Face à la montée de l’itinérance marquée par le manque de logement, de sécurité et souvent de relations humaines, nous sommes appelés à dépasser l’indifférence et à reconnaître la dignité des personnes sans domicile.
Entre compassion, engagement citoyen et initiatives chrétiennes, les Églises et la société peuvent répondre concrètement aux besoins humains, spirituels et matériels des plus vulnérables, dans un esprit d’écoute, de solidarité et de justice.
Table des matières
Errer, sans dormir et sans amour
« J’ai besoin de dormir … et d’un peu d’amour aussi », voilà le titre qui coiffait l’un des articles du quotidien le Nouvelliste en ce début d’octobre. Un reportage sur l’itinérance, l’un de plus en ce mois où sont tenus des événements baptisés la Nuit des sans-abri, cela à travers tout le Québec.
Comme vous probablement, je prie pour mes semblables qui survivent dans des conditions aussi épouvantables.
N’est-ce point honteux alors que l’on apprenait, en juillet dernier, que le Canada occupait la 13e place parmi les états les plus riches de la planète.
Quant à moi, Crésus n’est pas mon surnom. Par contre, à chaque soir, je remercie Dieu.e d’avoir passé un autre 24 heures au cours duquel j’ai eu droit à un déjeuner, un dîner, un souper et même quelques collations.
En prime, je peux étendre ma carcasse sur la même paillasse que la veille si cela s’avère mon désir. Une personne en situation d’itinérance ne jouit évidemment point de ce privilège. Dormir d’un bord pis de l’autre ronge ta santé physique, mais aussi mentale.
Imaginez le drame lorsque celle-ci est déjà fragile. En ce qui concerne l’amour, comment en obtenir, même des miettes, lorsque ta simple présence incommode les autres. Recevoir quelques gouttes de ce précieux nectar qu’on appelle « amour », un défi supplémentaire pour les personnes sans domicile fixe …
L’indifférence face à l’itinérance
N’étant ni psy, ni infirmière, ni intervenante en toxicomanie, ni travailleuse sociale, je vais donc vous jaser d’itinérance en tant qu’humble madame Tout-le-Monde qui évolue dans une métropole où les SOS fusent à chaque fois qu’elle arpente le macadam.
Connaissez-vous Le Cri, chef-d’œuvre du peintre norvégien Edvard Munch? Si ce n’est point le cas, je vous demande d’interrompre la lecture de cette chronique immédiatement afin de lancer un appel au camarade Google.
Ces yeux exorbités, cette bouche grande ouverte, cette silhouette qui se prend la tête entre les mains alors qu’un ciel rouge sang la surplombe, il me semble l’apercevoir de plus en plus souvent dans mon paysage. Lorsque je la croise, je ne sais trop quelle attitude adoptée. Suis-je la seule à ressentir ce trouble? Non.
En plus d’écrire pour Mon Credo, je collabore à diverses publications, dont la revue Femlu.
L’un des textes publiés dans la dernière édition m’avait particulièrement émue. Permettez-moi de vous offrir quelques mots de cette offrande poétique signée Marie-Hélène Charron-Cabana.
D’une part, l’autrice nous révèle qu’elle « tremble » aussitôt qu’elle « identifie comme humaines des formes qui gisent comme des cadavres sur des matelas abandonnés placés ici et là pour trouver un peu de paix. »
Ensuite, elle enchaîne en déclarant ceci : « Je n’ai pas peur d’elles et d’eux. J’ai peur de la société. Je n’ai pas peur d’elles et d’eux. J’ai peur des gens qui ne les voient plus. Je n’ai pas peur d’elles et d’eux. J’ai peur des gens cachés dans leur voiture (…) oubliant que les personnes de l’autre côté de la portière sont des êtres humains avec des besoins et des droits, (…) »
Comment il disait ça Bécaud? « Ce qui détruit le monde c’est l’indifférence ».
Sur le site du diocèse de Montréal, sans inciter leurs fidèles à « crucifier l’indifférence » tel Monsieur 100000 Volts, on mentionnait néanmoins un document diffusé par le Conseil Pontifical des migrants et des personnes en déplacement.
Catho ou non, peut-on mettre son veto à cette déclaration : « Les pauvres n’émeuvent plus, ils sont devenus un problème d’ordre public; il existe une attitude de gêne croissante envers ceux qui demandent l’aumône ».

Églises chrétiennes en mode action face à l’indifférence
Que l’on s’identifie au catholicisme, au protestantisme ou encore à l’anglicanisme, notre foi nous exhorte à agir en ce qui a trait aux plus vulnérables de notre société.
Bien sûr, existent les sempiternelles collectes de nourriture et de vêtements qui ont lieu principalement dans le temps de Noël. Pareillement à d’autres Églises, la Cathédrale Christ Church, sise dans le centre-ville de Montréal, organise des repas communautaires sur une base mensuelle. La chaleur y est au rendez-vous. Si celle qui se dégage de la cuisine est incomparable, celle qui émane des bénévoles cherchant à apaiser la faim est cependant inoubliable.
Sur son site internet, cette nef anglicane affirme d’ailleurs qu’elle « ne considère pas la présence des personnes sans-abri comme un fardeau, mais plutôt comme une occasion de s’acquitter de sa mission sociale. »
Malheureusement, on se doit d’admettre que les conseils de paroisse mettant en œuvre des initiatives de ce genre font parfois face à un voisinage qui ne cautionne point leurs interventions. Sans compter que leurs propres fidèles froncent quelquefois les sourcils à la sortie de l’église quand succèdent aux oraisons, psaumes et cantiques, des litanies du genre « un p’tit peu de change SVP ». Eh oui, le partage de l’espace public fait figure de véritable casse-tête.
À part la rue, où passer tes journées quand tu n’as pas la chance d’avoir ton propre logis?
Dans un reportage diffusé par Est Média Montréal, le député Guillaume Cliche-Rivard rappelait que « les gens ont raison de se questionner sur les enjeux de la cohabitation. » Solution? « Les accompagner dans leur cheminement parce que s’il n’y a pas de communication, on ne va pas y arriver. »
Mollassonnes nos églises? En février 2025, dans un média spécialisé en information religieuse, Jonathan Lacasse, un agent diocésain de Trois-Rivières, suggérait entre autres que l’Église devrait être « plus revendicatrice au niveau des enjeux sociaux, d’autant que ça l’aiderait à retrouver une forme de crédibilité. »
Est-ce irrévérencieux de répandre ces propos, tirés de Présence, au sein de toutes les institutions chrétiennes? Jésus n’incarnait-il pas le militantisme par excellence?
Le 1er octobre dernier, une fois de plus, je participais à un blitz de ramassage de seringues mis sur pied par l’organisme Spectre de rue.
Ce que j’aime par-dessus tout dans ce genre d’activité est d’échanger, même brièvement, avec des personnes qui ont un parcours de vie fort différent du mien.
Sur notre route se trouvait un jeune homme paraissant mal en point. Le chef de notre équipe s’est tout de suite approché de lui. Cette personne visiblement vulnérable nous a alors répondu avoir faim.
Je lui ai offert de l’accompagner au Super C afin de lui acheter un peu de bouffe. Il a accepté. Un contenant de yogourt et un pâté de chinois ont été élus. Puis, il m’a demandé de lui payer un paquet de cigarettes. J’ai poliment refusé. La culpabilité s’est automatiquement emparée de moi …

Sexagénaire, bénévoler au sein de l’organisme les Petits Frères, ainsi qu’Amnistie internationale. Membresse en règle du Collectif Échec à la guerre et de la Fédération des Femmes du Québec. Être alliée de Stella et des gens qui travaillent dans le domaine du sexe ou encore des personnes qui s’identifient à la communauté LGBTQ+.
Baccalauréat en littérature française et une maîtrise en bibliothéconomie et sciences de l’information, ça donne la piqûre de l’écriture, écrire encore et toujours des lettres ouvertes qui surgissent dans divers médias et collaborer par des textes avec Mon Credo, le Conseil régional Nakonha:ka et la collective de chrétiennes féministes L’autre Parole.