Oser un regard différent

Personnes au sommet d'une montagne, endroits où les Béatitudes ont été prononcées.

Les Béatitudes : promesses qui mettent en chemin

25 mars 2026
Photo de Stéphane Godbout

Stéphane Godbout

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Les Béatitudes font partie des paroles les plus connues de Jésus. Pourtant, plusieurs chrétiens et chrétiennes éprouvent beaucoup de difficultés à comprendre et mettre en pratique ces invitations.

Une promesse incompréhensible du Christ?

Les Béatitudes (Matthieu 5:1-12 et Luc 6:20-22) font partie des paroles les plus connues de Jésus, et pourtant aussi des plus déroutantes.

Le parcours catholique romain de ma jeunesse m’a conduit à comprendre les Béatitudes à travers un enseignement moral et d’abdication du genre : ce n’est pas grave si tu es pauvre, car Dieu te dit que tu es heureux de l’être, car Il te promet le Royaume de Dieu à la fin de tes jours.

Il s’agissait ainsi d’une promesse incompréhensible du Christ conduisant à une abdication infantilisante. Une affirmation vide de sens à la lumière de la Bonne Nouvelle que Jésus apporte à toute personne cherchant une vie bonne, avec un sens réel.

Non, je ne pouvais pas croire que Jésus m’annonçait que j’étais né pour un petit pain, qu’il s’agissait de la volonté de Dieu pour la vie qu’il m’a donnée… et que je devais être heureux de mon sort.

À première vue, ces mots allaient à contre-courant de nos aspirations les plus spontanées et légitimes comme personne humaine aimée de Dieu.

Toutefois, aujourd’hui, je comprends mieux comment ces mots témoignent de la richesse de l’enseignement de Jésus.

Ainsi, le bonheur n’est pas simplement un sentiment de contentement momentané, mais une démarche de transformation intérieure qui conduit à un résultat ou qui oriente vers un but.

À ce moment-ci de ma vie de foi, je crois de plus en plus que le malentendu vient de la manière de comprendre le mot « heureux ».

« Heureux » : non pas un état, mais un chemin

J’ai écouté au cours des dernières semaines, sur Radio VM, une émission archivée où Christiane Cloutier-Dupuis propose un regard neuf sur l’Évangile de Matthieu. Son approche et son enseignement ont beaucoup enrichi ma réflexion et ma méditation sur ce texte énigmatique des Béatitudes.

De plus, j’ai lu récemment que dans l’univers biblique, « heureux » ne renvoie pas d’abord à un sentiment de bien-être ou à une réussite visible.

Issu d’une racine sémitique, le mot évoque plutôt l’idée d’un chemin juste, d’une vie orientée dans une direction qui conduit vers Dieu. (André Chouraqui, lecture de la racine hébraïque ashrê, reprise dans « Aujourd’hui Credo – L’énigme des Béatitudes », publication de L’Église Unie du Canada.)

Ceci a constitué une véritable clé de lecture des textes des Béatitudes qui m’a ouvert sur des enseignements nouveaux et essentiels.

Ainsi, être heureux, au sens des Béatitudes, ce n’est pas être arrivé, mais être en route. C’est avancer, parfois lentement, parfois dans la fragilité, mais dans une trajectoire habitée par la promesse.

Jésus ne désigne pas des personnes idéales ou exemplaires ; il reconnaît celles et ceux qui marchent. Il nous propose une démarche libératrice qui élève ou qui relève (lorsque nous sommes à plat).

Les Béatitudes: une relation vivante avec Dieu

La première Béatitude donne le ton : « Heureux les pauvres en esprit ». Je comprends maintenant qu’il ne s’agit pas de se dévaloriser ni de cultiver un manque spirituel.

Il s’agit plutôt d’accepter que la vie ne se construit pas dans l’autosuffisance, ou dans la résignation passive de cette pauvreté, mais dans une relation vivante avec Dieu qui nous amène ailleurs, vers la manifestation du Royaume promis.

Cette relation n’est ni passive ni infantilisante. Elle relève d’une interdépendance : Dieu appelle, éclaire et donne la force ; l’être humain répond, consent, avance.

La foi devient alors une relation en mouvement, profondément incarnée dans le quotidien. Nos pauvretés sont réelles et multiples, mais Jésus nous rappelle qu’elles ne sont pas des finalités.

En marchant avec confiance, malgré nos pauvretés, Jésus nous annonce que nous avons pleinement part au Royaume qu’il promet, un Royaume qui nous est accessible.

Les Béatitudes: des promesses qui se laissent percevoir

Les promesses des Béatitudes — être consolé, rassasié, recevoir miséricorde, voir Dieu, devenir artisan de paix — ne sont ni magiques ni immédiates. Elles se déploient dans le temps, et surtout, elles se laissent percevoir bien avant d’être pleinement accomplies.

Par notre baptême, par notre volonté de suivre les enseignements du Christ, nous faisons un choix intentionnel, nous nous engageons dans la direction proposée par Dieu, nous acceptons de travailler concrètement à l’avènement des promesses qui nous sont faites et qui nous sont accessibles.

La consolation, par exemple, n’est pas toujours la fin de la souffrance. Elle se manifeste souvent comme une présence qui soutient, une capacité retrouvée de traverser ce qui fait mal, un souffle nouveau au cœur même de l’épreuve.

La douleur peut rester, mais elle n’est plus vécue dans une solitude absolue. À terme, cette douleur est souvent appelée à s’apaiser, à se transformer et, même à nous renforcer, à nous offrir une nouvelle sagesse ou de nouvelles compétences humaines.

Femme contemplant au loin en état de Béatitudes.
*Photo de Adi Constantin, unsplash.com. Utilisée avec permission.

Dieu agit au cœur de la vie

Quand nous relisons attentivement les Béatitudes, nous faisons connaissance avec un Dieu qui n’agit pas à distance de l’existence humaine, mais à travers elle.

Les promesses peuvent prendre forme par des médiations concrètes, des présences réelles dans nos vies : les événements de la vie, les relations, le temps qui permet la maturation, la vulnérabilité assumée, une parole reçue au bon moment, un apaisement ressenti dans le corps, une force discrète qui permet d’avancer.

Très souvent, Dieu se rend présent par les autres ou par ce que la vie nous apporte. Un geste de miséricorde, une écoute attentive, une présence fidèle, une marche en forêt, une méditation près d’un feu, d’une chandelle, une veillée au clair de lune peuvent devenir des lieux où la promesse se fait tangible ou le chemin s’éclaircit.

Les Béatitudes sont une inspiration qui éclaire et met en mouvement

Ainsi, les promesses des Béatitudes ne sont pas seulement à attendre ; elles inspirent le mouvement. Cette inspiration ouvre naturellement à poser des gestes, mais aussi à discerner, comprendre autrement, percevoir plus clairement la volonté de Dieu dans une situation donnée.

Parfois, cette inspiration se manifeste comme une compréhension nouvelle : ce qui semblait absurde devient un peu plus lisible ; ce qui paraissait fermé s’ouvre à une autre interprétation. Comprendre autrement devient déjà une manière d’être consolé, rassasié, relevé.

La force d’agir comme un don

Dans ce chemin, il est important de reconnaître que la force d’agir sur ce qui est possible est un cadeau de Dieu. Il ne s’agit pas de tout réussir ni de tout réparer.

Nous avons la responsabilité de discerner la volonté de Dieu à notre égard, pour ensuite poser le geste juste, à la mesure de ce qui est possible aujourd’hui.

Nous ne sommes pas Dieu, mais nous pouvons discerner la volonté de Dieu et nous mettre en route en faisant ce que nous pouvons réellement pour construire le monde meilleur promis.

Souvent, cette force divine ne se perçoit pas avant d’agir, mais elle se présente en chemin. En avançant, même avec hésitation, on découvre que l’on est porté par Dieu, qu’Il est présent avec nous sur la route.

Un bonheur humble et réel

Les Béatitudes ne promettent pas une vie sans tension ni blessure. De telles promesses seraient simplement non réalistes. Nous vivons tous et toutes des tensions, des limites, des manques et des blessures, il s’agit de fatalités de la vie.

Toutefois, les béatitudes nous proposent une autre manière d’habiter la réalité : avec confiance, ouverture et persévérance. Le bonheur dont parle Jésus n’est pas euphorique ; il est relationnel, enraciné dans une vie traversée avec Dieu.

Il me semble que d’être « heureux », au sens évangélique, c’est accepter d’être en chemin avec Dieu et son peuple. C’est marcher avec des promesses qui se réalisent déjà, humblement, dans les gestes posés, les compréhensions reçues et la force donnée pour avancer, jour après jour. C’est être en mesure de percevoir les promesses lorsqu’elle se réalise.

Il y a une grande joie en constatant la générosité divine qui nous est offerte sur le chemin de nos vies, même lorsque la vie que nous avons est difficile et imparfaite.

Notre foi, nos pratiques spirituelles, nos communautés, nos familles et amis, nos gestes de bonté et notre capacité de prendre soin de soi et des autres sont des moyens concrets de nous mettre en chemin, d’être heureux, de nous rapprocher ou de vivre plus que jamais dans le Royaume annoncé par le Christ.

Ainsi, notre vie spirituelle doit dépasser sa dimension contemplative pour y ajouter des actions concrètes qui nous mettent en route.

Elle puise dans des moyens accessibles et relativement simples qui nous amènent à marcher avec confiance, avec soi-même, avec les autres et avec Dieu, sur des chemins prometteurs! Mettez-vous en chemin avec moi, « vous qui maintenant avez faim, car vous serez rassasiés » (Luc, chapitre 6, verset 21) !

Photo de Stéphane Godbout

Actif au sein de l’Église Unie depuis 2013, Stéphane est célébrant laïc et célébrant laïc des sacrements depuis plusieurs années. Son engagement s’exprime principalement dans la paroisse de Sainte-Adèle et au sein du Ministère régional des Laurentides. Il est également membre du conseil d’administration et du comité exécutif du Séminaire diocésain de Montréal, ainsi que collaborateur de Mon Credo.

Stéphane affirme que sa vie a plus de sens, de joie, d’optimisme et de direction avec sa dimension spirituelle. Sa démarche repose sur une méditation continue de la vie, des écritures et des valeurs. Il s’intéresse à une spiritualité vivante et rassembleuse, qui énergise, apaise l’âme et s’enracine profondément dans la communauté. Il aspire à une foi simple, joyeuse et engagée, qui relève plutôt qu’elle ne juge. Les enseignements et les encouragements de Jésus-Christ constituent le cœur de sa démarche spirituelle.

Originaire de l’Abitibi, Stéphane a grandi dans les Laurentides à partir de l’adolescence. Engagé dans l’Église catholique durant sa jeunesse, dans la quarantaine, il a entrepris une démarche de recherche d’un milieu plus inclusif. Cette quête l’a conduit à l’Église Unie de Sainte-Adèle, où il a trouvé sa place et s’est pleinement investi depuis. Stéphane est maintenant à la retraite après une vie professionnelle bien remplie. Il a œuvré comme avocat et cadre supérieur dans le milieu de l’enseignement.

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