Entrevue avec Éric Hébert-Daly sur Faites du bruit pour Jésus
Stéphane Vermette
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Dans cette entrevue, Éric Hébert-Daly, futur secrétaire général de l’Église Unie du Canada, réfléchit à l’intérêt croissant des jeunes pour la spiritualité à la lumière du documentaire Faites du bruit pour Jésus.
Il plaide pour une foi ouverte, humble et inclusive, critique les interprétations fondamentalistes de la Bible et invite les Églises à répondre aux besoins spirituels contemporains avec authenticité et dialogue.
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Table des matières
Transcription:
Éric Hébert-Daly, le future secretaire général de l’Église Unie
Stéphane Vermette: Bonjour! Je m’appelle Stéphane Vermette et je suis en présence de Éric Hébert-Daly. Éric, pourrais-tu te présenter rapidement pour les gens qui sont à l’écoute?
Éric Hébert-Daly: Oui, absolument. Alors, je m’appelle Éric Hébert-Daly. Je suis pasteur de l’Église Unie et pour l’instant, je suis responsable de trois conseils régionaux de l’Église Unie du Canada et je suis à quelques mois de prendre le rôle de secrétaire général pour l’Église Unie du Canada.
Stéphane Vermette: Pour les gens qui connaissent peut-être un peu moins l’Église Unie ou qui ne sont pas trop sûrs, qu’est-ce qu’un secrétaire général pour une Église comme l’Église Unie?
Éric Hébert-Daly: Le secrétaire général, essentiellement, c’est la personne qui est responsable du fonctionnement de l’Église, d’un bout à l’autre. C’est quelqu’un qui s’assure que tous les aspects démocratiques de l’Église fonctionnent comme il faut, qui s’assure que tous les départements fonctionnent comme il faut, qui travaille étroitement avec la personne qui est élue pour être la personne qui est modératrice de l’Église Unie, pour assurer les communications, pour assurer la gouvernance, toutes ces choses-là.
L’Église Unie est très démocratique. Mon rôle, ce n’est pas de prendre des décisions. Mon rôle, c’est d’accompagner ceux qui prennent des décisions.
Stéphane Vermette: Donc, beaucoup de tâches administratives, si je peux bien comprendre.
Éric Hébert-Daly: Oui, mais il y a aussi un rôle d’être capable d’offrir aussi une vision et un leadership à l’Église qui n’est pas, comme je dis, le rôle de prendre la décision elle-même, mais d’assurer qu’on tient quand même à la vision de l’Église Unie et d’où on veut s’enligner.
Le documentaire Faites du bruit pour Jésus et l’intérêt des jeunes pour la religion
SV: Merci Éric de nous donner un peu de temps aujourd’hui.
Un peu le prétexte de notre conversation, c’est que récemment il y a eu la sortie d’un documentaire qui a fait quand même assez de bruit dans la société québécoise et francophone à travers le Canada. C’est le documentaire Faites du bruit pour Jésus où on suit l’intérêt de jeunes adultes pour l’Église, dans ce cas-ci, l’Église évangélique de sauce, je pourrais dire, américaine.
Est-ce que ça te surprend, cet intérêt de jeunes adultes pour un mouvement d’Église comme celui-là?
ÉHD: Ce que je trouve drôle dans tout ça, c’est que depuis quelques années, parce que j’ai eu une carrière à l’extérieur de l’Église avant ça, j’ai plusieurs collègues et amis de ce monde-là qui ne sont pas du tout attachés à l’Église, que je pourrais même appeler athées ou du moins pas du tout intéressée à l’Église. Et leurs enfants, tout à coup, ont un intérêt. Ils veulent savoir un peu à propos de l’Église, ils veulent comprendre un peu c’est quoi.
Et j’ai un peu l’impression que des fois, ils apportent leur enfant puis ils disent je ne sais pas quoi faire, viens m’aider.
Et je vois qu’il y a un intérêt auprès des jeunes, en partie, et je pense que c’est encore plus le cas au Québec, parce que la Révolution tranquille a créé un écart entre l’Église et la société pendant tellement longtemps que maintenant on se retrouve avec des jeunes qui n’ont aucun attachement à l’Église, aucun lien avec l’Église et aussi n’ont pas le bagage de l’Église que les gens ont eu auparavant.
Alors, est-ce que ça m’étonne que des jeunes s’intéressent à l’Église? Pas du tout. Est-ce que ça s’étonne qu’ils s’intéressent à une Église fondamentaliste ou une Église qui prône des valeurs très conservatrices? Oui et non.
Dans le sens, oui, parce que je crois que les jeunes ont toujours tendance à être un peu plus ouverts envers le monde que leurs parents, mais ça ne m’étonne pas parce que jusqu’à un certain point, je pense que les jeunes aussi ont besoin d’encadrement et des fois, quand on n’a pas eu d’encadrement du tout, n’importe quel encadrement, on va trouver ça intéressant.
Et puis, j’ai un peu l’impression qu’il y a des jeunes qui trouvent l’encadrement plutôt conservatrice et fondamentaliste intéressante parce que ça leur donne quelque chose dans laquelle ils peuvent travailler. Et j’ai un peu l’impression que c’est pour ça qu’on retrouve ça.
Mais je pense qu’aussi il y a une possibilité d’intérêt à une Église progressiste aussi, une Église qui est un peu plus ouverte, qui voit le rôle des femmes de manière différente, qui comprend un peu le contexte humain et qui ne laisse pas ces choses-là à la porte de l’église, qui les apporte et qui comprend un peu le monde. Je pense que dans un sens, puis c’est peut-être un peu bizarre, je pense qu’il y a une occasion d’or pour l’Église Unie aussi dans tout ça.
Alors pour moi, cette ouverture envers la foi et un approfondissement, c’est une bonne chose. Et il va falloir qu’on trouve aussi des moyens d’être capable de répondre à ces besoins spirituels de ces jeunes-là qui en ont besoin et qui sont en train de l’annoncer qu’ils en ont besoin et de le faire de manière qui est appropriée à notre théologie, notre façon de voir le monde et tout.
L’amalgame de toutes les Églises chrétiennes
SV: En regardant un peu sur les médias sociaux, sur les réactions que le documentaire et les différentes plateformes qui ont été utilisées pour exprimer et faire la promotion de ce documentaire, j’ai remarqué que beaucoup de gens font des amalgames.
On sait que, comme tu as mentionné, le Québec a une relation difficile avec la religion. Les gens disent bon ben les chrétiens, les croyants sont tous comme ça puis on dirait qu’on met un peu tout le monde dans le même sac. C’est sûrement quelque chose que tu as vécu.
ÉHD: Oui.
SV: Pourquoi tu penses que c’est comme ça?
ÉHD: Ben je pense que c’est facile. C’est toujours facile de mettre une catégorie à quelque chose qui couvre tout. On fait ça dans nos préjugés, on fait ça dans nos façons de voir le monde.
C’est facile de vouloir catégoriser tout le monde d’une façon simple. Et je pense que c’est aussi une habitude un peu naturelle, humaine à laquelle on arrive.
Mais en même temps, il y a une réalité, il y a une réalité biblique, une réalité historique, qu’il y a plusieurs Églises qui ont vu et compris les Écritures Saintes d’une manière différente.
En tant qu’homme gay, moi, j’ai grandi dans l’Église catholique, mais à un moment donné, il y avait une liste qui était un peu trop longue pour moi de choses à laquelle je n’étais plus d’accord. Fait qu’à un moment donné, j’ai beaucoup respecté ce que l’Église catholique apportait au niveau du rituel, au niveau des sensibilités et du mystère.
Et j’ai quand même trouvé que dans l’Église Unie, j’ai pu apporter entièrement qui j’étais à la table et il y avait de la place pour moi à la table. Alors des fois, les gens ont besoin de trouver leur façon de s’exprimer spirituellement.
Et il y a certaines Églises qui vont correspondre et il y en a d’autres qui ne correspondront pas. Ça ne veut pas dire que j’adore tous les éléments de l’Église Unie. Il y a des aspects qui me manquent, qui existaient dans l’Église catholique, qui ne sont pas aussi présents dans l’Église Unie.
Mais au niveau de la compréhension de l’Écriture sainte et de notre manière d’y approcher, et de comprendre aussi le contexte biblique que souvent, les gens ont tendance à oublier que ça fait 2000 ans que ça existe et on veut délaisser un peu cet aspect-là.
Alors pour moi, je me sens très à l’aise ici comme pasteur de cette Église-là parce que j’apprécie la diversité à laquelle on s’y approche à l’Écriture sainte et aussi à notre foi et notre théologie.
Mettre en maché sa foi en Jésus
SV: Dans le documentaire, on interviewe des professeurs d’université, des spécialistes qui ont fait des recherches sur ces mouvements évangéliques et on dit que ces personnes sont des experts en marketing, en mise en marché, en l’utilisation des médias.
Est-ce que les Églises dites progressistes, comme l’Église Unie, auraient quelque chose à apprendre de ces mouvements évangéliques?
ÉHD: Moi, j’ai toujours dit que les méthodes et les moyens, c’est différent du contenu. Oui, c’est certain qu’on a des choses à apprendre et des moyens de communiquer ce qu’on a à dire.
Mais je pense aussi que plus profondément, l’Église Unie et les Églises, ce qu’on appellerait mainline en anglais, les Églises traditionnelles de plusieurs de plusieurs générations. Ces Églises-là ont aussi parfois oublié comment répondre aux besoins des gens qui ne sont pas dans les bancs d’église.
Alors, quand je vais voir une Église et je leur dis pourquoi vous voulez d’autres gens dans vos bancs d’église, la réponse est souvent bien on veut qu’ils nous aident à défrayer les coûts de l’église, à payer le salaire du pasteur.
Puis à un moment donné je leur dis oui, mais c’est… vous demandez aux autres de venir pour que vous puissiez continuer comme vous l’avez toujours fait. Ça n’a pas de sens.
Il faut qu’on soit capable, comme Église, de changer la dim un peu et de dire, écoute, notre rôle, c’est de trouver le besoin spirituel, la fin spirituelle qui existe et la nourrir. Et puis, si elle n’est pas nourrie dans la manière qu’on le fait actuellement, il faut trouver d’autres moyens de le faire.
Et c’est ça le ministère principal. Alors, si les outils peuvent correspondre à nos moyens de correspondre aux besoins spirituels, bien là, allons-y. Pour moi, ce n’est pas une question d’évangélisme, de fondamentalisme. C’est une question de répondre aux besoins qui est, d’après moi, le rôle de toute Église.
La foi comme humilité, confiance et ouverture au désaccord
SV: Les gens ont sûrement rencontré des chrétiens qui disaient: « J’ai La Vérité! » avec un L majuscule et un V majuscule et qui vont citer un verset de la Bible pour répondre à tout.
Ce n’est pas nécessairement l’approche des Églises plus progressistes, mais comment qu’on navigue tout ça dans ces discussions-là? Comment qu’on peut avoir des dialogues avec des personnes qui croient avoir la vérité absolue?
ÉHD: Je pense que ça va un peu à l’encontre même de l’idée de la foi. La foi devrait être sur un sur le fondement de l’humilité et de la compréhension qu’il y a quelque chose de beaucoup plus grand que nous, de beaucoup plus important que nous.
Si on arrive à la foi, c’est parce qu’on croit qu’on n’est pas… on n’a pas toutes les réponses. La foi, c’est un peu le contraire de la certitude. Il faut être capable de trouver le moyen d’être ouvert à l’Esprit saint qui est continuellement en train de nous apporter un petit peu de la vérité, pour qu’on puisse être capable de voir les choses de manière différente.
Pour moi, être dans une Église où tout le monde croit exactement de la même manière, ça va me tuer. Ça va complètement étouffer ma foi.
Ma foi a besoin d’interaction avec des gens avec lesquels je ne suis pas à 100% d’accord parce que ça m’ouvre une porte. Ça me permet de voir les choses d’une manière que je n’aurais pas vue parce que je sais que je ne suis pas détenteur de toute la vérité, la vérité avec le L majuscule comme tu dis.
C’est tellement contraire à la fois pour moi de voir le monde de cette manière-là et je ne pense pas que ça va nourrir les gens très longtemps. C’est sur la surface à un moment donné, ça devient tellement surface que tu peux plus creuser profond, que tu peux plus aller au plus profond parce que on est en train d’empêcher la découverte à tout bout de champ.
Parce qu’on ne va pas là parce que ce n’est pas vrai. On ne va pas là. Mais écoute, à un moment donné, si on est en train de faire ça, il n’y a pas de vie dans cette foi. La foi a besoin d’une vie, elle a besoin du souffle de l’Esprit-Saint. Sans ça, on n’ira pas loin.
SV: Mais tu peux comprendre que certaines personnes peuvent être frustrées quand on demande à un pasteur ou un théologien une question et la réponse est presque toujours: « Ça dépend, ça dépend du contexte, ça dépend qui parle, ça dépend… ». Ça peut être frustrant pour certaines personnes, tu comprends ça.
ÉHD: Et je ne pense pas que ça a besoin d’être ça non plus. Je pense que ça peut être aussi pour moi, je vois ça de telle manière et je trouve ma source d’inspiration d’ici et de là et pourquoi je crois ce que je crois. Voici comment je suis arrivé à cette conclusion-là.
Sans nécessairement y tenir mordicus et de dire: « ah non, non, non, il n’y a plus rien à dire là-dessus, c’est ça que ça va être puis ça finit là ». Il y a moyen d’offrir une façon de voir le monde.
Dans l’improvisation, on dit qu’on ne devrait jamais rentrer dans une scène d’impro avec tout écrit dans notre tête. Il faut être capable d’arriver avec une certaine confiance, mais pas nécessairement une certitude, parce qu’on va apprendre des choses en exprimant notre confiance qu’on n’avait pas comprise auparavant.
Et je pense que on n’a pas besoin de négliger la confiance aussi, de dire: « ah ben n’importe quoi ». Il faut être capable quand même d’arriver avec une certaine confiance de notre foi au moment où on est arrivé là, mais sans nécessairement dire que c’est ça le mot final, puis il n’y a plus rien à dire.
De toute façon, on a quatre évangiles qui parlent différemment de la même histoire et il n’y a rien qui nous empêche d’y croire malgré que c’est la réalité. Il y a deux histoires de création dans Genèse. Puis ceux qui l’ont mis dans la Bible ne croyaient pas que c’était problématique d’avoir deux choses qui se contredisaient.
Alors, pourquoi à ce moment-là est-ce que nous on devra dire: « non, mais là, il y a juste une façon de voir. » Il y a quatre évangiles. Ça n’a pas de sens.

Que penser des thérapies de conversions?
SV: Je ne pense pas que je dis un secret… D’ailleurs, tu t’es identifié comme un homme gay. Dans les milieux plus fondamentalistes, plus conservateurs, on parle beaucoup, on parle encore, je pourrais dire, de thérapie de conversion. C’est sûrement quelque chose que tu as été confronté ou des proches à toi a été confrontés ou des gens de la communauté a été confrontés.
Comment que l’on vit avec ça en 2026? Que ces idées-là sont encore utilisées et pas juste au niveau de l’homophobie, mais on utilise un biais de foi pour justifier ça?
ÉHD: Moi je dirais que c’est du blasphème ultimement, parce qu’on est en train d’interpréter la Bible d’une manière qu’elle ne devrait jamais être interprétée.
Si on regarde l’histoire de Sodome et Gomorrhe, comme exemple, la Bible fait référence à Sodome à plusieurs reprises et jamais au sujet de la question de sexualité. C’est une question d’accueil, c’est une question de…
L’histoire est une histoire de viol. Je veux dire, on parle de la manière à laquelle on approche les choses, la manière à laquelle on reçoit l’étranger.
Et puis, c’est comme ça que la Bible s’auto-référencie par rapport à ce texte-là. Alors, si on est toujours en train de dire que l’histoire de Sodome et Gomorrhe est à propos de ça, on est en train de négliger le reste de la Bible.
Et c’est ça qui est problématique pour moi, c’est que des fois, on trouve des passages, des versets qui nous fait penser que c’est ça la réponse, sans comprendre le contexte, sans comprendre qu’il y a d’autres manières de voir ce qui se passe à l’intérieur du texte.
Et c’est sur cette base-là que je pense que les gens veulent s’accrocher à la thérapie de la conversion ou de ces outils-là.
Mais je pense qu’ultimement, ça vient d’une place d’homophobie personnelle, de désir de vouloir voir le monde d’une certaine façon, qui n’est pas du tout une question biblique, qui est une question de perspective individuelle.
Et ces gens-là veulent s’attacher à la foi parce que c’est une façon de justifier leur homophobie personnelle. Mais ce n’est pas du tout ça que la Bible nous offre comme perspective.
Et je pense que ça revient aux gens qui veulent voir la Bible sur la surface sans nécessairement vouloir aller en profondeur. Et c’est ça le grand défi, je pense, qu’on a comme personnes de foi.
Éviter d’utiliser quelques versts biblique pour justifier l’avortement
SV: La même chose pourrait être dite au niveau du sujet de l’avortement, par exemple aussi, où on utilise 2 ou 3 versets clés pour justifier, de bannir toute interruption volontaire de grossesse. Est-ce que c’est la même chose d’après toi? C’est le même phénomène?
ÉHD: Absolument. Si on regarde dans le texte. On parle souvent du moment où la vie commence, c’est le moment de la première respiration. On peut facilement expliquer qu’à un moment donné, l’avortement, on ne parle pas de ce début de vie, de l’inspiration.
Il y a toutes sortes de moyens d’être capable de vouloir prendre un texte et justifier notre position. Mais le texte ne parle pas de ça. Le texte n’est pas en train d’essayer de nous décrire en 2026 quelle est la réalité qui existait aussi dans ce temps-là.
Mais des fois, le texte est tellement vrai qu’il n’est pas factuel, qu’il n’y a pas besoin de fait pour être capable de se justifier.
Et quand on est en train de comprendre le texte public de cette manière-là, il y a une vérité très profonde qui ressort à cause de ça.
Et quand on s’attache à trois, quatre mots qui ont été traduits d’ailleurs 15 à 20 fois depuis qu’on l’a lu, mais là, dans notre contexte, dans notre compréhension, il y a un problème. Et je pense que c’est là où les gens s’accrochent et on fait la fausse route.
Apprendre à être visible
SV: En terminant, on peut constater qu’un documentaire a fait beaucoup de vagues. Les gens parlent beaucoup de ça. Et on dit que, justement, les Églises plus « traditionnelles », entre guillemets, et les Églises progressistes sont pas assez visibles, pourrait en faire plus.
En tant que futur secrétaire général de l’Église Unie, quel conseil que tu donnerais à l’Église, aux gens ordinaires dans les bancs? Qu’est-ce qu’on pourrait faire pour être plus visible, ou en tout cas que notre message porte plus?
ÉHD: Oui, c’est frustrant parce qu’on est quand même la plus grande confession protestante au Canada et malgré ça, il y a un sentiment qu’on n’est pas présent. C’est vrai, on a de la misère à être reconnu, en partie parce qu’on a une nuance, on a une façon de voir les choses qui n’est peut-être pas le grand choc que d’autres pourraient l’être parce que l’on comprend notre contexte et on ne l’ignore pas.
Alors, c’est certain qu’on a de la misère des fois à être visible et à être compris parce qu’il y a certaines Églises qui font des… qui disent des choses qui sont beaucoup plus intéressantes au niveau de la controverse.
Mais pour nous, la spiritualité et notre façon de l’engager est une façon de répondre aux besoins spirituels.
Alors, comment est-ce qu’on peut dépasser les quatre murs de nos églises et d’essayer de répondre aux besoins spirituels des gens qui en ont besoin?
Peut-être que ce ne sera pas le dimanche matin, peut-être que ce ne sera pas exactement le culte qu’on a l’habitude de faire à toutes les semaines.
Mais il y a un moyen, je pense, pour faire vivre cet esprit-là et d’être connu pour être les gens qui répondent à ses besoins. Moi, j’aimerais bien que l’Église Unie soit connue éventuellement à titre d’Église qui est la place où les gens vont pour avoir une discussion profonde sur la vie sans se faire sentir qu’ils se font ramasser ou bloquer.
Quelle belle réputation qu’on pourrait avoir comme Église unie si ça serait que les gens diraient, « ah, si tu as un besoin spirituel, tu peux te retrouver là. Tu vas aller trouver chez les textes bibliques et chez l’expérience de 2000 ans, et plus, quelque chose qui t’aidera dans ton discernement, dans ta façon de voir le monde. »
J’aimerais ça que l’on comprenne notre rôle dans le monde et qu’on en parle de cette manière-là, justement.
SV: Je te remercie beaucoup Éric pour le temps que tu nous as accordé. Je veux juste rappeler que tu vas devenir officiellement secrétaire général de l’Église Unie le 1er janvier 2027 et, petit fait intéressant du moins de mon point de vue, tu es le premier francophone à accéder à ce poste en 100 ans. Donc ce n’est pas une mince chose. Félicitations !
ÉHD: Merci, merci, ça me fait plaisir.
SV: Et aux gens qui écoutent, je vous invite à vous abonner si ce n’est pas déjà fait. Et si ça vous intéresse d’avoir plus de conversations de ce genre avec d’autres personnes dans l’Église Unie, dites-le-nous. Manifestez-vous. On est là pour vous aider dans votre cheminement spirituel. Alors, merci beaucoup et au revoir.
Mots clés :
Église unie du Canada, Éric Hébert-Daly, jeunes et religion, Églises progressistes, mouvements évangéliques, interprétation biblique, thérapie de conversion, foi et LGBTQ+, spiritualité au Québec
Sujets clés :
Le documentaire Faites du bruit pour Jésus relance la discussion sur l’intérêt de jeunes adultes pour les mouvements évangéliques et conservateurs.
Après la Révolution tranquille, plusieurs jeunes n’ont ni lien ni bagage religieux; certains peuvent être attirés par l’encadrement, mais les Églises progressistes peuvent aussi répondre à leurs besoins.
Pour Éric Hébert-Daly, la foi repose sur l’humilité et l’ouverture: les désaccords et les différentes lectures bibliques peuvent nourrir la réflexion.
Éric Hébert-Daly critique les lectures sorties de leur contexte utilisées pour justifier la thérapie de conversion, l’homophobie ou des positions sur l’avortement.
Éric Hébert-Daly souhaite que l’Église Unie soit reconnue comme un lieu de discussions profondes sur la vie, sans jugement ni fermeture.
Citations :
« Est-ce que ça m’étonne que des jeunes s’intéressent à l’Église? Pas du tout. »
« Notre rôle c’est de trouver le besoin spirituel […] et de le nourrir. »
« La foi, c’est un peu le contraire de la certitude. »
« Ma foi a besoin d’interaction avec des gens avec lesquels je ne suis pas à 100 % d’accord. »

Pasteur de paroisse à Admaston, Kanata (Ont.), Quyon (Québec) et Église Unie Sainte-Claire (exclusivement sur internet). Coordinateur des communications et du développement en français de l’Église Unie du Canada. Depuis plus de 10 ans, il exerce un ministère numérique sur les médias sociaux (Facebook, Instagram, TikTok, YouTube, Bluesky) pour apporter une foi progressiste en français sur internet.