Est-ce que la consécration change une vie?
Stéphane Vermette
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La consécration est-elle un véritable tournant ou la reconnaissance d’un chemin déjà parcouru? Entre rituels, symboles et reconnaissance ecclésiale, cet engagement marque-t-il une transformation profonde ou confirme-t-il simplement un appel déjà vécu et porté au quotidien?
Au-delà des titres et des cérémonies, Joan et Stéphane explorent dans cet épisode la signification de la consécration et son impact dans leur vie en partageant des anecdotes personnelles et des réflexions sur l’engagement et leur parcours spirituel.
Table des matières
Transcription:
[Stéphane] Bonjour, bienvenue à Question de croire, un podcast qui explore la foi et la spiritualité, une question à la fois. Cette semaine, est-ce que la consécration change une vie?
[Joan] Bonjour Stéphane.
[Stéphane] Bonjour, Joan, et bonjour à toutes les personnes qui nous écoutent. Je crois que ce sujet te touche particulièrement.
[Joan] Ah oui, on va y revenir. Il m’est arrivé 2 ou 3 trucs il y a 2 semaines à la cathédrale de Lausanne, on va y revenir.
Être consacré plusieurs fois
[Joan] Mais entre-temps, j’ai réfléchi à une anecdote que m’a racontée un collègue de l’Église réformée vaudoise, un collègue que j’aime beaucoup, que je salue là, qui se reconnaîtra. Il est vraiment super marrant et avec lui, de temps en autre, je tiens la roulotte devant la gare d’Yverdon et je trouve que c’est un ministère magnifique.
Alors, ce collègue m’a raconté qu’il y a quelques années, alors qu’il était encore pasteur évangélique, je précise, il avait déjà eu, je ne sais pas quoi, une prière, une consécration, une bénédiction, un truc évangélique.
Il est parti en mission au Caire, auprès là-bas des communautés protestantes. Et puis là-bas, il y a un synode arabe, quelque chose de ce goût-là. Et tout le monde ne parlait pas anglais, lui-même ne parlait pas vraiment arabe.
Un jour de fête, dans une communauté multiculturelle, multilangue, multipleine de choses, lui, on lui avait annoncé que c’était un culte d’accueil. Et puis l’évêque du synode arabe… Dieu seul sait ce qu’on lui avait dit… mais en tout cas, d’une façon vraiment très spontanée et pleine d’amour, il lui a mis les deux mains sur la tête comme ça et l’a consacrée.
Donc le collègue m’a dit, bon, vu l’ambiance, le français, l’anglais, l’arabe, tout ça, l’évêque qui s’était déplacé de je-ne-sais-où au Liban ou je ne sais pas où, il n’a pas fait d’histoire et il a accepté d’être reconsacré.
Et puis, quelques années plus tard, il a senti un vrai appel pour devenir ministre dans l’Église réformée vaudoise et donc il a fait son parcours pour être diacre. Et là, on lui a annoncé qu’il allait être consacré comme diacre. Du coup, il a dit bon ben allez hop, on y va, au point où j’en suis. Et donc, finalement, autant être consacré trois fois au lieu d’une. Ça a l’air de rendre toutes ces institutions tellement heureuses.
Et puis finalement, quand on a un peu souple d’esprit, quand on a eu des ministères de droite et de gauche, on prend ce qui vient. Qu’est-ce que tu en dis?
L’inconfort de devenir un pasteur
[Stéphane] Moi, tout ce que j’ai entendu, c’est l’imposition des mains. C’est quelque chose, je dois avouer, je m’ouvre, je déteste qu’on me touche la tête. Il n’y a aucune raison, c’est comme ça.
Lorsque l’on consacre ou on ordonne, ici à l’Église Unie on parle plus d’ordination, mais on va utiliser consécration aujourd’hui pour que tout le monde s’y retrouve.
Lorsqu’il y a consécration, il y a l’imposition des mains, et j’avais invité quelques amis à participer à ce moment-là, et mes amis le savaient très bien que j’avais un blocage de ce côté-là.
Et pendant les heures précédentes, ils disaient toujours, « On va te toucher la tête, Stéphane! On va te toucher la tête! » Et j’ai fait, « Ok, ok, ça va bien aller! Ça va bien aller, ça va bien aller! »
Ce n’était pas devenir pasteur en tant que tel, mais c’est quelques secondes d’inconfort qui peut-être était un symbole du ministère. Parfois, il faut faire quelques petits trucs d’inconfort pour réussir à faire quelque chose.

Les différentes traditions des Églises protestantes
[Joan] Mais tu sais, je te rejoins vachement sur la notion d’inconfort, parce que dans cette belle consécration qui est un beau symbole de l’Église réformée vaudoise à la cathédrale de Lausanne, il y a eu plein de petits moments pour lesquels on nous avait préparés, mais qui ne sont pas ceux de ma culture ecclésiale, plutôt luthéro-réformée.
[Stéphane] Si je peux me permettre, Joan, tu as été consacrée il y a quelques semaines. Ce n’est pas tous nos auditeurs et auditrices qui le savent.
Moi, à la base, je viens plutôt de l’Union des Églises protestantes d’Alsace et de Lorraine, une église plutôt luthéro-réformée, plutôt proche des liturgies et des rituels luthériens. Alors pas tout le monde, évidemment. Il y a une cinquantaine de paroisses réformées qui sont moins attachées à cela, mais après il y en a 250 qui le sont pas mal.
Et il y a une chose qui est assez importante quand tu es ordonné dans mon Église d’origine, c’est qu’on va te donner ton étole. Et finalement, ça m’a manqué, tout du long. C’est-à-dire que j’en avais fait la demande, mais ça n’a pas été possible pour des raisons réglementaires, parce que l’étole est très réglementée dans l’Église réformée vaudoise, et donc ça n’a pas été possible, mais ça m’a manqué tout du long.
Et je trouve que ça m’a manqué pour plein de raisons, mais aussi parce que, finalement, l’étole symbolise quelque chose d’important pour moi, qui est directement lié à ma consécration, c’est ce joug.
Alors ce joug, c’est vrai qu’on met au bœuf, puis c’est lourd. C’est bizarre un petit peu de se dire, mais quels les liens entre le ministère et puis tirer une charrette… encore que finalement ça vient en l’expliquant.
Mais c’est de se dire c’est un joug léger, un joug qui m’a été donné par le Christ, mais que je peux ôter aussi. C’est-à-dire qu’il y a des moments donnés où je peux vraiment ôter ce joug et dire voilà moi je suis juste Joan pour moi et je ne porte pas sur moi le salut de l’Église. C’est vraiment quelque chose que je remets à Jésus et puis des fois je prends ma part et je mets mon étole.
Et finalement suivre Jésus c’est un chemin de libération, mais aussi de responsabilité. Et en étant à la fois libérée et à la fois responsable, je suis tout autant légère qu’investie dans mon ministère.
Et voilà, ça m’a un petit peu manqué. Alors, j’ai exprimé mon besoin et on m’a répondu avec le règlement. J’accepte et mon cœur reste ouvert.
Être reconnu par son Église
[Stéphane] Je te comprends tellement, Joan. Moi, j’ai eu la chance que ma mère soit encore vivante avant que j’aie été consacrée. Elle m’a fait deux aubes, elle m’a fait plein d’étoles.
Donc, pour mon service de reconnaissance, c’est comme ça qu’on appelle ça ici, j’avais l’aube de ma mère, l’étole que ma mère avait faite et que j’ai encore et maintenant qu’elle est décédée, à chaque fois que je porte une aube et que je porte une étole, je sens comme elle m’embrasse encore après toutes ces années.
Ces petites choses-là demeurent importantes dans mon parcours. Ce n’est pas la Bible que j’ai reçue, parce que des Bibles, j’en avais déjà une dizaine. Je trouve ça toujours un peu bizarre qu’on reçoive une Bible lorsqu’on devient pasteur. Quand on a fait quatre ans de théologie, c’est au début qu’il faut avoir des Bibles. Mais ces petits symboles, ces petites choses-là qui font que c’est un moment spécial.
Je parle de service de reconnaissance parce que c’est souvent ça, la perception dans l’Église Unie, la version de la majorité, c’est une reconnaissance plus qu’un moment spécial. C’est l’affirmation d’un appel reçu plus tôt, ça marque la fin des stages, les études.
Et même lorsqu’on finit nos études, maintenant les personnes sont en paroisse pendant 18 à 24 mois, peuvent faire les sacrements et tout. Et il y a le service religieux à la fin pour célébrer tout ça.
Moi, je ne l’ai pas vécu de même. Ce n’est pas comme ça, mon parcours. Peut-être que j’ai des relents encore un peu catholique romain, mais, moi, il y a eu un vrai avant et après. Je n’étais pas la même personne. Oui, j’étais toujours Stéphane Vermette, mais il y a eu un changement.
Consécration et ordination
[Joan] Et c’est vrai que les mots comptent dans tout ça. Il y a ordination, consécration, reconnaissance de ministère. Même l’installation versus envoi en mission, ça compte. Ça situe la personne dans l’acte liturgique.
Alors j’ai un petit peu réfléchi là-dessus, j’ai fait deux, trois recherches et je me suis rendu compte qu’être consacré cela traduit quelque chose du fait d’être mis à part finalement. Ça peut être perçu un petit peu comme quelque chose de pompeux. Puis, d’un autre côté, j’ai bien senti dans cette cathédrale.
On nous a expliqué qu’ici à Payerne, par exemple, ça a été retransmis à l’église paroissiale. Des personnes ont regardé ça parce que ce n’est pas seulement que des ministres et des animatrices d’Église ont été mis à part, mais c’est aussi que c’est une façon de dire que toutes ces personnes sont là à votre service, aussi au service de l’Église. Alors pour moi l’équilibre finalement se trouve dans le fait de le faire devant Dieu et puis devant son Église.
Puis je voulais aussi parler un petit peu de ce sens d’ordination en fait. Ordination, il y a l’idée de ordo, il y a une idée de mettre en ordre, de la liturgie. La liturgie est là pour mettre en ordre liturgique la vocation de la personne.
Dans les ordinations luthériennes, on parle de la personne individuellement, on dit un peu qui elle est, d’où elle vient, ce qu’elle fait. Et on présente cette personne alors que lors de ma consécration, dans une compréhension beaucoup plus réformée, je n’ai pas été présentée parce que finalement j’étais là parce que j’avais été déjà reconnue par l’Église.
Donc j’étais là pour être devant l’Église, devant le peuple de Dieu et pas devant la croix, finalement la croix était derrière moi et pas devant moi.
Alors bien sûr, tout ça est compensé par des moyens modernes. Du coup, il y avait des vidéos avec des anecdotes de moi, d’autres aussi, de tout le monde, de nous tous et toutes, mais sans détail.
Alors voilà, il y a ces mots qui révèlent aussi derrière des conceptions un tout petit peu différentes de la façon dont démarre le ministère public de la personne.
Puis après, il y a aussi cette petite différence qui est faite maintenant, en tout cas dans l’UEPAL, et qui a donné lieu à une bonne blague. C’est qu’avant, on disait qu’on installait un pasteur lorsqu’il démarrait son mandat en paroisse.
Et maintenant, on l’envoie en mission parce qu’on veut que ce soit plus dynamique. Et puis, j’ai une amie qui est présidente de conseil qui m’a dit : « On en a parlé au conseil et on trouve ça complètement débile. Nous, on a vachement envie que les pasteurs s’installent. »
Et je me suis dit bah oui, c’est vrai en fait, cette idée d’envoi en mission, ça fait un peu peur. Qu’est-ce qui va partir? Où ça donc? Là-haut? On se calme, elle reste ici maintenant. Installer, c’est aller parmi nous.
Alors voilà, qu’est-ce qu’on fait avec ces besoins qui sont des fois différents entre les conceptions théologiques, l’individualité, moi qui aurais voulu être présentée, recevoir mon étoile, et puis en même temps cette mission qui est tellement plus vaste de servir en fait l’assemblée.
L’identité de pasteur
[Stéphane] Si toi tu avais fait beaucoup de ministères avant d’être consacré officiellement par ton Église, moi j’avais fait du ministère en tant que laïc, mais je n’avais pas eu des mandats de l’Église.
Et oui, le terme d’installation, je peux comprendre parce qu’il faut absorber tout ce qui vient avec la position de pasteur. Et ce n’est pas une question de privilège ou de statut, mais pour moi, c’était accepter que oui, bon, voilà, c’est là que je suis rendu.
J’ai toujours eu de la difficulté, même pendant mon parcours avec cette idée de pasteur, parce que je me disais : « Bon, je ne parle pas comme un pasteur, je ne m’habille pas comme un pasteur, je ne me comporte pas comme un pasteur. » Je ne me voyais pas comme un pasteur.
J’ai eu beaucoup de difficultés à arriver à ce moment-là où je me suis dit : « Oui, je peux être un pasteur. Dieu m’a appelé… en tout cas, je crois que Dieu m’a appelé. Je crois que Dieu n’a pas fait d’erreur. Donc, Dieu me connaît. Dieu doit savoir qui est Stéphane Vermette et avec toutes les qualités et toutes les erreurs. »
Mais ça m’a pris beaucoup de temps d’assumer cette place-là. Et ce n’était pas… par exemple, parler en public. C’était facile pour moi. Dans ma jeunesse, j’ai fait du théâtre, de l’improvisation. Ce n’était pas ça. C’était d’être un peu le symbole, ce que les gens imaginent d’un pasteur ou voient d’un pasteur. Ça, c’était difficile à intégrer.
Un parcours désordonné
[Joan] Alors, c’est vrai que moi, comme tu l’as dit, j’ai longtemps été désordonnée. D’abord, ce n’est un secret pour personne, je m’en suis expliquée devant différentes commissions de consécration et de ministères. J’ai longtemps refusé de faire mes derniers stages parce qu’on ne bénissait pas les couples de même genre dans mon église d’origine l’UEPAL.
Et puis, fin 2019, en novembre, la bénédiction est passée pour les couples de même genre.
Ensuite, il y a eu 2020, on sait c’est ce qui s’est passé en 2020. Et là je ne sais plus s’il y a eu des ordinations, je ne suis pas sûre. En tout cas je n’avais pas fait les démarches.
Et à partir de la rentrée de septembre 2020, l’Église a repris contact avec moi et m’a dit : « Bon, est-ce qu’il ne serait pas temps pour toi maintenant de trouver un moyen de valider déjà tous tes acquis et puis ensuite éventuellement de combler d’une ou l’autre chose par une formation, par un stage, et puis après tu serais dans la cohorte des ordinations septembre-octobre 2021. »
J’ai dit ok, je suis rentrée en matière, on a fait un certain nombre de démarches, et j’ai eu avant l’été mon certificat d’aptitude aux fonctions pastorales, CAFP.
À partir de là, j’étais pasteure, mais pas encore ordonné. Et puis, du coup, j’étais inscrite à la cohorte de septembre. Mais en fait, je suis partie en Suisse faire tout à fait autre chose, donc diacre à Zurich.
Et c’est là que tout s’est un tout petit peu compliqué, parce que de droite et de gauche, du coup, les uns et les autres étaient un peu perdus. Est-ce que j’étais diacre, est-ce que j’étais pasteure?
Et moi, en fait, j’étais surtout en ministère. J’avais surtout envie, après ce grand épisode du Covid, j’avais vu plein de gens qui étaient perdus, qui avaient des questionnements justement spirituels, qui ne trouvaient pas assez de culte ou de pasteur online, qui avait besoin de soutien et d’accompagnement, mais ça aussi c’est ce que toi tu as vécu avec la communauté dont tu t’occupais.
Eh bien en fait, je me suis dit, le plus important ce n’est pas tant moi et l’institution, moi et ma place dans la hiérarchie, le plus important, c’est le ministère. Ça a toujours été mon aiguillon.
Alors là, il se trouve que j’ai été consacrée, j’en suis vraiment contente et heureuse. Mais ce que j’aimerais vraiment toujours, c’est qu’on réalise que la consécration, c’est juste une étape. Ce qui compte, c’est la vocation et le ministère.
Consacré pour la vie
[Stéphane] Je reviens à ce que tu as dit un peu plus tôt par rapport à ton étole, que tu peux la mettre, tu peux l’enlever. Oui, moi aussi je peux la mettre et je peux l’enlever. Mais j’ai vraiment intégré aussi l’idée de l’Église Unie que l’on est ordonné pour la vie. Je ne sais pas si c’est la même chose pour vous. À moins d’une faute grave, je serai toujours pasteur.
Et ce n’était pas quelque chose qui m’habitait vraiment jusqu’au moment où j’ai quitté le ministère en paroisse, où j’ai commencé à travailler pour l’Église, dans un travail de 9 à 5 devant un écran d’ordinateur. Est-ce que je suis encore pasteur? Est-ce que ma consécration tient toujours?
Si je pousse ma réflexion parfois, je dis : « Si je perds mon travail à l’Église… comme pour plein de gens, il y a des coupures, il y a des restructurations dans tous les domaines… et que je vais faire un autre emploi, si je vais vendre de l’assurance, est-ce que je vais être encore pasteur? »
Et je me posais la question, « Est-ce que je m’accroche à un titre ou à une identité profonde? Est-ce que je vais être capable de trouver un ministère dans tout ce que je vais faire, peu importe qui va être mon employeur, peu importe où est-ce que je vais habiter, est-ce que cette formation-là, est-ce que cette identité-là sera toujours là? »
J’aime penser que oui, que cela va au-delà d’un titre, cela va au-delà d’une charge de travail. C’est une façon d’aborder le monde. C’est une façon de vivre sa foi.
Oui, avec l’aide de Dieu.e
[Joan] Du coup, c’est vrai que ce moment, il est encore frais dans ma tête. Alors, c’est vrai que je vais un peu réfléchir aussi, comme toi. Ouais, c’est une façon d’aborder le monde, c’est juste.
Et est-ce que ce moment a changé ma vie? Alors oui, dans un sens, comme tu dis, selon les règlements d’Église, etc. On est maintenant devenus un peu ontologiquement pasteurs, donc ça change un peu la vie.
Et puis, notre consécration, elle est valable dans la très grande majorité des Églises de la réforme. C’est une tranquillité d’esprit. Moi, je pourrais postuler à ton Église, même s’il n’y a pas de fonds. Puis, tu as du bien toujours essayé de venir en Suisse. Des fois, on en blague toi et moi. On pourrait faire du swap.
Et puis en même temps, est-ce que ce moment a changé ma vie? Non. Parce que moi j’étais déjà pasteure depuis très longtemps. J’ai reçu ma vocation à l’âge de dix ans. C’est tout ce qui m’a aiguillée jusqu’à maintenant.
Mais, par contre, je retiens une chose de cette liturgie et c’est ma réponse. « Oui, avec l’aide de Dieu.e. » J’insiste sur le « .e ».
Et c’est vrai que c’est compliqué de travailler pour des Églises, parce que des fois, les auditeurs et auditrices vont peut-être faire : « Oh là, là! C’est dingue. » Mais, des fois, on s’éloigne de Dieu, à force de travailler pour les Églises et les institutions.
On n’est pas tellement connectés à la notion divine. Il y a tellement de réunions qui sont organisationnelles, de planifications, puis d’un autre côté c’est mieux comme ça. On n’instrumentalise pas Dieu à tout bout de champ en sortant de notre Bible pour se justifier à propos de je ne sais quelle restriction budgétaire ou comme ça.
Mais quand même, du coup ce : « Oui, avec l’aide de Dieu.e », moi ça continue à m’aiguillonner
Puis je me dis aussi que finalement, toutes ces liturgies dont on parle depuis une vingtaine de minutes, ces parcours vocationnels, ils sont intéressants parce qu’ils traduisent aussi quelque chose de l’ordre, de la hiérarchie dans nos institutions.
Institutions qui, je pense, ont cela en commun qu’elles disent refuser la hiérarchie. Il y en a très peu, on nous parle souvent. Et puis pourquoi pas d’horizontalité, tout ça? Mais surtout pas catholique romain.
Alors comment ça se fait qu’il y a un nombre incroyable de collègues qui m’ont dit au cours de mon parcours : « Tu n’es pas ordonnée ou tu n’es pas consacrée? Ah bon? Mais comment ça se fait? Ah en fait tu n’es pas pasteure! » Il y en a une qui m’a dit ça il y a un peu plus d’un an. Vraiment, c’est toute la paix de Dieu qui m’a empêché de jeter quelque chose contre le mur.
Et puis maintenant, il y en a qui voudraient un peu blaguer. Alors bon, pas trop, mais un peu quand même. Et puis alors, on m’a déjà donné du « jeune collègue ». Voilà, donc ça montre bien, in fait, qu’il y a des enjeux de pouvoir partout. On le sait très bien.
Et comment faire pour que nos liturgies, nos actes, nos rituels réduisent vraiment au plus petit dénominateur possible ce besoin de pouvoir, ce besoin de maîtrise sur la vie de l’autre?
J’aime bien aussi un peu comme ça, la lâcher comme une bombe dans une conversation quand ça commence à partir : « Voilà, moi j’étais consacrée à ça. Écoutez, moi j’ai commencé le ministère en 2009 en étant catéchiste scolaire et puis j’avais vraiment un ordre de mission pour ça et sinon j’ai fait toutes les formes de ministère pratiquement. »
Et souvent, ça calme un peu parce que pour moi, je trouve ça super d’être pasteur de paroisse depuis 20 ans et que Dieu te bénisse. Mais en fait, si tu as fait que pasteur de paroisse, tu as cette grande expertise là-dedans, mais tu ne connais pas nécessairement les autres ministères. D’où l’importance de la complémentarité, de l’accueil des dons et des charismes.
Et c’est justement ça, pour moi, un petit peu le rempart contre la hiérarchie, c’est l’accueil de ces dons et de ces charismes.
Une alliance avec Dieu
[Stéphane] Tu as mentionné les gestes, les rituels. Avant ma consécration, je voulais marquer le coup, je voulais faire quelque chose et je me suis mis à réfléchir sur qu’est-ce que ça signifiait pour moi, qu’est- ce que je pouvais faire.
Et deux, trois jours avant le service religieux, je me suis fait faire mon premier tatouage. C’était le nom de Dieu en hébreu, le hachem, les quatre lettres, ce qui est traduit en français par Yahweh.
C’était en lien avec Genèse 17, lorsque Dieu et Abraham établissent une alliance, et cette alliance est inscrite dans la chair. Dans la Bible, on parle de circoncision. J’ai préféré le tatouage pour certaines raisons.
Pour moi, c’était une alliance, justement. C’est comme je disais à Dieu : « OK, je fais un deal avec toi. Je fais une alliance avec toi. Je te donne ma vie. Je te confie ma vie. Puis, en échange, tu vas prendre soin de moi pour le reste de ma vie active. »
J’ai fait le choix d’être dans cette relation. J’ai fait le choix avec tout ce qui vient avec.
Un peu comme dans la Bible, on parle du peuple de Dieu qui est en alliance avec Dieu. Il y a des moments, ça va bien, il y a des moments, ça va moins bien. Mais l’alliance est supposée toujours être là.
Et quand je revois mon tatouage tous les jours, c’est comme un rappel de cet engagement que j’ai fait envers Dieu. C’est un autre symbole, c’est un autre marqueur de ma consécration. C’est du long terme. Ce n’est pas juste de passage. Peu importe où la vie va m’emmener, l’alliance pour moi demeurera.
Restons humbles
[Joan] Oui, c’est beau comme ça de marquer, de jalonner nos vies de foi avec des symboles.
Je me demande si nos auditeurs-auditrices ont aussi des exemples comme ça à nous partager. Est-ce qu’on a déjà fait un épisode sur est-ce que le tatouage est biblique?
C’est vrai que de cette grande consécration, de cette grande cérémonie, une liturgie très suivie, très appréciée, on a vraiment beaucoup de gens qui sont venus de la paroisse. J’ai trouvé ça impressionnant, ma famille des États-Unis. C’est super, tout le monde a beaucoup prié, ça a beaucoup pris soin de nous.
Pour moi, finalement, ce qui m’a un peu habité tout le temps, c’était restons humbles. Restons humble parce que Jésus, il est né dans une mangeoire, il est mort sur la croix, il était seul. À part au moment des rameaux, il a rarement eu une grande foule pour l’encourager, plutôt pour le challenger. Et puis quand il est revenu, personne ne l’a reconnu même.
Donc même le terme de reconnaissance, ça c’est intéressant d’un point de vue christique. Et puis sa relation avec Dieu était tellement personnelle.
Et puis nous on est là, on a des besoins de rituels, de titres, de reconnaissances. Voilà, ça m’amène à me remettre à chaque fois devant la croix, alors elle était derrière moi pour ma consécration, ça fait deux fois que je le lis donc tu vois que ça m’a contrariée.
Se remettre devant la croix et puis à me dire, voilà, avec ou sans étole, avec ou sans aube ou pastorale. C’est moi, Joan, toi, Stéphane, vous, auditeurs, auditrices, devant la croix du Christ, avec nos cheminements et les petits rites et rituels qu’on trouve pour marquer le coup, donner sens et avoir une colonne vertébrale. Je suis reconnaissante de ça, mais finalement, ça ne fait pas de moi une meilleure pasteure.
Conclusion
[Stéphane] Merci beaucoup, Joan, un pour un, ton ministère, et deux, pour avoir partagé ton expérience quand même assez fraîche avec nous.
On veut aussi remercier l’Église Unie, notre commanditaire, qui nous permet de continuer ce projet, je le répète, pour une cinquième année.
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Merci beaucoup Joan.
[Joan] Oui, avec l’aide de Dieu.
[Stéphane] Et bonne semaine à tous.
[Joan] Merci beaucoup à vous.
[Stéphane] Au revoir.
[Joan] Au revoir
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Mots clés :
consécration, ministère, foi, symboles religieux, engagement, liturgie, église réformée, spiritualité, rites, vocation
Sujets clés :
Signification de la consécration dans la vie religieuse
Anecdotes personnelles sur la consécration et l’engagement
Les défis et inconforts liés à la consécration
La relation entre foi personnelle et rites religieux
Chapitres:
00:01:00 – Être consacré plusieurs fois
00:02:54 – L’inconfort de devenir un pasteur
00:04:05 – Les différentes traditions des Églises protestantes
00:06:29 – Être reconnu par son Église
00:08:41 – Consécration et ordination
00:11:45 – L’identité de pasteur
00:13:36 – Un parcours désordonné
00:15:50 – Consacré pour la vie
00:17:51 – Oui, avec l’aide de Dieu.e
00:21:41 – Une alliance avec Dieu
00:23:51 – Restons humbles
00:25:49 – Conclusion
Auteur et autrice

Rév. Stéphane Vermette
Pasteur de paroisse à Admaston, Kanata (Ont.), Quyon (Québec) et Église Unie Sainte-Claire (exclusivement sur internet). Coordinateur des communications et du développement en français de l’Église Unie du Canada. Depuis plus de 10 ans, il exerce un ministère numérique sur les médias sociaux (Facebook, Instagram, TikTok, YouTube, Bluesky) pour apporter une foi progressiste en français sur internet.

Joan Charras-Sancho
Joan Charras-Sancho est docteure en théologie protestante et pasteure. Active dans le canton de Vaud, elle accompagne les personnes migrantes et les communautés queers. Collaboratrice aux livres « Une bible des femmes » (2018), « Une Bible, des hommes » (2021). Son ministère cherche à créer des espaces d’écoute, de dignité et d’espérance pour chacun·e.