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Vignette de l'épisode Comment faire plus de place à la spiritualité dans nous vies.

Faire plus de place à la spiritualité dans sa vie

22 février 2023
Stéphane Vermette

Stéphane Vermette

  • Foi - Pluralité religieuse
  • imam
  • mercredi des Cendres
  • Pasteur-Prêtre
  • podcast
  • Ramadan
  • Spiritualité

Dans une vie qui va à toute vitesse, nous négligeons trop souvent notre spiritualité. Au-delà des pratiques et des traditions, comment pouvons-nous nourrir notre âme pour améliorer nos vies?

Dans cet épisode Joan et Stéphane reçoivent l’imam Ludovic-Mohamed Zahed de l’institut Calem de Marseilles. Ensemble, ils explorent l’importance du jeûne durant le carême ou le ramadan. Ils se demandent comment se rendre disponible à des pratiques spirituelles. Ils expliquent l’importance de s’impliquer dans la société au nom de sa foi.

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Ludovic Mohamed Zahed: Institut Calem

Notre commanditaire: L’Église Unie du Canada et Mon Credo

Bonjour, bienvenue à Question de croire, un podcast qui explore la foi et la spiritualité, une question à la fois. Cette semaine, comment peut-on faire plus de place à la spiritualité dans nos vies?

Notre invité d’honneur : Ludovic Mohamed Zahed

Bonjour Stéphane. Et puis aujourd’hui, bonjour Ludovic. Bonjour. Bonjour.

Alors aujourd’hui, chers auditeurs et auditrices, nous faisons fort puisque nous avons un épisode qui est en triplex. Généralement, on est en duplex. Donc depuis la zone rhénane entre Strasbourg et Zurich, et puis, depuis le Grand Nord canadien, québécois.

Mais aujourd’hui, nous avons rajouté quelque chose du sud, un petit vent du sud par la présence de l’imam Ludovic Mohamed Zahed, qui nous parle en direct depuis Marseille et qui sort d’un gros rhume.

Bravo, Ludovic, d’avoir survécu à ce gros rhume. Bonjour, Ludo. Inch’Allah. Merci d’être avec nous. Ça nous fait plaisir. Merci à vous. Merci à vous. Ça nous fait drôlement plaisir.

Le mercredi des Cendres des chrétiens

Alors avec Stéphane, la collaboration est récente et fructueuse. Et puis avec Ludo, ça fait maintenant plus de dix ans qu’on marche ensemble, qu’on marche ensemble dans une France assez sécularisée, assez laïque et qu’on essaye de parler aux gens avec le plus de justesse possible de notre foi et de notre engagement pour des communautés inclusives.

Et d’ailleurs, dans nos chemins de foi, on a besoin de jalons. On est assez attachés les uns les autres à avoir des moments qui nous permettent de passer d’une étape à l’autre.

Aujourd’hui, c’est une journée assez importante pour un christianisme qui aime les rituels et c’est le mercredi des Cendres.

En contexte luthérien, ça peut faire sens. Une partie des luthériens respecte un peu ce rituel du mercredi des Cendres. La majorité des catholiques le respecte aussi.

Et je me demande, pour toi Ludovic, ça évoque quoi le mercredi des Cendres, ce temps de préparation à Pâques? Est-ce que tu te sens touché par ça?

Est-ce qu’il y a quelque chose qui ressemble un peu à ça en islam? Où est-ce que tu en es toi au niveau de ton calendrier liturgique?

Le Ramadan des musulmans

Cette période, c’est le début du mois qui précède Ramadan, qui est le mois du jeûne, qui est observé par tous les musulmans. Le mois de Ramadan, durant lequel on s’abstient de boire et de manger entre le lever et le coucher du soleil.

L’esprit de cette pratique n’étant pas la privation, mais bien une disponibilité accrue à des pratiques spirituelles qui ont lieu durant Ramadan de manière plus intensive que durant le reste de l’année.

On se consacre pendant Ramadan à la prière, à la méditation, y compris la nuit.

Donc c’est une très belle période pour les musulmans.

C’est une tradition familiale aussi culturelle, familiale dans les pays musulmans ou dans les communautés de la diaspora. Il y a beaucoup de liens qui se créent pendant Ramadan, beaucoup de solidarité, beaucoup de partage.

Et à chaque année, on est très heureux de se voir.

Moi, personnellement, je suis très heureux de voir Ramadan se rapprocher. J’en parlais avec ma mère, il y a un mois, en disant, oh là là, je vais commencer à faire la cuisine et à congeler des plats parce qu’il y a Ramadan qui approche. Je lui ai dit, mais c’est dans quatre mois. Elle m’a dit, oui, oui, mais il faut cuisiner beaucoup pour vous tous.

C’est vrai qu’on se réunit chez la famille et on prie ensemble. Il y a beaucoup de choses qui se passent pendant Ramadan. On n’a pas le temps en fait, surtout dans le monde dans lequel on vit aujourd’hui, qui va cent à l’heure, on n’a pas le temps de faire par ailleurs.

Et donc moi pendant Ramadan, je ne travaille pas pendant tout un mois, je ne fais que l’observation de pratiques spirituelles.

Et ce qui est intéressant, c’est justement la convergence de ces différentes pratiques, avec différentes formes de liturgie, différentes colorations culturelles qui représentent une forme d’invariant, qui sont un peu toujours les mêmes.

Quelles que soient les traditions spirituelles, les traditions religieuses, que ce soit chez les bouddhistes, les hindouistes, les chrétiens, les juifs, les musulmans, le jeûne fait partie de toutes nos traditions culturelles.

Il y a quelque chose de l’ordre, d’une forme de vérité universelle dans le fait de se consacrer au moins une fois dans l’année à rien d’autre qu’à la contemplation et la méditation.

Accorder plus d’importance à la spiritualité

J’aime beaucoup ce que tu dis, Ludovic, lorsque tu parles du monde actuel dans lequel que l’on vit, parce qu’on nous incite à aller à la destination, de penser qu’à la destination, le résultat. Mais on parle peu et on ne réfléchit pas assez sur ce cheminement.

Un peu comme un pèlerinage, on dit il faut se rendre à telle ville. Mais il y a tout le cheminement qui se fait, l’expérience qui conduit vers la célébration est souvent oubliée ou réduit à quelques trucs un peu réducteurs.

Le Carême chez les chrétiens, les gens parlent de privation. Ici, on entend beaucoup, je ne mangerai pas de chocolat, je vais arrêter de fumer, je ne prendrai pas d’alcool.

Mais le pourquoi que l’on fait ça parce que le but ultime c’est de se préparer à cette grande célébration de Pâques pour les chrétiens et parfois je leur dis au lieu de se priver de quelque chose peut-être vous pouvez ajouter quelque chose vous pouvez ajouter plus de lecture de la Bible vous pouvez être plus généreux parce que le but c’est de se préparer.

Essayer de renouveler les pratiques spirituelles

Alors là, vous êtes en train de me mettre un peu une claque tous les deux, parce que c’est vrai que la façon dont j’ai abordé Carême ces dernières années, j’ai réfléchi à ce qui était de l’ordre de l’addiction pour moi, et c’était beaucoup le sucre. Et j’ai essayé de contempler un peu, de regarder mon lien au sucre, mon addiction, et de baisser sa consommation.

Donc finalement, dans ce que vous dites, moi j’entends que j’étais plutôt dans le fait de me priver de quelque chose plutôt que de rajouter quelque chose.

Et je me demande maintenant comment aborder ça différemment. Et peut-être qu’on est assez nombreux à chercher à renouveler nos pratiques autour de ces mois qui sont, comme tu l’as dit Stéphane, un peu aussi comme des mois de pèlerinage, intérieur, extérieur.

Comment renouveler les pratiques? Comment aussi les faire résonner avec notre vie quotidienne?

Parce que tu vois, Ludovic, comme toi, tu travailles énormément tout le reste de l’année. Pendant un mois, tu vas moins travailler. Je sais très bien que tu ne vas pas arrêter de travailler parce que je te connais depuis dix ans maintenant. Mais tu vas avoir le sentiment que tu travailles moins qu’avant.

Mais il y a des gens qui sont à charge de famille, avec des enfants en bas âge ou quoi, qui ne peuvent pas vraiment se poser. Et qu’est-ce qu’on fait dans ce cas-là? Comment est-ce que vous, du coup, vous arriveriez à un peu conseiller les gens de pouvoir prendre un temps pour eux, de préparation?

Une lanterne allumée dans le désert, symbole de spiritualité et de Ramadan.
* Photo de Jeremy Bishop, unsplash.com. Utilisée avec permission.

Comprendre le sens de la pratique spirituelle

C’est une très bonne question parce que c’est un privilège de pouvoir choisir la période de l’année où on va se consacrer au spirituel.

Et j’aime bien l’idée effectivement que, comme on disait tout à l’heure, il ne s’agit pas tant de privation mais que de temps supplémentaire pour être en mesure de se consacrer à des pratiques de manière plus intensive, plus introspective, plus spirituelle que le reste de l’année.

Et ça, je pense que tout le monde peut le faire.

Après, voilà, moi je conseille toujours aux gens de faire ce qu’ils peuvent. Il y a des gens, je vois, ils travaillent très tôt le matin ou très tard le soir.

Là, cette année, ça va mieux, mais il y a quelques années, Ramadan, c’était durant l’été et c’était invivable pour beaucoup de gens qui vivent dans les pays du Nord, qui avaient des rythmes de fous, qui avaient cinq ou six heures à peine pour manger la nuit et le reste du temps, hop, ils repartaient au travail.

Pour moi, ce n’est pas de la spiritualité, c’est une contrainte, c’est dogmatique, c’est subir une tradition et je conseillais aux gens, comme c’était le cas il y a plusieurs siècles en Arabie, quand cette tradition est née chez les musulmans, qu’ils se sont approprié cette tradition du jeûne une fois dans l’année qui existait chez d’autres communautés religieuses.

Ils ne faisaient pas le jeûne pendant plus de 20 heures, parce que le climat n’était pas le même, les saisons n’étaient pas les mêmes.

Donc il faut se dire que c’est symbolique, que ça donne du temps pendant la journée, mais qu’il ne faut pas rallonger un jeûne au-delà d’une certaine limite du raisonnable.

Donc rompre le jeûne à 22 ou 23 heures, comme j’ai vu certaines personnes le faire, et ensuite à 3h30 ou à 4h00 reprendre le jeûne, ce n’est pas sain.

Je parlais de ma mère tout à l’heure, je lui conseille, moi toujours, parce qu’elle a des problèmes rénaux depuis des années, il y a quelques années, elle a failli tomber dans le coma à cause de ses calculs rénaux.

Je lui ai dit mais c’est impossible, tu ne peux pas faire Ramadan, il faut que tu arrêtes.

Donc cette année-là, elle a accepté et donc j’allais régulièrement, je passais la nuit avec elle et le matin, je lui donnais un verre de jus d’orange et des biscuits. Je lui ai dit tu manges devant moi. C’est un des trucs qui passe Ramadan aujourd’hui.

Voilà, donc il y a aussi un attachement qui est vraiment touchant, surtout des personnes âgées dans nos communautés musulmanes, à cette tradition qu’ils ont toujours pratiquée.

Et donc de se dire, mon Dieu, je ne vais pas pouvoir faire Ramadan parce que je n’ai plus la santé aujourd’hui, ben oui, malheureusement, tu feras autre chose.

Tu prieras plus, tu liras le Coran, tu prendras ton chapelet plus souvent dans la journée.

Voilà, mais l’idée derrière, c’est toujours ce qu’on appelle en arabe le bien-être des communautés et des individus qui les composent. Et donc ce bien-être, il faut le cultiver avec des pratiques qui sont utiles, mais ce n’est pas la pratique en soi qui fait la spiritualité.

Ce n’est pas le jeûne, le fait de ne pas manger, de ne pas boire pendant plusieurs heures, qui suffit à être spirituel.

Parce que je vais vous dire, les gens qui sont imbuvables pendant Ramadan, qui sont énervés toute la journée, qui passent leur temps à se crier dessus, à se tabasser dans la rue pour une histoire de feux rouges, de priorités, de machins.

Mais j’ai vu ça toute mon enfance et mon adolescence en Algérie.

Donc franchement, si c’est ça Ramadan, mon grand, va manger. Parce que ce n’est pas Ramadan, clairement.

Mettre l’importance sur le bien-être

C’est vraiment beau que tu dises ça, Ludovic, parce que notre épisode précédent, on s’est posé la question, mais pourquoi il y a certains chrétiens et chrétiennes qui ont tel problème avec le yoga, le qigong, les huiles essentielles, tous ces trucs-là.

Et on en est venu, Stéphane et moi, à se dire qu’en fait, c’est parce que souvent dans nos communautés chrétiennes, tout simplement, on n’était pas très fort avec le bien-être, justement.

Et on voyait les gens se tourner massivement vers des pratiques qu’on appelle New Age ou je-sais-pas quoi. On aime bien coller des étiquettes aux autres.

Mais en fait, ce que cherchent les personnes, c’est du bien-être. Et c’est quand même fou qu’on ait ce problème, en tout cas en monothéisme, puisque je vois que c’est un peu partagé aussi dans les courants musulmans que tu connais.

On a ce problème avec le bien-être et on se demande, Stéphane et moi, comment proposer des chemins qui permettent aux gens de s’autoriser ce bien-être au nom de la foi?

La spiritualité pour le bien-être collectif

Et il y a le bien-être personnel et, comme tu as dit Ludovic, il y a le bien-être collectif aussi. Parce que certaines personnes vont dire, moi je fais ma pratique religieuse, c’est mon âme, c’est ma personne. Mon voisin crève de faim. Je m’en fous, moi je vais être justifié devant mon Dieu.

Je suis conscient que j’appartiens à une église qui carbure à la justice sociale, mais s’assurer aussi que son frère, sa sœur, son voisin être quoi à manger ou à tout ce qu’il, elle ou il faut, ça coûte parfois rien.

Donner un coup de main, rendre service, ça prend quoi, 30 secondes maximum et on n’a même pas besoin de dire, oh, en passant, je suis chrétien et je fais une bonne action pour toi. Non, pas besoin de faire ça. On aide, ça coûte rien.

Et c’est le tissu social qui s’en retrouve amélioré. Ce sont les conditions de vie peut-être des plus vulnérables qui s’en retrouvent améliorés.

Donc, il y a, pour utiliser une expression chrétienne, il y a un salut personnel, mais il y a un salut collectif aussi à essayer de rechercher.

On parle souvent du peuple de Dieu, mais justement, on ne parle pas des individus de Dieu, on parle du peuple. Il y a une notion collective dans tout ça.

Moi, j’aimerais bien te demander, Ludovic, je me permets un peu de parler de ta vie personnelle. J’espère que c’est correct. Sinon, on coupera au montage.

Je me demande un petit peu, toi, du fait que tu sois coordinateur d’un foyer de migrants et peut-être de migrantes aussi à Marseille.

Comment est-ce que tu arrives justement à encourager le vivre ensemble, qu’il soit à la fois ancré dans le respect des spiritualités des uns des autres, mais aussi dans le bien-être.

Comment est-ce que tu arrives en tant que coordinateur, responsable un peu de la maison, à conjuguer tes besoins et les besoins des autres?

Et est-ce que ta foi joue aussi là-dedans? Est-ce que c’est finalement le moteur de tout ça? Parce que moi, j’ai visité cet endroit, et c’est un endroit qui, avec très peu, fait beaucoup.

Un institut pour les personnes queer

Oui, oui, alors c’est vrai que c’était un projet un peu fou. Même moi qui ai fait des trucs un peu très queer, on va dire, très borderline ces 15 dernières années, je me disais, mais là, vraiment, est-ce que ça va marcher? Et donc, on a créé cet institut en 2015 à Marseille.

Et c’était dans une période vraiment difficile parce qu’il y avait les vacances en France, parce qu’il y avait une augmentation du racisme, de l’islamophobie à cette période.

Et donc on s’est dit, il faut vraiment investir sur l’accueil et la formation.

Il faut armer ces gens qui font partie de nos communautés pour qu’ils puissent se construire de manière équilibrée et ensuite être des acteurs du vivre ensemble et de l’inclusivité et de l’intersectionnalité, du dialogue inter-religieux, inter-LGBT, inter-tout ce qu’ils veulent.

Parce que de l’autre côté, en fait, ça rigole plus du tout et c’est en train de virer à limite la guerre civile. Donc voilà, on s’est engagé là-dessus.

Aujourd’hui, on a eu raison de le faire, mais très honnêtement, même moi, je me disais si ça ne marche pas, on fera autrement.

Mais c’est vrai qu’à l’Institut, on travaille beaucoup sur la recherche, la publication, la formation et donc l’accueil, notamment de migrants LGBT et surtout des gens d’Afrique subsaharienne qui viennent chercher refuge, asile en France, en Europe, en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre.

Donc tout le monde est bienvenu, mais c’est surtout ces gens-là dont personne ne s’occupe qu’on privilégie en termes d’accès au petit refuge là où on a cinq lits à disposition.

Et puis on a une petite salle de formation et un bureau à l’étage où on peut travailler sur des bouquins, des articles, etc. Donc c’est vrai que ça se développe plutôt très bien, mais c’était pas du tout gagné d’avance.

Et je me faisais la réflexion encore avant de commencer l’interview, il y a une heure… Je me disais mais quand même, c’était un pari fou. Et il y a une nouvelle année qui s’ouvre. Et chaque année je me dis mais ce n’est pas possible on ne tiendra pas. On ne pourra pas faire plus.

L’idée ce n’est pas toujours de faire plus, mais il ne faut quand même pas se jeter des lauriers et dire c’est trop bien; on a fait trop bien des choses et on peut s’arrêter maintenant parce que malheureusement il y a plein de boulot et c’est qu’une toute petite goutte d’eau.

Mais c’est vrai que chaque année je me dis mon dieu mais merci pour toutes tes bienfaits c’est juste incroyable.

Une spiritualité pour changer le monde

Dans mon contexte, en Amérique du Nord, il y a cette perception que les gens de foi critiquent, condamnent et même se retirent du monde, de la société qui les entoure.

Et dans des ministères comme le tien Ludovic, comme plein de ministères qui nous entourent, de voir des gens qui au contraire disent « Je vais m’investir dans ce monde qui est imparfait, qui est brisé, où il y a de l’abus, et de dire au nom de ma foi, je vais faire quelque chose, je vais essayer d’améliorer à petite échelle la vie des gens. »

Je crois qu’on n’en parle pas suffisamment de cette réalité.

Oui, et c’est Jésus, payez bénédiction sur lui, qui dit dans la Bible, les pauvres vous en aurez toujours.

Bravo ! Ludovic, tu es bluffant toi, vraiment. Merci.

Lutter contre les inégalités

Et est-ce que le rapport à la pauvreté, aux inégalités sociales, c’est quelque chose de secondaire? Donc c’est un truc, il faut faire un peu le dimanche ses bonnes œuvres ? Ou le vendredi pour les musulmans? Ou est-ce que c’est quelque chose qui doit être central, en fait, dans notre représentation du religieux?

Est-ce que le religieux, c’est là pour lutter contre les inégalités et donc créer une société plus juste? Ou est-ce que c’est juste quelque chose qui nous permet de nous sentir bien, nous rassurer, comme disent beaucoup d’athées?

J’ai un ami, quand il est bien, il est très croyant, comme une vieille dame. Et dès qu’il n’est pas bien, il passe son temps à insulter la religion, à nous dire que ça ne sert à rien et que c’est pour se rassurer.

Je lui dis oui, ça peut être pour se rassurer, mais comme toute forme de représentation du monde, y compris l’athéisme. Mais je ne pense pas que moi, je m’en sers dans mon quotidien pour évoluer dans ce sens-là.

Je n’ai pas besoin d’être rassuré. J’ai besoin de donner du sens à ce que je fais, à ce que je vis. Ça oui, ça c’est clair.

Que sans philosophie de vie, sans background comme ça, comment on appelle ça, sa colonne vertébrale spirituelle, je ne pourrais pas imaginer ma vie.

J’ai essayé pendant quelques années parce que la seule représentation que j’avais du religieux en débarquant d’Algérie après la guerre civile, ici à Marseille, c’était une représentation fasciste et patriarcale.

Enfin, après, j’ai compris que ce n’était pas ça la religion. En tout cas, ce n’est pas la seule représentation du religieux. C’est aussi la religion, malheureusement.

La religion, c’est tous les religieux. Donc l’islam, c’est aussi malheureusement, à certains moments, du fascisme, du patriarcat, du terrorisme.

Mais il est hors de question que ça ne soit que ça. Il ne faut pas abandonner le terrain à ces gens-là.

Et le religieux, ce n’est pas que de l’élitisme et du cléricalisme et du dogmatisme. Ça peut être quelque chose de très inclusif, de très vivant, de très au service, en fait, des gens qui en ont le plus besoin.

La différence entre connaître et vivre la spiritualité

Je dis parfois, et certaines de mes collègues détestent, une personne qui ne se présente jamais au temple, à l’église, à des lieux de culte, mais qui vit les principes religieux, c’est peut-être aussi bon, voire meilleur, parce que c’est incarné tous les jours de la vie, tous les jours de la semaine, au lieu d’une heure, 90 minutes par semaine.

Petite anecdote que je tiens de ma grand-mère, paix à son âme, du côté de mon père, qui était un peu mystique, qui a toujours été spirituel, qui s’était fait beaucoup critiquer dans sa jeunesse par rapport à tout ça, enfin bref. Et qui était très versé dans le sophisme, le mysticisme, qui m’a appris pas mal de choses, mais que j’ai compris que plus tard.

Et elle me racontait cette histoire d’une certaine Fatima, qui vivait sur une île déserte, qu’il ne faisait pas grand chose de ses journées à part manger, dormir et dire « Dieu me connais, tu me connais Fatima et moi je te connais, je pense à toi, oh mon Dieu je pense à toi » tous les jours.

Et un jour il y a un bateau de voyageurs musulmans qui s’est échoué sur cette île et puis bon voilà, ils prennent le temps de réparer leur bateau, ils font connaissance avec cette certaine Fatima et elle les voit à un moment prier.

Donc elle se dit, ah ben c’est merveilleux, il faut absolument que vous m’appreniez à prier parce que moi je ne sais rien dire à part je t’aime mon Dieu, je pense à toi.

Et donc ils lui apprennent à prier. Ils réparent leur bateau. Vient le matin où ils s’en vont. Et elle les voit au loin, elle leur dit au revoir et tout à coup elle se dit, mince, j’ai oublié comment prier. Ah là là, j’ai tout oublié, vite il faut que je leur coure après.

Et elle se met à courir sur le sable et ensuite à courir sur l’eau. Et donc ils la regardent avec des yeux ébahis et lui dit non, non, mais en fait tu n’as pas besoin d’apprendre à prier, ce que tu fais ça marche très bien. Retourne vivre ta vie, peut-être que tu sais la vivre.

Donc ce ne sont que des outils. Toutes les religions mènent à Dieu, aucune religion n’est Dieu. C’est ce que disait la mystique indienne du 20e siècle, Ramakrishna.

Conclusion

En vous écoutant, je me sens vraiment entourée de deux frères qui ont à cœur ces paroles de Jésus, mais aussi d’autres prophètes, comme le prophète Mohamed, j’imagine, qui aussi, à sa façon, a voulu apporter du bon et du meilleur au monde. Et ça m’a fait du bien de vous écouter.

Et puis alors, du coup, je vais un petit peu me remettre en question pour ce temps de carême et voir ce que je peux rajouter au lieu d’ôter. En tout cas, c’était une belle conversation et ça m’aide, moi, à rentrer dans ce temps de carême.

Et c’est ainsi que se termine cet épisode. On tient à remercier encore une fois notre commanditaire, l’Église Unie du Canada.

Peu importe la plateforme sur laquelle vous nous écoutez, n’oubliez pas d’aimer, de partager, de laisser un commentaire.

Écrivez-nous questiondecroire@gmail.com. Vous avez des questions, des suggestions, des personnes que vous croyez que nous devrions rencontrer.

On est là. Merci beaucoup, Joan. Merci beaucoup, Ludovic, pour cette conversation malheureusement trop courte. Ah oui. Merci à vous deux. C’était très fraternel sur oral, effectivement. À bientôt. Salam.

Stéphane Vermette

Rév. Stéphane Vermette

Pasteur de paroisse à Admaston, Kanata (Ont.), Quyon (Québec) et Église Unie Sainte-Claire (exclusivement sur internet). Coordinateur des communications et du développement en français de l’Église Unie du Canada. Depuis plus de 10 ans, il exerce un ministère numérique sur les médias sociaux (Facebook, Instagram, TikTok, YouTube, BluesSky) pour apporter une foi progressiste en français sur internet.

Joan Charras-Sancho

Joan Charras-Sancho

Joan Charras-Sancho est docteure en théologie protestante et pasteure. Active dans le canton de Vaud, elle accompagne les personnes migrantes et les communautés queers. Collaboratrice aux livres « Une bible des femmes » (2018), « Une Bible, des hommes » (2021). Son ministère cherche à créer des espaces d’écoute, de dignité et d’espérance pour chacun·e.

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