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Est-ce que l’Église doit être sur le web?

3 mai 2023
Stéphane Vermette

Stéphane Vermette

  • Foi - Pluralité religieuse
  • Pasteur-Prêtre
  • podcast
  • Religion(s)

La pandémie a forcé les Églises à fermer leurs bâtiments et à se tourner vers le web. Qu’avons-nous appris de cette expérience?

Dans cet épisode, Joan et Stéphane reçoivent la pasteure Marie-Pierre Cournot du ministère virtuel: e-glise.fr, sur le web. Ensemble, ils racontent comment la pandémie a créé une grande transformation dans la vie des Églises. Ils expliquent que la technologie permet de rejoindre les gens qui ne peuvent pas assister aux activités religieuses. Ils affirment que le ministère sur web est un vrai ministère.

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Marie-Pierre: www.e-glise.fr

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* Musique de Lesfm, pixabay.com

* Photo de Andrew Neel, unsplash.com. Utilisée avec permission.

Transcription:

Bonjour, bienvenue à Question de croire, un podcast qui explore la foi et la spiritualité une question à la fois. Cette semaine, est-ce que l’Église doit être sur le web?

Bonjour Stéphane, bonjour Marie-Pierre. Bonjour et oui, on a une invitée spéciale aujourd’hui. On déroule le tapis rouge pour Marie-Pierre. Alors Marie-Pierre, qui es-tu?

Eh bien, je suis une pasteure de l’Église protestante unie de France. Je travaille dans une paroisse à Paris qui s’appelle Montparnasse-Plaisance.

Et puis à côté de ça, eh bien, je fais aussi partie d’un nouveau super projet qui s’appelle l’e-glise. C’est e-glise.fr, qui est le projet d’une paroisse sur le web. Et c’est comme ça, Stéphane, qu’on s’est rencontrés.

Eh oui, je crois que c’est super pertinent pour notre thème d’aujourd’hui. Joan, qu’est-ce que tu en penses?

Lorsque l’Église commente les matchs de foot sur le web

Alors moi j’en pense que l’église doit être sur le web et bravo Marie-Pierre et bien sûr bravo Stéphane. Mais attention, attention les amis parce que moi j’ai une anecdote très drôle à vous raconter.

On avait l’un de nos responsables, un pasteur, quelqu’un que je salue là évidemment, qui était responsable de la communication et qui s’est lancé sur Twitter au nom de l’institution pour laquelle je travaillais.

Et je pense que c’était bien quelqu’un se lance sur Twitter. Simplement, au bout de quelques semaines, j’ai une amie à moi qui se reconnaîtra et qui m’a écrit un petit mot pour me dire « c’est marrant cette nouvelle ligne de communication de l’UEPAL. »

Je lui dis « ben pourquoi, c’est sympa, c’est bien d’être sur Twitter ».

Elle me dit « oui, mais pourquoi est-ce que vous commentez tous les matchs de foot du championnat? »

Et c’est là que j’ai compris qu’en fait, il se trompait de compte Twitter.

L’absence de formation sur la technologie

C’est vrai que je n’ai pas eu vraiment de formation De ce côté, on a appris la théologie, on a appris le grec et l’hébreu ancien.

Il n’y a pas de formation continue sur comment utiliser la technologie actuelle pour rejoindre les gens.

Et je trouve ça quand même un peu bizarre parce qu’en Amérique du Nord, une étude récente a démontré que les gens passent en moyenne quatre heures sur leur téléphone par jour. Et ça, c’est une moyenne. Il y en a qui n’ont pas de téléphone, il y en a qui vivent sur leur téléphone.

Et pour moi, on parle d’être présent où sont les gens. On parle de rejoindre les gens. Mais les gens sont là sur leur téléphone et on semble oublier ça, j’ai de la difficulté à comprendre.

Ça me pose beaucoup de questions.

Moi, je n’ai pas eu de cours non plus. Et je pense qu’il y a deux raisons. D’abord, c’est parce qu’on imagine que les gens savent faire. Ça fait partie de la vie courante.

Et aussi parce que, en tout cas en France, il me semble que dans l’institution ecclésiale dans laquelle je suis, il n’y a pas de vraie prise en compte du fait qu’il y a une très grande priorité à avoir pour ce genre de médias.

Et donc ça reste, si vous avez envie et si vous avez faire, vous avez qu’à le faire.

Les changements provoqués par la pandémie

Moi, j’ai vu un grand réveil avec le début de la pandémie parce qu’on a été obligé de sortir de nos zones de confort. Parce que la technologie existait pour aussi performante qu’aujourd’hui, mais il y a trois ans, les logiciels de streaming, Zoom et tout ça existait.

Mais il y avait toutes sortes de, ce que j’appelle, de mauvaises raisons pour ne pas le faire.

Ah, les personnes âgées ne connaissent pas la technologie, c’est compliqué.

Et là, il y a eu le confinement. Et en deux semaines, tout le monde s’est servi.

Moi, je connaissais des personnes qui avaient 90 ans, ont sorti leur iPad et se sont connectés. Et ce qu’on a découvert avec ces communautés en ligne, avec l’utilisation de la technologie, on s’est mis à revoir des gens qui, pour plusieurs raisons, n’étaient pas capables de se présenter physiquement au bâtiment d’Église.

Ici au Canada, on a l’hiver aussi, ce qui est un enjeu pour certaines personnes. La neige, la glace, c’est tout un univers de possibilités que c’est offert à nous.

Une ouverture de possibilité

Moi, de ce que je comprends et de ce que j’ai entendu aussi, c’était, du côté réformé, une idée très fermée autour de la discrétion médiatique. Voilà, il ne faut pas trop se faire remarquer. On a toujours vécu, revécu, caché.

En plus, c’est les évangéliques qui font du témoignage. Nous, les gens nous trouvent, parce que nos prédicateurs et prédicatrices ne sont pas particulièrement doués, qu’on a un lieu non sectaire, enfin voilà, des espèces d’auto-projections.

Et puis du côté luthérien, enfin moi maintenant je parle de l’Alsace, il y a un côté très rural qui fait que la plupart des pasteurs disaient mais les gens savent où me trouver en fait. On n’a pas tellement besoin d’être visible puisque on a un petit territoire et que les gens savent où nous trouver.

Et c’est vraiment très cool que la pandémie ait rebattu les cartes et ça a permis aussi de revisiter un peu toute cette question élullienne (de Jacques Ellul) autour de la technique.

On venait en disant, oui mais alors attention parce qu’il ne faut pas, il y a les limites de la technicité, puis après les pasteurs vont être encore plus esclaves d’un tas de logiciels.

Je me sens pas du tout esclave moi. Je me sens plutôt dans une dynamique d’empowerment. C’est-à-dire qu’au contraire, ça me donne des possibilités.

Comme tu disais Stéphane, ça ouvre un champ de possibilités qu’on n’a pas si on n’utilise pas ça. Et en vous entendant, moi je me disais qu’au moment du Covid et où on a commencé à mettre tout ça en place, moi j’entendais deux freins autour de moi, le fait que les personnes âgées n’y arriveront pas.

Et qu’évidemment, on a essentiellement des personnes âgées dans nos paroisses. Alors moi ce que je peux dire, c’est que mes personnes âgées, elles y sont parfaitement arrivées.

D’abord, la plupart le faisaient déjà pour parler avec leurs petits-enfants. Et celles qui ne le faisaient pas, elles ont été hyper contentes de l’apprendre pour du coup pouvoir parler à leurs petits-enfants.

On a mis en place des petites équipes informatiques. Au début, c’était moi. J’allais chez les gens. Je leur expliquais comment ça fonctionne. Franchement, la plupart des gens y sont arrivés.

Et le deuxième argument que j’ai beaucoup entendu et qu’on entend toujours dans le cadre de l’Église, c’est ça ne sera pas un vrai culte.

Le ministère doit-il se faire seulement en personne?

Alors ça, c’est vraiment génial, cet argument-là. Ça ne sera pas un vrai culte. Oui, alors, rappelez-moi, c’est quoi un vrai culte?

Moi, j’ai déjà entendu, c’est un culte où on peut se toucher. Je dis, ah bon, mais dans mes cultes, moi, les gens, ils ne se touchent pas.

Ça me fait penser à une blague qu’il y avait en Suisse, comme vous savez que je suis en ministère en Suisse, qui disait, ça y est, les Suisses sont rassurées, les règles de distanciation sociale de 5 mètres sont tombées, on va pouvoir repasser à celles de 10 mètres.

Mais c’est un très bon point que tu amènes, Marie-Pierre, que le ministère, pour certains, doit se faire en personne. Et dès qu’on utilise le mot virtuel ou numérique, ça ne fonctionne pas.

Et pourtant, lorsqu’on est sur Zoom, Durant un culte, on se voit les yeux dans les yeux. Dans une église, quand on est un paroissien ou une paroissienne, ce qu’on voit, c’est le derrière de la tête de la personne devant nous.

Là, on se voit et certaines personnes disent que c’est quasiment plus intimidant, mais beaucoup plus intime.

Pourquoi ça ne serait pas du vrai ministère? Et j’ai entendu aussi ce commentaire-là.

Le but, maintenant que la pandémie est presque terminée, faut ramener les gens dans les bâtiments d’église coûte que coûte. In ne faut pas qu’ils assistent à nos célébrations et nos activités depuis leur lit, depuis leur canapé. Mais pourquoi pas?

Le but, ce n’est pas d’être là, d’approfondir sa foi, de vivre une expérience où le but c’est se toucher.

Non merci!

Accompagner les personnes sur le web

Moi, j’ai deux trucs à dire. Le premier truc, c’est que ça fait une quinzaine d’années, je dis bien une quinzaine d’années, que je fais une pastorale sur le web, c’est-à-dire beaucoup d’accompagnements de personnes par messagerie.

Au départ, c’était tout simple. Mon mari était pasteur au fin fond d’une vallée vaugienne.

J’avais trois enfants en bas âge et il y a des soirs où je m’ennuyais, mais vraiment comme un rat mort.

Et il y avait Messenger et plein de gens qui me disaient « Ah tu fais un doctorat en théologie, ton mari est pasteur, j’ai des questions et tout ».

Et j’ai commencé par là parce que pour de vrai, moi ça me donnait l’impression d’avoir une place, un rôle aussi et je n’avais pas beaucoup d’autres options vu mes contraintes.

Et progressivement, le bouche à oreille, une chose, une autre, l’antenne inclusive à Strasbourg, tout ça, ça s’est prolongé. Et ce sont des façons d’accompagner, d’accueillir la parole des gens que j’utilise maintenant dans mon ministère plus classique à Zurich.

Par exemple, pour toutes les préparations avec les membres de la chorale, on se fait beaucoup de WhatsApp, on se laisse des messages. Mais c’est bien comme ça, en fait, parce que les gens, effectivement, ils te parlent quand ils peuvent, ils écoutent tes réponses quand ils peuvent.

Des fois, c’est deux, trois jours après et ils avancent. Et puis, des fois, c’est des questions pratiques, des fois, c’est des questions spirituelles.

J’ai des membres qui me demandent de leur laisser des prières aussi. Des prières qu’ils peuvent écouter avant de s’endormir.

Il y a des endroits où je lis des textes bibliques et les gens les écoutent.

Il y a tout un ministère, si on aime ça, d’accompagnement.

Et effectivement, les gens, ils se baladent avec. D’ailleurs, c’est comme ça que s’appelle notre podcast, c’est un balado.

Et la deuxième chose, c’est autour de la Sainte-Cène. Ça c’est quelque chose qui m’a frappée pendant la pandémie, c’est que les réformés, d’un seul coup, ça devenait gênant que les gens prennent la Sainte-Cène chez eux, sans intervention hiérarchique.

Le web qui fait tomber les frontières

Je n’ai vraiment pas compris où était la résistance et ça reste pour moi une question de pouvoir. Et effectivement, une des forces du web, c’est qu’il n’y a plus autant d’échelle de pouvoir, de hiérarchie.

Le web, c’est le partage. Et c’est la place publique et c’est tout le monde qui est mis au même niveau.

D’ailleurs, la plupart des gens qui m’interpellent, ils me vouvoient, c’est vrai, mais des fois, en très peu de temps, ils deviennent hyper intimes avec moi, beaucoup plus que s’ils venaient dans ma paroisse physique où ils mettraient peut-être trois ans à me parler de leurs problèmes. Et donc, du coup, moi, je trouve que c’est un peu l’inverse, quoi.

C’est que le web, ça fait tomber un tas de frontières et ça nous met au même niveau.

Et puis, il faut peut-être parler d’argent. Parce que quand on dit aux gens, viens dans mon Église, tu mets ton petit panier là, que tu fais circuler pendant que tout le monde se regarde, et t’es peut-être un peu plus sûr d’obtenir ton 2, 5 ou ton 10 euros.

Sur le web, ils donnent ou ils ne donnent pas.

En fait, ce moment d’argent, il faut le mettre en scène différemment de ce qu’on fait dans un temple. Mais si on arrive à trouver un espèce de scénario qui fonctionne, c’est plus un problème.

La tentation de reproduire les modèles existant sur le web

Je trouve que tu touches un très bon point, Marie-Pierre, lorsqu’on essaie de faire du ministère en ligne, souvent le premier réflexe est de reproduire exactement ce qu’on fait dans nos temples, dans nos églises.

Et je pense que c’est une erreur parce que le média n’est pas pareil. Sur le web, on a une culture d’interactivité.

Sur Facebook ou sur tous les autres médias sociaux, on écrit quelque chose, les amis répondent, on a une conversation.

Et c’est peut-être aussi ça qui est déstabilisant pour plusieurs personnes. Parce que traditionnellement, dans nos églises, on a une personne qui parle en avant. Mais d’adopter cette culture du web, où c’est plus interactif, où les gens partagent, où on accepte de perdre un peu le contrôle, de partager ce pouvoir, c’est très difficile.

Le web offre de nouvelles possibilités

Moi, je trouve ça aussi très cool, le concept de regarder le culte en pyjama. Franchement, il y a le nombre incroyable de messages qu’on a reçus pour notre chaîne YouTube sous les platanes, placement de produits. Voilà, hop, je l’ai fait.

Nos paroissiens, ils disaient oui, alors nous, le dimanche, on se levait un peu plus tard que d’ordinaire.

On reste en pyjama, on se prépare la table du petit déjeuner et puis on regardait le culte.

Alors, évidemment, les 2, 3 premiers cultes, on les a fait un peu en famille. Et très rapidement, tous les âges, plus jeunes, plus vieux, on dit, et nous, alors, nous aussi, on peut faire quelque chose.

Amaury fait du montage. Alors, hop, Amaury, il a fait comme tu as dit, Marie-Pierre, il a fait des petits tutos.

Il y a des gens qui prenaient des boîtes de mouchoirs et tout, qui mettaient dedans leur téléphone, qui nous envoyaient la photo à mourir de rire.

Et progressivement, il a commencé à monter des cultes où tout le monde participait.

Et du coup, ils avaient du plaisir, les gens. Ils disaient « Oh, mais elle va bien, Madame Schmitt ! Oh, c’est super de voir sa petite vidéo parce qu’on a su que son mari était malade et tout. »

Et ça a créé du lien, mais de fou, quoi. Et d’ailleurs, finalement, l’année ne s’est pas tellement mal terminée, je crois, économiquement, même si moi, je suis juste femme de pasteur ici. Mais franchement, ça a bien fonctionné.

Donc effectivement, ça dépend comment est-ce qu’on voit les choses. On peut aussi inclure les gens et tous les âges et les faire participer à des cultes de différentes façons. Zoom, montage.

On peut aussi, des fois, laisser des laïcs préparer un culte zoom. Finalement, des fois, il y a des familles où il y a des dons, des charismes.

Mais c’est vrai que du coup, ça dépossède un peu les pasteurs. Et nous, on a eu un gros débat dans l’UEPAL. C’était très cool. Bon, ça ne s’est peut-être pas hyper bien passé pour tout le monde, mais on a été encouragé à écrire des textes sur comment est-ce qu’on vivait le confinement.

Il y a une collègue qui a dit qu’elle en a profité pour dormir, se reposer, qu’elle n’a plus rien fait. Ça tombait bien, elle était un peu en burn-out. Elle a fait plein de lectures. Elle était cool, relax. En plus, elle est mère célibataire, donc ça tombait bien.

Elle a remarqué qu’il y en a beaucoup qui s’agitent et qui ont l’air de vouloir prouver quelque chose, alors que dans la vie, il faut être dans la non-puissance et tout.

Et là, elle est allée un chouïa trop loin. Parce que, en fait, toi, c’est ton option. Elle est bonne pour toi. Mais c’est super. On est une Église. On est nombreux et nombreuses.

Il y en a qui peuvent prendre le relais sur le web pendant que d’autres se reposent parce qu’ils ont d’autres trucs à charge.

C’est cool. Il n’y a pas de problème. Mais ce n’est pas la peine de créer une espèce de comparaison pour dire que toi, tu es sage, tu réfléchis et tu médites tes écritures pendant que nous, on s’agite à faire des vidéos.

Dans une Église, ce qui est bien, c’est quand chacun, chacune développe ses charismes et encourage les autres aussi.

La jalousie de ceux et celles qui ne sont pas sur le web

Tu touches à quelque chose qui m’a rejoint, et peut-être d’autres de nos collègues, cette espèce de jalousie malsaine.

Comme tu as dit, Joan, on a tous et toutes des charismes, des dons, une expérience de vie, une formation, ainsi de suite. On est tous et toutes différents et différentes.

Mais lorsqu’on sort un peu du lot, lorsqu’on essaie de faire des choses un peu différentes, il y a toujours ces petits commentaires, ces petites remarques, en Europe, vous dites des vannes, de la part de collègues.

Parfois, c’est des blagues bienveillantes, mais des fois, on sent que non. Il y a une jalousie. On essaie de nous faire croire qu’on est là pour notre égo, on est là pour mousser notre personnalité et non pas nos Églises.

Et on essaie d’expliquer. C’est du ministère qu’on filme. Il y a plein de façons de faire le ministère. Est-ce qu’il y en a vraiment une façon meilleure que les autres? Non. C’est juste du ministère, c’est pour l’Église de Dieu sur Terre.

Mais il y a toujours ce côté-là de vouloir contrôler, de ramener tout ça dans les cadres de l’institution historique et tout ça.

Au lieu de dire, on utilise la technologie à notre disposition et de dire, ben Paul, lui, Il utilisait la technologie à sa disposition, du papier, une plume, il écrivait. Personne ne semble avoir des problèmes avec ça aujourd’hui.

Pourquoi pas certains, certaines d’entre nous, utilisent la technologie à notre disposition?

Ça ne veut pas dire que tout le monde doit le faire. Ça ne veut pas dire qu’on doit fermer toutes les paroisses physiques, qu’on doit tout fermer nos bâtiments.

Mais pourquoi avoir cette idée que l’Église doit être uniforme?

Moi, je dois dire que ce que ça m’a appris tout ça, c’est que vraiment, ce n’est pas une question d’âge. Je ne suis pas tellement favorable à l’idée que les nouvelles technologies, ça fait une fracture qui est liée à l’âge. Peut-être que si on demandait aux gens de monter eux-mêmes leur culte, ça serait compliqué.

Mais si c’est juste pour regarder et pour participer un peu, on y arrive.

Mais, comme disait Stéphane, il y a des gens qui ne veulent pas. Et ça, les gens qui ne veulent pas, mais ce n’est pas grave. Il faut juste qu’ils acceptent qu’il y a d’autres gens qui veulent bien.

Rejoindre de nouvelles personnes sur le web

Et comme tu disais Stéphane, ce n’est pas parce qu’on développe une Église sur le web qu’on va obliger tous les chrétiens à aller sur une Église numérique et à fermer les temples.

Honnêtement, l’humanité est grande, il y en a pour tout le monde. Dans l’Église, on nous a tellement dit « vous allez vider nos temples ».

D’abord, je pense que les temples s’arrangent très bien pour se vider tout seuls, ils n’ont pas besoin de l’Église.

Pour être sûre de ne pas entendre encore ça, on a fait nos cultes le lundi soir. Il n’y a aucune paroisse qui fait un culte le lundi soir. Et donc voilà, c’est sûr, on ne peut pas nous accuser de rivalité. Ça s’adresse vraiment à un autre public. Et s’ils veulent, les gens peuvent même aller au culte physiquement le dimanche matin.

Mais de toute façon, la question ne se pose pas tellement parce que ce n’est pas le même public.

On essaie nous de nous adresser à un public qui, de toute façon, n’irait pas au temple pour des tas de raisons, parce qu’ils sont trop âgés, qu’ils ne peuvent plus se déplacer, parce qu’ils sont malades, parce que ça les impressionne d’aller dans un endroit où tout le monde se connaît, où il y a des codes, où on chante de la musique qu’ils ne connaissent pas, on récite des prières qu’ils ne connaissent pas.

On voit bien que dans les temples, les gens ont une histoire et un passé commun, et donc quand on arrive et qu’on ne connaît pas, c’est hyper impressionnant.

Le courage de tenter de nouvelles choses

Je comprends tellement bien. Avec l’Église Sainte-Claire, on se rencontre les dimanche soir, justement, à cause de cette idée, ce que j’appelle de voler les brebis des autres paroisses. C’est c’est conduit à une espèce d’idée de gérer le déclin de nos institutions, au lieu de dire on offre plus de services, on va essayer de rejoindre plus de gens.

C’est difficile parce qu’ici, nous, à l’Église Unie du Canada, on est minoritaire, on est fragile, il faut absolument perdre personne.

Donc, il y a toujours ce danger-là dans nos têtes de dire, mais si on multiplie les possibilités, on va perdre des gens.

Non, ce qu’on découvre, c’est qu’il y a des gens qui découvrent l’Église.

Peut-être l’un des problèmes de nos institutions d’Église, c’est qu’elles sont peuplées par des gens pour qui le modèle actuel, le modèle traditionnel fonctionne très bien et ne sont pas capables de comprendre ou de concevoir que quelque chose d’autre est possible.

Et c’est souvent ça pour des gens qui ont des idées, qui essaient de lancer des nouvelles initiatives, de sortir des terrains battus, d’essayer de comprendre, on ne vous enlève rien, on veut juste essayer quelque chose d’autre. Et si ça tombe, au moins on aura essayé.

Je trouve que c’est ça qui est bien avec le ministère sur le web.

On n’a pas besoin de construire des édifices. On n’a pas besoin d’infrastructures lourdes. On a besoin d’un téléphone, d’une caméra, d’un micro. Ce n’est pas beaucoup pour essayer quelque chose de différent.

Conclusion

En tout cas, moi, j’étais bien contente de parler avec vous, chers collègues, chacun, chacune dans son contexte. On a quand même avec nous e-glise de l’EPUDF, donc Paris, moi qui sers entre Zurich et l’Alsace, et puis, bien sûr, notre grand représentant de tout le Canada, toi-même, Stéphane.

Et je pense qu’on est là tous les trois, trois cœurs battants pour l’Évangile et en même temps, malgré notre grand âge, très curieux des nouvelles technologies.

Et donc, on est bien la preuve qu’on peut être déjà un petit peu vieux et super intéressé par le témoignage sur le web. Et d’ailleurs, c’est un appel aux générations qui arrivent.

Venez, challengez-nous, montrez-nous ce qu’on ne fait pas de bon, renvoyez-nous vos questions, vos interpellations.

Nous, on veut juste s’améliorer pour servir l’Église du Christ, qu’elle soit sur le web, qu’elle soit en physique et puis même de plein d’autres façons.

Et n’hésitez pas à nous écrire questiondecroire@gmail.com.

Donnez-nous des suggestions de thématiques, de sujets abordés parce qu’on en reçoit, on apprécie, continuez, ça nous nourrit. On va conclure notre épisode sur cela. On tient à remercier l’Église unie du Canada, notre commanditaire. Naturellement, merci beaucoup, Marie-Pierre.

Merci à vous pour votre super invitation.

Le lien pour l’église e-glise.fr va être dans les commentaires de l’épisode. Je vous invite à cliquer et à découvrir. Peu importe la plateforme que vous utilisez pour nous écouter, n’oubliez pas d’aimer, de vous abonner, de partager avec vos amis afin qu’on puisse rejoindre sur le web plus de gens possible.

À très bientôt. Merci Joan. Merci Marie-Pierre. Merci. Merci à vous.

Stéphane Vermette

Rév. Stéphane Vermette

Pasteur de paroisse à Admaston, Kanata (Ont.), Quyon (Québec) et Église Unie Sainte-Claire (exclusivement sur internet). Coordinateur des communications et du développement en français de l’Église Unie du Canada. Depuis plus de 10 ans, il exerce un ministère numérique sur les médias sociaux (Facebook, Instagram, TikTok, YouTube, BluesSky) pour apporter une foi progressiste en français sur internet.

Joan Charras-Sancho

Joan Charras-Sancho

Joan Charras-Sancho est docteure en théologie protestante et pasteure. Active dans le canton de Vaud, elle accompagne les personnes migrantes et les communautés queers. Collaboratrice aux livres « Une bible des femmes » (2018), « Une Bible, des hommes » (2021). Son ministère cherche à créer des espaces d’écoute, de dignité et d’espérance pour chacun·e.

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