

Par exemple, le prophète Élie, le plus grand prophète de la Bible, du Premier Testament, a passé 40 jours dans le désert.

Moïse a passé 40 ans dans le désert avec son peuple avant d’être capable d’entrer dans la Terre Promise. Donc, 40, 40, puis on sait, c’est répété souvent, 40, c’est un chiffre symbolique. Donc, on voit des liens, ce n’est pas anecdotique.

Les tentations

Il va là pour être tenté. Souvent, lorsqu’on entend le mot tenté, souvent que c’est utilisé dans un contexte religieux, c’est négatif. Ce n’est pas « ça me tente d’aller me faire couper les cheveux en fin de semaine » ou « ça me tente de manger du spaghetti ce soir ».

Non, ce n’est pas ça. Il y a souvent une idée de péché, de chute, de tomber dans le mal, de suivre un mauvais chemin. Il y a une notion de morale dans la tentation.

Et ce qui est intéressant, c’est que j’ai découvert en faisant un peu de recherche, c’est qu’en grec ancien, et je ne suis pas un spécialiste de grec ancien biblique, donc ce que j’ai lu, je vais remettre au conditionnel, serait que le terme plus proche, c’est une notion de test.

Donc, c’est moins un jugement de valeur de ce côté-là. C’est que Jésus en va passer un ou des tests un peu pour voir s’il est prêt à débuter son ministère public tout simplement donc il est dans cette zone-là il pourrait y être testé et après 40 jours et 40 nuits sans manger.

Le diable

Le diable s’approche de lui. Bon, moi, personnellement, le diable, en tout cas, le gros bonhomme habillé en rouge avec des cornes et la fourche qui nous pique, ce n’est pas vraiment mon style. Je n’y crois pas vraiment.

Ceci dit, après 40 jours de jeûne, je ne sais pas. Est-ce que je verrais le diable? Bref.

Les trois tentations

Ce qui arrive là, c’est que Jésus se fait proposer, se fait mettre au défi par trois tests et je vais vous les présenter, puis ensuite on va les décortiquer un à un.

Le premier test, bon, Jésus a faim, ça fait 40 jours qu’il n’a pas mangé. « Si tu es le fils de Dieu, ordonne à ces pierres de se changer en pain. »

Test numéro deux. Le diable emmène Jésus à Jérusalem, la place au sommet du temple. Il lui dit, « si tu es le Fils de Dieu, ben jette-toi en bas » et tu vas te faire attraper par des anges.

Ah ouais, tu n’es pas game. Non, non, il ne dit pas ça, ah ouais, tu n’es pas game, mais ça ressemble un peu à un défi que des adolescents pourraient se lancer.

Troisième test. Le diable emmène Jésus sur une très haute montagne. Il lui dit, il fait voir tous les royaumes du monde et lui dit « je te donnerai tout cela si tu te mets à genoux devant moi pour m’adorer. »

Je prends une petite pause ici pour vous inviter à vous abonner à la chaîne YouTube de Mon Credo, si ce n’est pas encore fait, et aussi de mettre un like et de vous inscrire pour les prochaines vidéos afin que vous ne manquiez absolument rien.

Et aussi de vous dire qu’avec toute l’IA, les manipulations de vidéos et les fake news, je fais tout cela gratuitement. Je ne vous demanderai jamais d’argent, je ne vous demanderai jamais d’investir dans des cryptomonnaies. Je vous le dis, il y a tellement de fraudes, ce n’est pas mon genre.

La tentation de transformer des pierres en pain

Alors, on revient au texte. On revient aux tentations, aux tests. On aime imaginer, quand on ne regarde pas le texte, que Jésus dit non, non, non, vade retro Satanas!  Jamais je ne ferai ça!

Mais lorsqu’on y pense un peu, c’est un petit peu plus compliqué qu’on ne voudrait, je pense.

Par exemple, le premier test, changer des pierres en pain.

Un peu plus tard dans l’évangile, selon Matthieu, Jésus réussit à nourrir une très grande foule avec, en multipliant une poignée de pain pis de poisson là, y’as-tu une si grosse différence que ça entre les deux?

Et lorsqu’on regarde la situation du monde actuel avec toutes les famines autour du monde, l’insécurité alimentaire, l’épuisement des ressources de notre planète, ça serait-tu si pire que ça si on pouvait nourrir les affamés si facilement que ça? Combien de gens qu’on pourrait sauver comme ça?

La tentation de sauter en bas du temple

Lorsqu’on lit encore une fois les évangiles, Jésus a fait plein de choses dangereuses. Constamment, il critiquait et affrontait les autorités et religieuses et politiques de son temps, jusqu’au point qu’il a fini sur une croix, puis il a toujours eu confiance en Dieu.

Et on le sait, ce qu’on appelle des stunts, des gestes spectaculaires, des campagnes de publicité, des choses qui paraissent, c’est sûr que ça va attirer l’attention de plus de monde qu’un bon sermon ou une étude biblique bien documentée ou un travail dans une banque alimentaire auprès des démunis. C’est sûr que ça va attirer plus d’attention.

Est-ce si mal de vouloir être vu et connu par plus de gens, surtout dans notre situation en Occident où l’Église est en déclin?

La tentation de recevoir tous les royaumes de la terre

Je te donne tous les royaumes si tu prends ce terme devant moi.

Mais encore une fois, à la fin de cet évangile-là, selon Matthieu, à la fin, c’est le Christ ressuscité qui parle : « Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre. Allez donc auprès des hommes et des femmes de toutes les nations et faites de ces personnes mes disciples. Baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Et enseignez-leur à obéir tout ce que je vous ai commandé. »

Ça commence à ressembler à de la domination mondiale, ça là.

Et on regarde l’état du monde. Puis parfois, on se demande si ça ne serait peut-être pas mieux si nos dirigeants nous gouvernaient sous des principes chrétiens, si la Bible guidait les grandes décisions.

On dit ça, mais en même temps, on est conscient des possibilités de dérive. On parle de nationalisme chrétien comme on voit aux États-Unis. Ce n’est pas rassurant.

On le sait dans notre histoire qu’il y a eu un mélange entre évangélisation et assimilation durant des époques coloniales.

Plusieurs fois, l’Église s’est associée avec l’État pour garder ses privilèges et par le fait même commettre des atrocités.

La fin justifie-t-elle les moyens?

Donc avec tout ça, en réfléchissant à tout ça, moi la question qui m’est venue, c’est est-ce que la fin justifie les moyens? Je pense que c’est une, pour moi en tout cas, des grands points de ce texte-là.

Parce qu’à travers les textes, Jésus doit se demander comment que je fais pour atteindre mes objectifs. Est-ce que je prends des raccourcis? Est-ce que je fais des compromis? Est-ce que pour arriver plus rapidement où je veux aller, je tourne les coins ronds, quitte à perdre de vue ma raison d’être, ma mission, mon âme?  Si être le Fils de Dieu, ça vient avec des pouvoirs, pourquoi gaspiller ça?

Pis ça, c’est des questions qu’on se pose là aussi. Si on est convaincu qu’on a de bonnes valeurs, pis qu’on a des bons points de vue, mais pourquoi qu’on se gênerait pour imposer ça aux autres?

Mais ce qu’on voit dans le texte, c’est que Jésus prend un chemin différent. Oui qui est plus difficile, oui qui est plus long et j’imagine beaucoup plus frustrant.

On a juste encore une fois à regarder dans les évangiles, Jésus parle, il n’y a personne qui comprend, même ses disciples qui passent une journée longue avec Jésus, ils ne comprennent pas, ils n’arrêtent pas de dire qu’ils ne comprennent pas Jésus.

On voit les gens qui le suivent, les foules qui le suivent. Jésus se retourne et dit, est-ce que vous me suivez parce que je vous ai donné du pain, parce que j’ai guéri vos malades? Ou parce que vous trouvez ça intéressant ce que j’enseigne?

Il y a toujours une question d’attente des autres par rapport à Jésus, par rapport à nous.

Jésus, ben c’était, on voulait qu’il libère son peuple. Nous, parfois, on se fait dire, ben toi tu es chrétien, tu devrais faire ci, tu devrais faire ça, pis, mais semble que…

Mais Jésus a décidé d’écarter tout ça, d’écarter les résultats rapides, d’écarter les raccourcis, pour mettre en place une révolution beaucoup plus profonde. Il a choisi de, et c’est mon chien qui aboie, je ne sais pas si vous l’entendez, mais Jésus, lui, a choisi de prêcher la bonne nouvelle aux pauvres, aux captifs. Il a choisi d’être auprès des malades pour les guérir d’une manière ou d’une autre.

Il a choisi d’accueillir les rejetés de la société. Et, par le fait même, il a établi une nouvelle façon d’être. Pas de faire. Pas de donner des résultats avec des résultats quantitatifs, avec des tableaux, des graphiques. Non, d’être basé sur l’amour, le respect, la compassion, l’humanité.

Une question de choix

Donc pour moi, le récit des tentations de Jésus dans le désert, ce n’est pas une histoire de privation. On utilise ça beaucoup en début de carême. Il faut se priver de ci, il faut se priver de ça.

Pour moi, c’est une question de choix. Nous tous, on a souvent le choix entre A, B, C et D. Puis des fois, on voit un chemin plus rapide, mais est-ce qu’on va le prendre, même si on sait que ce n’est peut-être pas le meilleur pour nous, pour les autres?

C’est une question de demeurer vrai à ce que nous sommes, à nos valeurs. Oui, on peut tricher sur nos impôts, on peut faire ci, on peut faire ça. C’est-tu vraiment ça qu’on veut être? C’est-tu dans ce monde-là qu’on veut vivre?

C’est une question de demeurer concentré sur sa mission. Encore une fois, les Églises, vous devez faire ci. Toi, le chrétien, tu dois faire ça. Peut-être, moi, ma mission, c’est ça. Puis, je vais le faire bien, puis je vais me concentrer là-dessus, puis je ne vais pas commencer à faire ci, ça, ça, ça, ça, ça, puis essayer de tout faire, puis au bout de la ligne, de ne rien faire.

Et c’est une question de croire que ce qu’on appelle le royaume de Dieu va se réaliser. Pas rapidement, ce ne sera peut-être pas spectaculaire, ce ne sera surtout pas spectaculaire, je ne crois pas à ça.

Ça prend du temps, c’est frustrant, c’est difficile, mais c’est un peu… mettre une brique sur l’autre pour construire un mur ou construire une cathédrale. Les cathédrales dans le Moyen-Âge, ça prenait 200 ans. Peut-être la personne qui mettait la troisième brique disait, on ne va jamais y arriver. Jamais ça ne sera fini. Mais brique après brique après brique, ça s’est conclu.

Alors, merci de m’avoir écouté. J’apprécie beaucoup faire ça. J’espère que vous appréciez aussi.

Encore une fois, donnez-moi des feedbacks. Le lien va être dans la zone de commentaires. Je reviens la semaine prochaine avec un autre texte.

Auteur

Stéphane Vermette

Rév. Stéphane Vermette

Pasteur de paroisse à Admaston, Kanata (Ont.), Quyon (Québec) et Église Unie Sainte-Claire (exclusivement sur internet). Coordinateur des communications et du développement en français de l’Église Unie du Canada. Depuis plus de 10 ans, il exerce un ministère numérique sur les médias sociaux (Facebook, Instagram, TikTok, YouTube, Bluesky) pour apporter une foi progressiste en français sur internet.

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