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À quoi la prière sert-elle?

6 mars 2024
Stéphane Vermette

Stéphane Vermette

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Pourquoi prie-t-on? Pour obtenir des faveurs de la part de Dieu? Que se passe-t-il lorsque nos prières ne sont pas exaucées? Et comment peut-on vraiment prier pour nos ennemis?

Dans cet épisode, Joan et Stéphane explorent les différents types de prière et explorent les effets de la prière dans nos vies personnelles.

Site Internet: https://questiondecroire.podbean.com/

Apple Podcast: https://podcasts.apple.com/us/podcast/question-de-croire/id1646685250/

Spotify: https://open.spotify.com/show/4Xurt2du9A576owf0mIFSj/

Contactez-nous: questiondecroire@gmail.com 

Notre commanditaire: L’Église Unie du Canada, Mon Credo 

* Musique de Lesfm, pixabay.com. Utilisée avec permission. 

* Photo de Naasom Azevedo, unsplash.com. Utilisée avec permission. 

Transcription:

Bonjour, bienvenue à Question de croire, un podcast qui aborde la foi et la spiritualité, une question à la fois. Cette semaine : à quoi sert la prière?

Bonjour, Stéphane, bonjour à toutes personnes qui nous écoutent, seules, en couple, en famille, en communauté ou avec vos animaux de compagnie. Merci de nous envoyer des questions stimulantes.

Bonjour, Joan, bonjour à tous et à toutes.

Prier pour pouvoir manger des pommes

Alors moi, je n’arrive jamais à donner une réponse simple à cette question, quand j’ai un petit doute à propos de la prière.

Je me rappelle cette anecdote super que nous a raconté l’un des responsables de l’Action chrétienne en Orient, qui est un organisme tri-national entre plusieurs Églises Luthéro-réformées pour soutenir les actions envers les protestants et les protestantes en Orient, et c’est l’anecdote des pommes.

Dans l’institut Fowler, un orphelinat qui est financé par plusieurs œuvres, dont l’Action chrétienne en Orient, est arrivée un jour cette histoire touchante.

L’une des jeunes de cet orphelinat en a eu marre de certaines privations. Alors bien sûr, la vie à l’orphelinat est un peu plus sympa que si on vit en bidonville, mais parfois l’argent vient un peu à manquer, donc on va peut-être manger la même chose plusieurs jours de suite, et ce n’est pas tout simple.

Et un jour, cette jeune est allée à débouler dans le bureau de la directrice, et elle s’est mise à s’énerver, à crier, à dire qu’elle en a marre, qu’elle en a marre, qu’elle en a marre. Alors, sœur lui dit, mais qu’est-ce que tu veux? Elle lui dit, j’aimerais par exemple manger des pommes.

Des pommes au Caire, ce n’est pas comme manger des pommes en Europe. La bonne sœur lui dit, tu n’as qu’à prier, et maintenant, retournes faire ce que tu as à faire, et fiches-moi la paix.

Alors, la jeune s’en est allé prier, parce qu’après tout, elle voulait des pommes.

Et puis la sœur l’a rappelé peu de temps après pour lui dire « Bon, je vais te dire un truc qui va te sembler dingue, mais la société de transport de fruits au Caire a eu un problème, ils ont l’un de leurs camions qui ne fonctionne plus, ils ne peuvent pas transporter le chargement prévu qui devait aller à l’Alexandrie, donc ils viennent nous déposer un certain nombre de fruits avant qu’ils ne pourrissent, et là-dedans, il y a des pommes. »

Voilà, donc des fois quand je me dis, je prie ou je ne prie pas, ça change quoi?

Et puis moi, je veux mes pommes. Je me dis, après tout, la vie étant ce qu’elle est, si ça se trouve, je les aurais mes pommes.

Et surtout, j’aurais pu exprimer aussi un peu ma frustration, ma colère, j’aurais pu déposer quelque chose.

Dieu n’exauce pas nos prières pour nous récompenser

Il y a l’expression… que j’entends souvent ici, je ne sais pas, de ton côté… fait attention à tes prières, elles pourraient être exaucées.

Ceci dit, dans les milieux plus évangéliques, pentecôtistes, autour de moi, j’entends ce genre de récits. Et ça me fait toujours un peu grincer des dents.

Par exemple, nous, la communauté, nous avions besoin de 5 000$ avant 17h pour régler nos comptes à la banque et on s’est tous mis à prier.

Le téléphone a sonné et voilà, quelqu’un nous donne l’argent qu’on avait besoin. Nos prières ont été répondues!

J’ai toujours un gros scepticisme envers ces histoires. Je trouve ça toujours trop beau pour être vrai et surtout ça n’arrive jamais dans ma vie.

Et j’ai de la difficulté à croire que Dieu est une machine distributrice, que si on met le nombre suffisant de prières, la bonne façon de prier, nous allons recevoir ce que nous demandons.

J’ai de la difficulté à voir et à croire un Dieu qui dit « Je vais te donner ce que tu veux, mais montre-moi les belles prières, puis elles sont mieux d’être bien formaté, sinon, je te prive de ce que tu veux. »

La difficulté de formuler des prières d’intercession

Je suis aussi sensible comme toi à la façon de prier.

Et depuis quelques années, j’essaye d’éviter, je n’arrive pas toujours, tout ce qui est de l’ordre de l’injonction. Nous te prions Dieu pour que…

De plus en plus j’aime les formules nous te remettons, nous plaçons devant toi, nous ouvrons notre cœur sur la situation de ceci cela.

Et je trouvais que c’était pas mal comme formule.

Je dois dire que j’étais même assez contente de moi jusqu’à ce que j’accompagne une journée de formation aux jeunes ministres de l’Office protestant de la formation à Neuchâtel, en Suisse, les jeunes ministres, qui étaient hyper calés en liturgie, que

À un moment j’avais devant moi des gens qui connaissaient toutes les liturgies d’Iona et tout, alors là, vraiment, je n’avais jamais vu ça de ma vie.

Les jeunes ministres m’ont dit qu’en fait la plupart des prières qui ne les encourageait pas à agir l’ensemble des prières vaines.

Et ça m’a aussi bien fait réfléchir sur la prière d’intercession, quand on dit, voilà, nous te remettons les gens malades. Bon ben voilà, hop, on les a remis à Dieu, on peut sortir de l’église, tout va bien.

Et eux et elles m’ont encouragé à réfléchir à des formulations du style : nous te remettons les gens malades et nous te demandons de la force pour les accompagner, par exemple des choses comme ça.

Alors, ce n’est pas tout à fait bon encore, mais je me suis rendu compte combien leurs remarques étaient assez justes de dire, si on se prie, c’est aussi pour se mobiliser concrètement et c’est aussi pour être dans un témoignage incarné.

Alors, tout le monde ne peut pas toujours. Il y a des gens qui ne sont pas en situation d’aider les autres concrètement, matériellement. Chacune, chacun trouve son chemin.

Et donc voilà, je me dis, c’est vrai, soignons nos formulations.

Moi, en même temps, Stéphane, quand on lit la Bible, on voit bien que si les gens prient Dieu ou suivent Dieu, ils sont exaucés. Et s’ils ne le font pas, il leur arrive un tas de malheurs, surtout dans l’Ancien Testament.

Et dans le Nouveau Testament, il y a aussi beaucoup de formules de prière qui sont quand même assez directives, qui sont plutôt dans l’injonction, non?

Alors si on veut être biblique, on suit tout ça.

Formuler des prières réalisables

Peut-être. Mais il y a aussi le côté pastoral. Par exemple, on peut faire une visite, personne malade, et la personne va nous dire « Je viens de perdre ma jambe, j’ai été amputé, est-ce que parce que je n’ai pas prié suffisamment, je n’ai pas prié assez? » Non, tu as eu un accident, tu as eu une maladie, ça s’appelle la biologie.

Moi, c’est comme ça que je vois ça. La prière peut être une intercession, peut-être une demande, mais je ne crois pas que la prière va à l’encontre de l’ordre des choses.

Je peux prier le reste de ma vie de ne pas mourir. Biologiquement, je vais mourir. C’est implacable.

Mais je peux prier pour avoir une bonne vie. Je peux prier pour avoir une certaine sérénité lorsque le temps va venir.

Et c’est peut-être ça, pour moi, la différence entre demander des choses peut-être irréalisables et des choses que je peux faire ou qui peuvent se réaliser.

Je peux prier, comme tu dis, et ensuite faire quelque chose. Pas juste rester prier, oh mon Dieu, oh mon Dieu, je veux être riche, donne-moi les numéros de la loto.

Je peux prier, puis ensuite travailler et construire une meilleure société.

Une homme en prière.
* Photo de Aaron Burden, unsplash.com. Utilisée avec permission.

Une vie de prière empreinte de simplicité

Alors, en parlant du numéro de loto et compagnie, moi j’aimerais dire que j’avais une grand-mère pied-noir. Elle était d’origine espagnole, mais élevée dans un territoire français, en Algérie, dite française.

Et puis elle avait une énorme dévotion à Marie. Et ça lui permettait aussi parfois d’avoir accès à des numéros du loto.

Donc, j’aimerais te dire que dans ma famille, on a su faire un petit peu pour sortir de certaines situations de misère.

Et elle avait aussi une connexion avec les ancêtres. Elle pouvait les invoquer, les faire venir. Elle avait une sorte d’histoire de bougie qu’elle allumait.

Alors moi j’ai vite rejoint le côté protestant de la force, mais je l’écoutais, je m’intéressais, et je trouvais ça magnifique parce qu’elle avait une vie de foi très intense, elle avait une piété incroyable, elle brûlait d’un feu, tu vois.

Elle semblait tellement épanouie là-dedans, et puis ça la consolait énormément.

Et elle avait tous ces moyens de dévotion et de prière qui la rendait brûlante de foi dans plein de moments.

Et puis comme elle a eu un Alzheimer, comme les personnes âgées de ma famille l’ont a priori, ça l’a maintenue à flot aussi pendant un petit moment, d’avoir toutes ces pratiques.

Et d’ailleurs moi je pense qu’il y a une chose que je ferai jusqu’à ma mort, c’est le Notre-Père.

Ça, j’arriverai, je crois, à le dire parce que quand on me l’a enseigné à l’école, puisqu’en Alsace-Moselle, il y a des articles organiques, c’est le concordat pour les protestants, et donc on peut avoir des cours de culture religieuse à l’école.

J’avais décoré un joli petit poster du Notre-Père, je l’avais affiché au-dessus de mon lit, et je le lisais pendant des heures pour m’endormir. J’ai toujours eu du mal à m’endormir, et je le lisais comme un mantra, et j’adore vraiment dire le Notre-Père, prier le Notre-Père.

Et quand j’entends une ambulance passer avec la sonnerie caractéristique de l’urgence, quand tu sais qu’il y a quelqu’un qui est en urgence vitale là-dedans, je dis toujours à Notre Père et ça m’émeut.

Et tu vois, moi je trouve que finalement, ce qui nous reconnecte aussi à notre foi peut-être enfantine, de l’émerveillement, moi ça me nourrit beaucoup en fait.

De prières qui peuvent être simples

Trop souvent, on essaie de promouvoir une seule façon de prier et on ouvre peu à cette diversité de formes que la prière peut prendre.

Je me souviens, dans mes cours de théologie, j’avais des séances où on me disait, pour prier, il faut être bien assis, les deux pieds, les mains ouvertes vers le haut et ensuite, il faut parler comme ça.

Moi, je me disais, est-ce que Dieu se soucie vraiment où sont mes pieds? En quelle direction sont mes mains? Vraiment?

Pour moi, c’est difficile à comprendre. Je comprends que pour certaines personnes, ça les aide. Merveilleux! Mais des fois, j’ai l’impression qu’il y a un peu de performance, je pourrais dire. J’ai la bonne position. J’ai la bonne structure pour écrire de bonnes prières.

Parfois, je trouve que ça manque de sincérité, ce n’est pas incarné.

Parfois, juste de pouvoir dire « Dieu, merci beaucoup pour cette journée ». C’est tout, c’est simple.

Je me souviens, j’avais été invité lorsque je servais dans une paroisse traditionnelle, à la classe de confirmation, on invite le pasteur, on va parler de prière.

Les adolescents devaient écrire une prière, moi aussi. Et moi, j’ai écrit une prière toute simple comme ça. « Mon Dieu, je te remercie pour ma famille, je te remercie pour la journée, puis j’espère que ça va bien, puis chemine avec ces jeunes-là. »

L’homme qui enseignait la classe de confirmation n’était pas très content parce que ce n’était pas la bonne structure et je n’ai pas été réinvité les années subséquentes.

Mais moi, je voulais montrer à ces jeunes-là c’est une relation avec le divin, ça peut être tout simple.

Lorsque la culture influence la prière

Mais tu sais, dans un autre sens, ce qui est un peu compliqué aussi avec la prière, c’est qu’il y a des aspects culturels, des fois.

Mon mari l’a souvent servi dans des environnements où il y avait des groupes de prière charismatiques. J’ai appris à être à l’aise, en fait, en groupe de prière charismatique.

Moi, je peux prier à voix haute sans problème, pas en tout temps, en toutes circonstances, mais quand je me sens à l’aise, je peux le faire, tu vois.

Et l’autre jour, je réfléchissais, qu’est-ce que je pourrais faire d’absolument irrévérencieux dans ma communauté? Et je crois qu’en top liste, ce serait d’inviter les gens à prier à voix haute pendant le culte.

Ah, je crois que ce serait… jugé comme le top de l’irrévérencieux.

Et une fois, on en parlait avec mon collègue Christophe Cocher à propos de différents éléments du culte et on rigolait parce que je lui ai fait une suggestion. Il m’a dit, d’après moi, ça, c’est le licenciement direct, Joan.

Et c’est marrant parce qu’en fait, je pense qu’il y a des communautés dans lesquelles tu arrives, si au bout de 2-3 cultes, tu n’as pas prié à voix haute, il y a une suspicion énorme qui va s’installer.

Et l’inverse aussi est possible en fait. Il y a aussi des communautés où pour prier, il faut faire certains gestes rituels.

Une fois, j’étais un culte chez les Darbistes. Donc les Darbistes qui sont en fait aussi issus de la réforme, mais alors vraiment très, très fondamentalistes.

Et donc hommes et femmes ne peuvent pas partager la même pièce quand ils prient. Donc c’était un peu compliqué. C’était un appartement, en forme d’une aile. Et moi j’avais pris une place où j’arrivais un peu à observer les hommes.

Et alors ce qui est fou, c’est qu’ils ne te donnent pas de cantique en arrivant. Donc tu dois connaître les cantiques par cœur.

Et tout ça pour dire que les femmes doivent être couvertes pour prier. Mais par contre, elles, comme ce sont des femmes, elles n’ont pas le droit de prier à voix haute.

Donc, tu vois, il faut vraiment suivre. Ce n’est pas tout simple.

Et les hommes, pour prier, doivent s’emparer d’une sorte de faux micro, d’une sorte de bâton de prière. Parce que, figure-toi que dans la Bible, les patriarches ont toujours un bâton. Donc, pour être autorisés à prendre la parole et s’adresser à Dieu, comme dans la Bible, ils ont un bâton.

Mais, comme ils ont tous un peu peur que les gens fassent n’importe quoi, le fameux bâton est attaché quand même à une ficelle. Comme ça, celui qui est le chef, ce jour-là, il peut tirer sur la ficelle et récupérer le bâton.

Alors voilà, il y a vraiment toutes sortes de justifications sur les façons de prier. Et tout ça, je trouve, c’est précieux parce que ça nous donne des ressources.

Mais de là à savoir, qu’est-ce qui est vraiment biblique? Qu’est-ce qui est vraiment une prière chrétienne? Qu’est-ce qui obtient le label de la prière la plus conforme?

Tout ça, c’est délicat et complexe. Personne ne devrait se sentir autorisé de trancher et de décider à la place de l’autre ce qu’est une vraie prière.

Prier avec des personnes d’autres religions

Je t’écoute et je me souviens lorsque j’étais en paroisse traditionnelle, nous avions invité une autrice, une femme d’origine pakistanaise qui était musulmane soufie. On a eu la séance de questions, ça s’est très bien déroulé. À la fin de la séance, elle dit « bon, ça serait le temps pour ma prière.

Donc, elle est allée faire ses ablutions, elle a l’application pour la direction, pour la Mecque et tout ça, elle s’installe. Et moi, je me suis installé à côté, je me suis assis et on a prié ensemble, un à côté de l’autre. Je n’ai pas pris ses prières, elle n’a pas pris mes prières, mais on a prié ensemble.

Et c’est un bon moment pour moi parce que ça signifie qu’on peut chacun, chacune avoir ses prières et aspirer à ce même lien avec le divin. Que l’on croie ou non que c’est le même Dieu, ça je laisse les théologiens s’embourber dans ce débat-là.

Mais on essaie d’accomplir la même chose, on essaie de vivre le même moment et de reconnaître à la personne à côté de nous son égal, un autre être humain.

Lorsque Jésus dit « Priez pour vos ennemis », mais aimer vos ennemis, prier pour vos ennemis, C’est sûr que c’est difficile parce que, bon, c’est l’ennemi. On ne veut pas prier. On voit qu’il y a des guerres un peu partout.

Ça doit être difficile. Moi, je n’ai pas connu la guerre. Je vais vous à peine imaginer lorsqu’on est dans une zone de conflit et qu’on se fait dire par le pasteur, le prêtre, prie pour tes ennemis. On repassera. Mais à quelque part, si on prie pour son ennemi, on reconnaît un être humain dans son ennemi.

On reconnaît une personne qui peut peut-être changer, qui peut peut-être évoluer. Et cette personne-là peut-être devient un peu moins notre ennemi.

Il y a quelque chose dans ce mouvement de prière qui permet de nous connecter aussi naturellement avec tous les gens de notre paroisse, notre communauté de foi ou notre Église, mais qui peut peut-être nous connecter avec d’autres êtres humains qui vivent des choses difficiles et la prière peut peut-être créer ce lien invisible, mais quand même un lien.

L’importance de prier ensemble

Quand je t’entends, ça me fait penser à deux choses. La première chose, c’est à Taizé. D’ailleurs, je me réjouis d’y retourner au mois d’avril, d’ici peu de temps.

À Taizé, maintenant, il y a de plus en plus une invitation faite aux personnes musulmanes de ne pas hésiter à venir avec leurs amis chrétiens.

Et il y a des espaces qui sont proposés pour que les musulmans et les musulmanes puissent faire la prière. Et c’est épatant parce que du coup, ça c’est vraiment quelque chose qui m’a prise par le revers venant de Taizé, puisqu’il y avait cette ouverture vers l’orthodoxie, déjà c’était pas mal.

Bien sûr, un lieu œcuménique, catholique, protestant, c’était pas mal aussi. Les évangéliques qui ont commencé à venir alors qu’avant ils haïssent Taizé.

Puis maintenant il y a des espaces de prière pour les musulmans et les musulmanes, donc chapeau. Il y a même une semaine islamo-chrétienne par an. Donc voilà, c’est la première chose à laquelle je pensais.

La deuxième chose de prier pour les ennemis, c’est la mission de l’action chrétienne pour l’abolition de la torture.

Je suis membre, mais pas très assidue, je dois dire. D’autant que je ne suis pas super forte pour prier pour mes ennemis.

Donc voilà, on est différent pour ça. Et je trouve que c’est vraiment beau de savoir qu’il y a des gens qui gardent cette flamme-là allumée.

Il y a une journée de sensibilisation à la fin du mois de juin où en paroisse on peut faire une veillée comme ça où on prie à la fois pour les personnes torturées et pour les bourreaux.

Et j’y ai participé à quelques reprises et à chaque fois j’en suis sortie hyper apaisée parce que c’est vrai que c’est une vraie démarche spirituelle et qu’elle est bonne.

Prier pour les personnes qui ont besoin d’être touchées par le Seigneur

Ça me fait penser, j’ai participé quelquefois au culte de E-église.fr, la paroisse de la région parisienne sur Internet.

Et dans les premières semaines, il y a quelqu’un qui s’est loggé sur Zoom et qui s’est mis à diffuser du contenu pornographique. Naturellement, ça a été arrêté rapidement, mais bon.

Et quand c’est arrivé le temps des prières, moi, j’ai suggéré, compris pour ces personnes. Il y a des gens qui ont été offusqués.

Moi, j’ai dit, s’il y a des gens qui ont besoin de la grâce de Dieu, c’est peut-être ces personnes-là. Je ne veux pas dire qu’ils ont bien fait, mais je veux prier pour que ces personnes-là pour qu’elles comprennent peut-être qu’elles font du tort et j’espère qu’ils vont changer ces choses-là.

Peut-être que ça a eu lieu, peut-être que ça n’a pas eu lieu, mais cette prière, en moi, a fait une différence.

Et c’est peut-être ça qu’on oublie, en tout cas de ce que je remarque autour de moi, de souligner que la prière nous aide beaucoup.

Oui, on prie pour autrui. Oui, très bien. Mais il y a un effet pour nous.

Quelqu’un avait comparé la prière comme un onguent qu’on applique à une personne malade. Oui, onguent fait du bien à la personne malade, mais pénètre aussi notre peau et fait du bien aussi pour nous.

Ce n’est pas pour nécessairement notre bien personnel, mais il y a un effet.

Lorsqu’on prie pour les autres, lorsqu’on prie pour la paix dans le monde, on peut difficilement se retourner après et frapper quelqu’un ou essayer d’humilier quelqu’un.

On se dit peut-être que la paix dans le monde commence avec moi. Je vais peut-être être un peu plus attentif parce que je veux qu’il y ait cette paix dans le monde.

Ne pas prier n’importe comment

Écoute, la paix dans le monde, absolument indispensable, surtout de plus en plus, disons. Oui. Toujours ça été le cas, mais ce n’est pas moins le cas maintenant.

Mais j’aimerais te dire que, par contre, moi, la prière avec le serpent, même si c’est biblique, pas chaude. Pas chaude.

La prière avec le serpent? Qu’est-ce que c’est que ça?

Mais là, c’est vers chez vous, là, les Nord-Américains, tout ce mouvement de prière avec les pitons vénéneux, là. Mais oui, parce que si tu as vraiment l’Esprit saint en toi pendant un culte, tu dois pouvoir tenir un serpent venimeux.

Et donc, il y a tout ce mouvement des Églises de serpents.

Et d’ailleurs, ça se passe de père en fils et de mère en fille et il y a des décès assez fréquents.

Donc voilà, moi je prie aussi pour qu’on arrête de prier n’importe comment et qu’on laisse les serpents tranquilles.

Je pense qu’à la question de notre auditrice et d’autres personnes, la prière doit être bénéfique, la prière doit être sincère et surtout sécuritaire. Voilà. Alors de bonnes prières safe à tout le monde.

Conclusion

Merci, Joan, pour cette conversation très large. Je suis sûr qu’on pourrait faire cinq, six épisodes parce que c’est un sujet très important pour la chrétienté. Donc merci d’avoir pris ce temps avec moi, avec tous nos auditeurs, nos auditrices. Merci à l’Église unie du Canada de nous permettre de continuer ce projet.

Si vous voulez nous contacter, si vous avez des suggestions, n’hésitez pas. On veut vous entendre. Si vous avez des commentaires, bien sûr qu’on veut vous entendre. questiondecroire@gmail.com . Bonne continuation de carême, Joan. À toi aussi. Et bientôt pas qu’elle est chocolat. Ah ben oui, mais pas tout de suite.

Stéphane Vermette

Rév. Stéphane Vermette

Pasteur de paroisse à Admaston, Kanata (Ont.), Quyon (Québec) et Église Unie Sainte-Claire (exclusivement sur internet). Coordinateur des communications et du développement en français de l’Église Unie du Canada. Depuis plus de 10 ans, il exerce un ministère numérique sur les médias sociaux (Facebook, Instagram, TikTok, YouTube, BluesSky) pour apporter une foi progressiste en français sur internet.

Joan Charras-Sancho

Joan Charras-Sancho

Joan Charras-Sancho est docteure en théologie protestante et pasteure. Active dans le canton de Vaud, elle accompagne les personnes migrantes et les communautés queers. Collaboratrice aux livres « Une bible des femmes » (2018), « Une Bible, des hommes » (2021). Son ministère cherche à créer des espaces d’écoute, de dignité et d’espérance pour chacun·e.

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