Le Carême. Quand la culture s’en mêle.
Marie-Silvenie Chery
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Le Carême est plus qu’un temps de l’année liturgique. Il s’agit d’un moment ouvrant un espace entre foi, culture et quête intérieure.
Table des matières
Après la célébration de la naissance de Jésus, l’histoire se poursuit avec l’Épiphanie, la visite des Rois mages, son baptême et son expérience du désert pendant quarante jours. Cette période est connue sous le nom de Carême.
Qu’est-ce que le Carême?
C’est un terme qui vient du latin « quadragesima » (quarantième). C’est la commémoration des quarante jours que Jésus passa au désert avant de commencer son ministère public. Cet événement est décrit dans les évangiles de Matthieu, Marc et Luc.
Quelle est l’origine du Carême?
Dans l’histoire de l’Église, le Carême s’est structuré comme un temps liturgique chrétien de préparation à la célébration pascale. Quarante jours de conversion spirituelle centrés sur la prière, le jeûne et la charité commencent le mercredi des Cendres pour culminer à la Semaine sainte et à la fête de la Résurrection. Cette période liturgique a été fixée au Premier concile de Nicée au 4e siècle.
Quel est son sens théologique?
Le Carême est avant tout un appel à un changement intérieur. Nous sommes invités à nous détourner du mal, approfondir la relation à Dieu et nous tourner vers le prochain. Le désert, en tant que terme, symbolise une sorte de dépouillement et un temps d’épreuve, mais aussi la rencontre avec Dieu et la maturation spirituelle.
Des pratiques concrètes
Le Carême revient chaque année comme une respiration profonde dans le tumulte d’un monde essoufflé par les fatigues quotidiennes, de nos communautés et de nous-mêmes. C’est une quête d’un repos où Dieu réapprend à ses enfants la douceur du chemin.
Il dépasse pourtant largement les frontières de la pratique religieuse; il puise dans une tradition spirituelle ancienne.
Voyons cela de plus près. Il a infiltré nos mœurs, nos langues, nos arts, nos rythmes sociaux, voire nos imaginaires collectifs. En somme, c’est un miroir culturel, un espace où se croisent héritages spirituels, récits populaires, gestes de solidarité et quêtes personnelles de sens.
Dans nos sociétés, traversées par la vitesse et la performance, ce temps de dépouillement volontaire résonne différemment. Il inspire également des artistes, comme Johann Sebastian Bach avec sa Passion selon saint Matthieu, une œuvre qui plonge dans la profondeur du sacrifice, du pardon et de la compassion.
Il y a aussi Emily Carr avec ses peintures de forêts et de terres autochtones évoquant une spiritualité de la Création, très proche du Carême contemporain.
Une période qui influence les traditions culinaires
Il y a des repas légers comme la soupe (le mercredi ou le vendredi soir) ou du poisson séché ou salé (certains restaurants proposent des « Fish Friday » ou « Fish Fry »). Des familles remplacent la viande fraîche par du poisson ou des fruits de mer. La saison est aussi marquée par la sobriété volontaire, un temps pour réapprendre la simplicité, avec parfois une dimension écologique. Manger moins de viande dit moins de gaspillage.
À une époque où le pays était plus religieux, ou du moins sous l’influence de la religion catholique romaine, certaines sources historiques confirment que l’abstinence de viande était stricte et que la morue salée, le hareng et les œufs jouaient un rôle central.
Petite anecdote
Je me rappelle, quand j’étais enfant, ma mère nous nourrissait strictement de poisson séché, de hareng saur ou d’œufs, plutôt que de viande fraîche.
Quand j’étais au collège, après le service du mercredi, on nous servait de la soupe ou du potage à midi, une pratique encore courante dans les monastères et les communautés religieuses.

L’influence des communautés immigrantes
Comme on peut le constater, l’Amérique du Nord est un continent de migrations, et chaque communauté apporte ses traditions.
On y trouve des plats simples à base de légumes, de poisson et de riz (Philippines), des repas sans viande, des soupes, des bananes plantains, du poisson et des œufs (Haïti ou les Caraïbes), des sauces végétales, des haricots et des ignames (Afrique de l’Ouest), un jeûne strict sans produit animal (Europe de l’Est), des plats à base de maïs, des empanadas de vigilia et du poisson (Amérique latine), ou des poissons salés, des œufs, des légumes racines, du pain gruau, des galettes et des légumineuses (Québec).
Cette liste n’est pas exhaustive.
Expressions idiomatiques
Le Carême a laissé des traces durables dans la langue, même lorsque la pratique religieuse a changé ou évolué.
Dans le milieu anglophone, pour décrire une ambiance sobre, calme et introspective, on parle de « Lenten mood ».
Le Carême nourrit des expressions autour de la transformation, comme « sortir de son désert » pour parler d’une période difficile, ou « retrouver la lumière », image pascale devenue idiomatique.
Quant au temps et à l’attente, on dit que c’est « long comme un carême » pour dire qu’une situation semble interminable.
L’abstinence au sein du couple
Je me rappelle encore le bon vieux temps où mon oncle faisait « pénitence » pour réparer ses torts, tandis que ma vieille tante se mettait en retrait pour prendre du recul.
Je pourrais dire que le Carême en Amérique devient un laboratoire culturel où l’on interroge ce que l’on consomme, ce que l’on transmet et ce que l’on espère, sans nécessairement parler d’abstinence.
L’abstinence n’est pas une obligation, mais un choix personnel qui peut prendre la forme d’une métaphore puissante : celle d’un cœur qui cherche à discerner ce qui le nourrit.
Le Carême nous rappelle que la transformation spirituelle ne se vit jamais isolément, car elle façonne nos habitudes, inspire nos gestes quotidiens et ouvre un chemin où la foi dialogue avec la vie réelle, la mémoire collective et les aspirations d’un monde en quête de sens.
Il faut retenir que « vivre le Carême » n’est pas d’abord une contrainte alimentaire, mais une démarche spirituelle de conversion et de solidarité.
Le Carême a débuté le mercredi 18 février 2026 et prendra fin le Jeudi saint, 2 avril 2026. Pâques sera célébré le dimanche 5 avril 2026.

Liturgiste et pasteure en formation. Marie Silvenie a d’abord suivi des études de linguistique appliquée en Haïti avant d’obtenir un baccalauréat en sciences infirmières à l’Université de Montréal. Elle a exercé le métier d’infirmière clinicienne, développant une approche holistique du soin de la personne (corps, âme et esprit) pendant dix-huit ans. Elle a ensuite obtenu un baccalauréat en théologie à l’Université McGill et une maîtrise en divinité à Montreal Diocesan Theological College.