Le nationalisme et la foi
Stéphane Vermette
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Plusieurs pays et pouvoirs politiques cherchent à instrumentaliser la foi pour développer un nationalisme identitaire fort. Cette stratégie conduit trop souvent à des dérives qui alimentent l’exclusion, le racisme et les conflits.
Dans cet épisode, Joan et Stéphane explorent les tentatives d’association entre le nationalisme et la foi chrétienne et proposent, à l’aide de références bibliques, une vision universelle fondée sur l’unité, la diversité et le bien commun.
Transcription:
Table des matières
Bonjour, bienvenue à Question de croire, un podcast qui s’intéresse à la foi et la spiritualité, une question à la foi. Cette semaine, est-ce que le nationalisme et la foi chrétienne peuvent aller ensemble?
Quelle est la nationalité de Dieu?
[Joan] Oui, c’est vrai, bonne question. Et d’ailleurs, quelle est la nationalité de Dieu? Tu sais ça, toi, Stéphane?
[Stéphane] C’est bien connu. Dieu est un Québécois.
[Joan] Exactement. Et d’ailleurs, c’est ce qui peut arriver si tu es à table avec des chrétiens de plusieurs nationalités.
Les Français vont dire : “Mais non, Dieu est français. Il aime l’amour, il aime le bon vin. Il aime traîner avec ses potes. Il aime faire des barbecues.
Puis là, les Brésiliens vont dire : “Ah non, les barbecues, c’est nous! Donc, Dieu est Brésilien, et d’ailleurs Dieu est de couleur comme nous, couleur non-blanche. Il aime les cheveux longs. Il aime traîner sur la plage aussi avec ses potes.
Et puis là, tu vas voir des peuples des îles qui vont dire : “Ah non, la plage, c’est nous! Dieu, il est un petit peu comme nous! Et puis d’ailleurs, Jésus, il aime pêcher, puis il aime parler aux pêcheurs. Ça c’est quelque chose de très caractéristique.
Et puis tu as les Suisses qui vont dire : “Non pas du tout! Jésus c’était quelqu’un de très carré. Il disait ce qu’il faisait. Il faisait ce qu’il disait. Quand un truc n’était pas bien organisé ou pas très correct, il râlait comme il faut. Et puis en même temps, souvent il ne dérangeait pas les gens. Il semblait aller dans le désert.
Et puis là, les peuples du désert vont dire… vous voyez bien que…
Donc en fait, c’est une conversation qui n’en finit plus sur la nationalité de Dieu ou de Jésus.
Dieu peut-il favoriser une nation au dépend de l’autre?
[Stéphane] C’est vrai qu’on se pose la question et c’est une question un peu inutile, mais c’est là. Par exemple, comment peut-on dire avec toute certitude que Dieu est dans notre camp lorsqu’on a un affrontement, lorsqu’on a un conflit? On voit ça dans des joutes sportives, les gens vont prier avant un match.
Et ça me fait penser… Il y avait une émission de télévision, c’était une comédie. Il y avait un extraterrestre qui voyait ça. Puis qu’il disait : “mais pourquoi est-ce qu’on prie? Eux autres aussi prient. OK, je comprends! On prie notre Dieu, puis notre Dieu va être plus fort que leur Dieu. C’est comme ça qu’on va gagner.”
C’est vrai que c’est absurde toute cette idée-là de penser que Dieu est avec ma nation, est avec mon groupe, avec ma tribu, avec ma famille, plus que les autres.

Les liens de proximité entre l’Église et une nation
[Joan] En tout cas, en France, moi je viens plutôt d’Alsace que de France, pour être tout à fait honnête, je suis plutôt alsaco-catalane que franco-espagnole. En France, j’ai toujours entendu dire que la France était la fille de l’Église.
[Stéphane] La fille aînée!
[Joan] La fille aînée de l’Église.
Alors, c’est une expression étonnante. Je suis lutéro-réformée. Je suis d’origine catalane espagnole. Je n’ai pas toujours compris ce que ça voulait dire, d’autant qu’il me semble que les conséquences de cette filiation privilégiée, finalement, ne sont pas si bonnes spirituellement.
Parce qu’il y a énormément de personnes avec qui j’ai pu parler, souvent d’un certain âge c’est vrai, pour qui la foi s’apparente à une contrainte, une contrainte forte.
Sans parler des écoles catholiques qui continuent à faire parler d’elles. Là moi, j’écoute le bouquin audio sur Bétharrame. C’est l’enfer, la façon dont on a traité les enfants, les jeunes jusqu’il y a encore très peu d’années!
Si je vais dans mon autre pays de cœur, c’est l’Espagne. Alors là, l’Espagne et le catholicisme, en tout cas certaines branches du catholicisme, la façon dont le franquisme s’est acoquiné à une secte de l’Église catholique qu’on appelle l’Opus Dei, qui a été longtemps d’ailleurs responsable de la communication au Vatican.
Et je me rends compte que ces deux pays avec lesquels j’ai des attaches culturelles généalogiques, la France et l’Espagne, connaissent un déclin énorme dans leur vie communautaire.
Je me dis que ce n’est peut-être pas une si bonne idée d’avoir un trop grand lien de proximité avec une Église. Pour une nation, ce n’est pas toujours garant de super bonne santé spirituelle.
La foi chrétienne et le nationalisme américain
[Stéphane] D’un point de vue canadien, on regarde vers le sud et le nationalisme chrétien a toujours été très fort aux États-Unis. Tous les discours politiques se terminent presque toujours par “God bless America!’, “Que Dieu bénisse les États-Unis!”.
Mais récemment, on a quand même atteint un niveau supérieur. C’est quand même assez fort.
Trump se présente comme une figure messianique envoyée par Dieu pour sauver le pays, ou en tout cas une certaine vision du pays. Les membres de l’administration utilisent la religion. Le vice-président qui est catholique romain depuis sept ans, se permet de dire au pape de faire attention lorsqu’il parle de théologie parce qu’il ne faut pas qu’il déconne.
Il y a cette idée-là que nous avons cette foi, pas nécessairement pour nous guider, mais pour gouverner. Nous avons été mis là et nous avons une mission divine. Nous sommes les envoyés de Dieu.
Il y a quelque chose de très malsain là-dedans. Il y a un mélange de très malsain et de très toxique.
Le nationalisme fragmenté de la Suisse
[Joan] Cette toxicité, tu vois, pour l’instant, depuis là où je suis et ce que j’observe, je me rends compte qu’il n’y a pas trop de ça en Suisse. Alors je me dis, mais pourquoi? Pourquoi est-ce qu’il n’y a pas un nationalisme aussi fort qu’en France, et puis bien moins présent qu’aux USA, alors qu’il y a un fonctionnement assez similaire du fait du fédéralisme en fait.
Ici, c’est un fédéralisme qui fait que chaque canton a sa ou ses confessions religieuses. Il y a des cantons qui sont catholiques, d’autres qui sont réformés, d’autres qui sont un peu mixtes.
Du coup, comme ce nationalisme suisse est bien moins centralisé, moins homogène qu’en France et finalement aussi qu’aux États-Unis, on peut se payer le luxe d’avoir tout plein d’identités fragmentaires.
Et finalement, en étant moins homogène, la question du nationalisme est plutôt imbriquée dans des identités cantonales fortes. Les gens diront qu’ils sont Vaudois avant d’être suisses. Ils diront qu’ils sont Zuricois avant d’être suisses. Ça, c’est important pour eux et elles. Et du coup, l’identité religieuse passe encore en deuxième plan.
Alors longtemps, l’idée en général, c’est que la confédération est chrétienne. Ça, par contre, c’est assez important et c’est aussi articulé avec des équilibres cantonaux, comme je disais, au niveau des confessions, au niveau de l’impôt d’Église, au niveau de ce que ça donne culturellement dans les fêtes.
Mais il y a surtout une notion qui est liée à cette neutralité suisse qui est la paix sociale. Moi, lorsque je vais être inscrite à l’ordre des ministres suisses, en tout cas on espère, des ministres vaudois en septembre, je vais prendre des engagements.
Le tout dernier engagement de la liste, (il y a les engagements classiques, prêcher, s’occuper des gens, tout ce qu’il faut), c’est de participer activement à la paix sociale. Et à partir de là, on comprend aussi pourquoi les autres identités sont là, sont importantes, mais elles ne doivent pas jamais prendre le dessus sur cette paix sociale.
Les identités multiples
[Stéphane] Tu parles d’identité. Ça me fait penser à ce livre qui parle d’identité post-moderne de Jean-François Lyotard. Mon épouse, ça fait 20 ans qu’elle me bassine avec ça, mais c’est quand même une réalité.
On n’est pas une seule chose. On a tendance à dire : “Ah! les Français sont comme ça. Les Suisses sont comme ça. Les Canadiens sont comme ça.”
On ne peut pas se limiter à une seule identité. Moi, je peux me définir comme protestant, père de famille, pasteur, québécois et c’est correct. Ce n’est pas un seul modèle qui s’applique à tout le monde.
Lorsque je vois des articles, “Est-ce que les protestants peuvent faire ceci?” “Est-ce que les catholiques ont la capacité de faire cela?”, je comprends l’objectif derrière ça. Mais on est différent. On ne peut pas décliner des identités, le nationalisme ou l’appartenance religieuse de la même manière. Chacun est un être unique.
L’utilisation des traditions religieuses pour mousser le nationalisme
[Joan] Ici, dans le canton de Vaud, on a ce slogan “Liberté et Patrie”. En fait, pour chaque canton il y a un drapeau; on est le seul canton où il est marqué ce mot de patrie. Je me suis déjà demandé, est-ce que vraiment ce mot de patrie est fédérateur pour tout le monde?
Je me suis rendu compte que dans le canton de Vaud, on parle souvent de l’état de Vaud et on ne parle pas nécessairement d’état dans les autres cantons. Rien que cette diversité d’appellations, à partir du moment où il y a une sorte de pluralisme sur la façon de s’autodéterminer, de se nommer, je pense que ça reste quelque chose d’assez réjouissant. Mentalement, ça veut dire qu’on comprend qu’il y a plusieurs façons de voir les choses.
Ça m’amène aussi à cette question des traditions. En Espagne, en France, les traditions, elles demeurent, elles structurent en partie ces deux pays, d’un point de vue religieux… peut-être un petit peu plus l’Espagne que la France, encore que je ne saurais pas vraiment le dire.
Mais ça n’a parfois plus rien à voir avec la foi personnelle. Ce sont des traditions qui sont en lien, souvent, avec le catholicisme pour ce qui est des deux pays. Les gens les suivent et les vivent, mais ce n’est pas pour autant que ça résonne en termes de foi. C’est plutôt une culture commune, un langage commun.
Je pense aux processions de la passion en Espagne. C’est de plus en plus frappant combien les jeunes s’investissent dans ces processions. Avant, on comprenait bien que c’était de mère en fille et de père en fils.
Mais quand tu vois des jeunes femmes avec la mantella, qui sont vraiment voilées, qui ont des habits qui sont lourds, pesants, complexes, avec de la dentelle qui gratte en plein mois d’avril, il peut faire très, très chaud en Andalousie.
Tu vois aussi les pèlerinages à Lourdes qui reprennent ces derniers temps auprès des jeunes.
Tu dis : “Bon! Il y a autre chose. Il n’y a pas que la foi; il y a aussi ce langage culturel, ce besoin de faire ensemble.” Et on comprend alors finalement que ces besoins anthropologiques, il faut les prendre tels que. Il ne faut pas essayer d’y mettre vraiment beaucoup de choses, je crois.
On comprend que quand ils sont investis par des personnes qui en font des leviers électoralistes, c’est vraiment triste, c’est déplorable et c’est à décourager. C’est tellement éloigné de ce qui fait la foi chrétienne qui est vie communautaire et incarnation de l’Évangile.
L’instrumentalisation de la religion pour faire avancer un agenda
[Stéphane] Il y a un vent de droite, d’extrême droite qui souffle en Occident. On ne peut pas le nier. C’est là. Et oui, on voit des politiciens, des groupes politiques qui essaient de récupérer cette foi-là comme une espèce de véhicule.
Moi, je suis toujours sceptique. Je ne crois pas que ces personnes-là soient vraiment religieuses… peut-être… mais ils utilisent ce véhicule-là, ils utilisent les symboles. C’est pour faire avancer leur idéologie, leur agenda politique.
Et c’est triste parce que c’est ça aussi qui donne mauvaise presse, c’est ça aussi qui donne une mauvaise image à la foi, qu’elle soit chrétienne, musulmane, juive, peu importe.
C’es personnes-là disent : “Ah! je vais utiliser tel passage biblique pour justifier de discriminer contre tel groupe. Je vais utiliser telle tradition religieuse pour que j’aie plus de pouvoir.” Puis après, on dit : “Ah! la religion, ça crée les conflits.” Non, ce sont les gens qui instrumentalisent la religion, qui créent le conflit.
Utiliser la Bible pour exclure
[Joan] Moi, je me demande aussi un petit peu, lorsqu’on instrumentalise comme ça, la foi à des fins politiques, quand on veut absolument faire passer le message que tel coin appartiendrait à telle personne et que s’il y avait trop de personnes dans d’autres coins, ça ne fonctionnerait pas, je me demande ce qu’on fait avec un certain nombre de versets bibliques.
Je pense par exemple à Jean 18, verset 36 : “Mon royaume n’est pas de ce monde.”
Ça c’est clair que le monde, c’est ce qu’on traverse, ce qu’on co-construit ensemble, ce qu’on habite, là où on incarne quelque chose de l’ordre de l’Église, de l’ecclesia, donc de ce qui est dispersé et puis rassemblé à certains moments.
Et puis après il y a le royaume. Il y a tout simplement ce qui est à venir et c’est ce vers quoi on tend.
Être fier de sa nation et être uni
[Stéphane] Ce ne sont pas les passages bibliques qui manquent pour nous rassembler. Il y a le classique Galates 3, versets 27 et 28 : “Vous tous, en effet, vous êtes unis au Christ dans le baptême. Vous avez ainsi revêtu la manière d’être du Christ. Il n’y a ni Juif, ni païen, il n’y a plus ni esclave, ni citoyen libre, il n’y a plus ni homme, ni femme; en effet, vous êtes tous un, unis à Jésus Christ.” C’est difficile d’être plus clair que ça.
On n’est pas supposé avoir ces délimitations-là. Je ne pense pas que tout est effacé, mais nous sommes unis. On peut être un homme. On peut être une femme, mais on est unis.
C’est ça que je retiens de cette idée-là, c’est qu’on peut être fier de son pays.
Quand l’épisode sera diffusé, on espère qu’il y aura une Coupe du monde… on ne sait jamais avec les États-Unis ce qui va se passer, mais on espère… et on peut être fier que son pays soit à la Coupe du monde, mais est-ce qu’on est obligé de dénigrer l’autre pays ou les traités de ci et de ça? C’est l’union qui est supposée nous réunir malgré nos différences.

La richesse de la multiplication des nationalités
[Joan] Je trouve que c’est important de se rappeler que nos identités sont là pour participer à la richesse du monde, pour participer à la diversité, pour participer à la pluralité.
Maintenant avec cette mondialisation et le fait qu’on cherche du travail un peu partout, comme moi je l’ai fait, comme mes ancêtres ont fait, on a des gens qui ont 3, 4, 5, 10 cultures qui finalement s’enrichissent de génération en génération. Je trouve que c’est beau de se dire qu’on est tous et toutes un peu en migration.
Peut-être qu’il y a des gens autour de nous qui ont fui des régimes, des régimes qui ont fait alliance avec des courants religieux pour opprimer leur population.
Et peut-être qu’en fait, ils sont ravis d’arriver dans un pays neutre, un pays où la confession semble officielle ou culturelle ou financée ou parfois un peu prépondérante.
Mais finalement, elle n’est pas là pour opprimer les autres, mais juste pour être un marqueur culturel, une façon de s’identifier ou d’unir, ou bien d’offrir des espaces tout simplement au service de la population.
Comme nous, l’Église réformée vaudoise, on est vraiment là pour être au service de la population et pas pour faire de tout le monde des réformés. Ce n’est pas du tout ça l’objet.
Donc, je me disais dans mon ministère, je suis heureuse d’incarner qui je suis, non pas pour que les autres deviennent comme moi ou bien se conforment à ce qu’il faudrait être, mais parce que comme je suis qui je suis, et qu’on m’a demandé de rendre ce service à la population, tout un chacun peut s’épanouir en étant qui il est, elle est.
Le défi de l’Église universelle
[Stéphane] Je crois qu’on a de la difficulté à penser en termes d’Église universelle. On sait qu’il y a des Églises partout autour du monde. On sait qu’il y a des chrétiens partout. Mais, quelque part, on se dit que chacun a sa petite Église. Chacun fait son petit truc de son côté.
On a de la difficulté à mettre ça ensemble, de voir les liens qui nous unissent, de voir davantage les similitudes que les différences.
Peut-être que l’Église catholique romaine a un avantage sur beaucoup d’Églises protestantes dans le sens où, peu importe où on va, on est catholique romain. On peut aller à la messe et on peut s’attendre à ce que ce soit essentiellement la même chose.
Oui, il y a des différences culturelles, mais quand même, la foi est la même. Il y a des gens dans les paroisses qui viennent de plein de coins d’Asie, d’Afrique, d’Europe, de l’Amérique du Nord. Il y a comme un peu ce mélange-là.
Dans nos Églises plus protestantes ou plus nationales, on a tendance à se regrouper entre tribus. “Ça c’est l’Église où les Québécois vont. Ça c’est l’Église où les Camerounais vont.”
[Joan] “Les Français aussi.”
[Stéphane] Donc, il faut peut-être se ré-approprier cette idée-là d’Église universelle qui accepte les nationalités et qui les incorpore les unes aux autres.
Une nationalité qui inclut au lieu d’exclure
[Joan] Il y a une autre notion qui me travaille beaucoup depuis que je travaille dans la migration, qui m’habille, à laquelle je songe souvent, c’est le fait qu’il y ait tellement de gens qui sont apatrides.
Être apatride, ça veut dire quoi? Être apatride, est-ce que ça te libère du nationalisme? Est-ce que c’est le seul bon point d’être apatride? Qu’est-ce que ça signifie pour une fédération, un état, une structure étatique, de déclarer par exemple un enfant apatride?
C’est le cas des enfants qui viennent des coins du monde où on n’a pas encore déclaré leur pays, par exemple des coins du Soudan qui ont fait sécession, ou bien la Palestine qui n’est pas reconnue partout et donc il y a beaucoup d’enfants apatrides qui sont de parents palestiniens.
Qu’est-ce que ça signifie aussi pour des gouvernements avec des cultures chrétiennes que de déclarer les autres apatrides? Comment est-ce qu’ils le mettent en relation avec leur lecture de la Bible?
En fait, c’est cette notion de patrie qui se trouve ailleurs, de royaume qui est à construire. Et tout ça, ça dépasse, ça englobe. Et j’espère que ça enrichit aussi notre conception de la nation.
C’est vrai que je ne suis pas très nationaliste, mais je suis éventuellement patriotique dans le sens où j’estime que je me sens assez redevable des pays qui prennent soin de moi, qui prennent soin de mes enfants, qui éduquent mes enfants à l’école. Je me sens assez redevable. Mais nationaliste? Non, vraiment pas.
Le racisme qui sous-tend le nationalisme chrétien
[Stéphane] Et l’une des choses, encore une fois, que l’on sait mais qu’on n’aime pas nommer ou qu’on ne veut pas trop regarder, c’est la question du racisme. Ce racisme se trouve à l’intérieur de nos Églises. On a fait un épisode il n’y a pas trop longtemps. Si vous l’avez manqué, vous pouvez le rattraper.
[Joan] C’est la page de pub.
[Stéphane] Oui, on peut dire qu’en tant que chrétiens, on croit tous et toutes au même Dieu. Il y a toujours ce “mais…”. Mais nous sommes supérieurs. Mais nous connaissons mieux. Mais nos pratiques sont meilleures. Mais nous sommes plus inclusifs ou plus évolués.
Nous ne sommes pas tous et toutes égaux dans nos Églises. Nous le sommes devant Dieu. Moi j’y crois. Mais ce n’est pas vrai qu’il n’y a pas cet impact-là dans nos nations, dans nos Églises, qu’on pourrait se dire, ben oui, peut-être que nos États, c’est raciste, mais nous, dans l’Église, on ne l’est pas.
Il y a tellement d’exemples. Juste la fin de Matthieu, dans le chapitre 28 : “Allez donc auprès des gens de tous les peuples et faites d’eux et d’elles mes disciples. Baptisez-les au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit.” Ce n’est pas “Faites-en mes disciples s’ils sont blancs, s’ils parlent telle langue, si, si, si…” Non, c’est inconditionnel. Tous les peuples.
L’utopie d’un monde au-delà des nationalités
[Joan] Moi je viens d’une culture comme ça où on m’a toujours dit: tu es chez toi, là où tu œuvres pour le bien en fait. Et à partir de là, tu vas devenir citoyenne. Et devenir citoyenne, c’est un petit peu la première étiquette, la première définition.
Citoyenne, ça implique plein de choses. Ça implique une solidarité un peu collective. Ça implique d’agir. Et c’est ça le critère pour moi. C’est une nation, une patrie.
D’ailleurs, j’aime beaucoup ce slogan dans le canton de Vaud “Liberté et patrie”. Elle est constituée de gens libres et qui choisissent d’être citoyens et citoyennes ensemble.
Ici, il y a un joli mot pour dire qu’on était à l’école ensemble, c’est qu’on est contemporain. Parfois je croise des gens qui me disent : “Est-ce que vous avez des nouvelles de ma contemporaine?” Au début je ne comprenais pas. Mais je trouve ça beau, tous ces mots pour se nommer les uns les autres.
Et à la fin de cet épisode, j’ai une petite pensée émue pour mon père. Mon père venait de l’Espagne franquiste et avait une fille en Alsace, il ne m’avait pas déclaré à l’ambassade ou au consulat espagnol.
Quand j’étais petite et que je disais aux gens que j’étais d’origine espagnole, souvent ils me disaient : « Tu as la nationalité? »
Et je disais : “Ben non, parce que mon père n’est pas allé me déclarer.” Parce que mon père m’a dit que, très vite, on allait tous avoir le passeport européen. Et ça, c’est un peu l’utopie d’une certaine génération de dire que toutes ces nations allaient simplement se regrouper dans des grands espaces de paix.
Finalement, je me dis, ils y croyaient à cette utopie. C’était une utopie un peu chrétienne, un peu en lien avec le royaume, de dire qu’il n’y aurait plus de frontières en Europe.
Peut-être vous, un jour, vous n’aurez plus de frontières dans toutes les Amériques. Je sais aussi qu’en Afrique, déjà, ils essayent d’abolir les visas entre les différents pays pour permettre une meilleure circulation des personnes.
C’est un petit peu mon rêve, je dois le reconnaître, que l’on soit citoyens et citoyennes, actifs, engagés, avec des élans de loyauté effectivement, mais surtout que ce ne soient pas les frontières qui définissent notre identité.
Conclusion
[Stéphane] Merci Joan pour cette conversation aujourd’hui.
[Joan] Merci à toi Stéphane et puis à très bientôt de vous lire ou bien de vous découvrir sur notre groupe WhatsApp ou par mail. On aime beaucoup les interactions. On aime beaucoup le débat et si on n’est pas d’accord c’est encore mieux. Hein Stéphane?
[Stéphane] Absolument, et peu importe votre nationalité, peu importe votre foi, questiondecroire@gmail.com.
On veut remercier l’Église Unie du Canada, notre commanditaire, avec son site moncredo.org qui relaie nos podcasts et aussi qui présente des blogs et des vidéos sur des enjeux et des questions de foi et de spiritualité.
Merci à Reforme qui relaie notre podcast.
Comme a dit Joan, il y a le groupe WhatsApp. Les liens sont dans la description de l’épisode.
Et nous, on continue.
Alors, à très bientôt, Joan.
À bientôt.
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Mots clés :
nationalisme, foi chrétienne, identité, culture, instrumentalisation, paix sociale, traditions, racisme, église universelle
Sujets clés :
Le nationalisme et la foi chrétienne soulèvent des questions complexes.
Les perceptions de Dieu varient selon les cultures.
Le nationalisme chrétien est particulièrement fort aux États-Unis.
Les traditions culturelles peuvent influencer la foi personnelle.
L’instrumentalisation de la foi à des fins politiques est problématique.
L’identité religieuse est souvent fragmentée.
La foi devrait rassembler plutôt que diviser.
Citations :
« C’est absurde de penser que Dieu est avec ma nation. »
« La France est la fille aînée de l’Église. »
« Il y a des traditions qui sont en lien avec le catholicisme. »
« Notre patrie à nous est dans les cieux. »
Chapitres :
00:25 Quelle est la nationalité de Dieu?
02:09 Dieu peut-il favoriser une nation au dépend de l’autre?
03:11 Les liens de proximité entre l’Église et une nation
04:52 La foi chrétienne et le nationalisme américain
06:17 Le nationalisme fragmenté de la Suisse
08:21 Les identités multiples
09:43 L’utilisation des traditions religieuses pour mousser le nationalisme
12:11 L’instrumentalisation de la religion pour faire avancer un agenda
13:31 Utiliser la Bible pour exclure
14:24 Être fier de sa nation et être uni
15:44 La richesse de la multiplication des nationalités
17:30 Le défi de l’Église universelle
19:15 Une nationalité qui inclut au lieu d’exclure
21:09 Le racisme qui sous-tend le nationalisme chrétien
22:51 L’utopie d’un monde au-delà des nationalités
25:05 Conclusion
Auteur et autrice

Rév. Stéphane Vermette
Pasteur de paroisse à Admaston, Kanata (Ont.), Quyon (Québec) et Église Unie Sainte-Claire (exclusivement sur internet). Coordinateur des communications et du développement en français de l’Église Unie du Canada. Depuis plus de 10 ans, il exerce un ministère numérique sur les médias sociaux (Facebook, Instagram, TikTok, YouTube, Bluesky) pour apporter une foi progressiste en français sur internet.

Joan Charras-Sancho
Joan Charras-Sancho est docteure en théologie protestante et pasteure. Active dans le canton de Vaud, elle accompagne les personnes migrantes et les communautés queers. Collaboratrice aux livres « Une bible des femmes » (2018), « Une Bible, des hommes » (2021). Son ministère cherche à créer des espaces d’écoute, de dignité et d’espérance pour chacun·e.