Oser un regard différent

Photo d'un home en crise de déconstruction de la foi.

La déconstruction spirituelle

9 septembre 2026
Photo de Stéphane Godbout

Stéphane Godbout

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La déconstruction spirituelle n’est pas l’abandon de la foi, mais une invitation à revisiter ses croyances avec honnêteté. À travers les doutes, les questions et les remises en question, plusieurs découvrent une foi plus mature et authentique, centrée sur le Christ, ouverte au dialogue et enracinée dans la confiance envers un Dieu plus grand que nos certitudes.

Perdre ses certitudes

« J’ai l’impression que tout le château de cartes de ma foi est en train de s’écrouler. »

Au cours des dernières années, j’ai entendu cette confidence plus d’une fois. Des hommes et des femmes, parfois très engagés dans leur Église, me disent qu’ils ne savent plus quoi croire. Les réponses qui les ont nourris pendant des années ne répondent plus aux questions que leur pose la vie. Certains en éprouvent même de la culpabilité, comme si le simple fait de douter était déjà une trahison envers Dieu.

Cette confidence me touche profondément parce qu’elle fait écho à mon propre parcours. J’ai grandi dans la tradition catholique. J’y ai découvert la prière, les récits de l’Évangile, le sens du sacré et une certaine ouverture au mystère de Dieu. J’en garde une profonde reconnaissance. Pourtant, au fil des années, certaines certitudes ont commencé à vaciller. Ce n’était pas parce que je voulais croire moins. C’était plutôt parce que je voulais croire de manière plus honnête.

J’ai dû entreprendre un travail de déconstruction. À l’époque, je ne connaissais même pas ce mot. Avec le recul, je réalise pourtant que c’est exactement ce que je vivais. J’avais besoin de distinguer ce qui relevait véritablement de l’Évangile de ce qui appartenait davantage à une culture, à une époque ou à une manière particulière de comprendre Dieu.

Ce chemin n’a pas été simple. Il m’a parfois déstabilisé. J’ai eu l’impression de perdre des repères qui avaient accompagné toute mon enfance et une bonne partie de ma vie adulte. Mais je n’ai jamais eu le sentiment de perdre Dieu. Au contraire, j’avais l’impression qu’il m’invitait à aller plus loin.

Aujourd’hui, le mot déconstruction circule abondamment dans les médias, les balados et les réseaux sociaux. Il suscite parfois beaucoup d’inquiétude. Certains y voient un abandon de la foi ou une mode passagère. Pour ma part, je préfère y voir un travail de discernement. Une manière de faire le tri entre ce qui nous rapproche réellement de Dieu et ce qui, au contraire, finit par nous en éloigner.

Déconstruire n’est pas détruire

Le mot lui-même peut faire peur. Pourtant, lorsqu’on rénove une vieille maison, on commence souvent par enlever le plâtre, ouvrir quelques murs ou remplacer des poutres fragilisées. Personne ne conclut pour autant que la maison est perdue. Au contraire, on la restaure pour qu’elle puisse durer encore longtemps. Je crois qu’il en va souvent ainsi de la foi.

Déconstruire ne signifie pas démolir. Cela signifie prendre le temps d’examiner ce que nous avons reçu. Certaines croyances demeurent solides. D’autres demandent à être nuancées. D’autres encore ont peut-être fait leur temps.

La vie nous pousse souvent vers cette démarche. Un enfant qui grandit, un deuil, une rencontre marquante, les découvertes scientifiques, la souffrance humaine ou simplement le contact avec des personnes différentes de nous peuvent faire naître des questions auxquelles les anciennes réponses ne suffisent plus.

Pendant longtemps, j’ai cru qu’une foi solide devait posséder des réponses à presque tout. Aujourd’hui, je pense exactement le contraire. Une foi solide est une foi qui n’a pas peur des questions.

Ce changement de perspective a transformé ma manière de croire. Je ne cherche plus à défendre un système religieux. Je cherche davantage à comprendre comment l’Évangile peut encore éclairer notre monde, nos relations et nos engagements. Cette recherche demeure parfois inconfortable, mais elle est profondément vivante.

La déconstruction chez les catholiques

Chaque tradition chrétienne connaît aujourd’hui ses propres questionnements. Chez les catholiques, la déconstruction prend souvent une forme particulière. Les scandales d’abus et leur gestion ont profondément ébranlé la confiance envers l’institution. Beaucoup se questionnent également sur la place des femmes, sur l’accueil des personnes LGBTQ+, sur certaines positions en matière de sexualité ou sur le fonctionnement très centralisé de l’Église. Je partage ces interrogations.

Pour autant, je crois qu’il faut éviter les caricatures. Le catholicisme ne se résume pas à ses difficultés actuelles. Il porte aussi une immense richesse spirituelle. J’y ai appris le silence, la contemplation, la beauté de la liturgie, l’importance des sacrements et le désir de chercher Dieu au cœur de l’existence. Ma démarche n’a donc jamais consisté à rejeter tout ce que j’avais reçu. Elle consistait plutôt à me demander ce qui était essentiel.

Peu à peu, j’ai découvert qu’il était possible d’aimer profondément Jésus-Christ sans être d’accord avec toutes les positions d’une institution. J’ai aussi compris que l’histoire du christianisme est celle d’une tradition qui n’a jamais cessé d’évoluer. Les premiers disciples eux-mêmes ont dû apprendre à revoir plusieurs de leurs certitudes lorsqu’ils ont découvert que l’Esprit soufflait bien au-delà des frontières qu’ils avaient imaginées.

C’est probablement là que ma reconstruction a véritablement commencé. Non pas lorsque j’ai trouvé de nouvelles réponses, mais lorsque j’ai accepté que Dieu puisse être plus grand que toutes les réponses que j’avais reçues.

La déconstruction chez les évangéliques

Si mon expérience est d’abord celle d’un ancien catholique, j’ai découvert au fil des années que plusieurs personnes provenant du monde évangélique traversent un cheminement étonnamment semblable.

Les questions ne portent pas toujours sur les mêmes sujets. Elles concernent souvent une lecture très littérale de la Bible, certaines conceptions de la sexualité, la culture de la culpabilité ou encore les liens parfois étroits entre la foi et les choix politiques. Le mouvement #Exvangelical, qui a pris de l’ampleur ces dernières années, montre bien que ce phénomène touche de nombreuses personnes.

Ce qui me frappe, c’est que les parcours finissent souvent par se rejoindre. Qu’on vienne du catholicisme, d’une Église évangélique ou d’une autre tradition chrétienne, les mêmes interrogations reviennent : comment continuer à croire sans renoncer à son intelligence? Comment accueillir les découvertes de la science sans avoir l’impression de trahir la foi? Comment annoncer un Dieu d’amour lorsque certains discours religieux semblent davantage susciter la peur que l’espérance?

À mes yeux, ces questions ne sont pas le signe d’une foi affaiblie. Elles sont souvent le signe d’une foi qui cherche à grandir.

Exemple de parcours pour une déconstruction de la foi
* Photo de Alvaro Reyes, unsplash.com. Utilisée avec permission.

Découvrir une autre façon de croire

Pendant un certain temps, je croyais qu’il n’existait que deux possibilités. La première consistait à conserver intactes toutes les croyances reçues, même lorsque certaines ne faisaient plus de sens pour moi. La seconde était de quitter complètement le christianisme. J’ai été profondément surpris de découvrir qu’une troisième voie existait.

En rencontrant la théologie libérale, je n’ai pas trouvé un nouveau système de réponses toutes faites. J’ai découvert une manière différente d’habiter la foi. J’y ai appris que la raison n’est pas l’ennemie de la spiritualité. Que les découvertes scientifiques ne diminuent pas Dieu, mais agrandissent notre émerveillement devant la création.

J’y ai découvert qu’il est possible de lire la Bible avec sérieux sans être obligé de tout comprendre de façon littérale. Les textes bibliques sont des témoignages de foi, écrits dans des contextes historiques précis, par des personnes qui cherchaient elles aussi à discerner la présence de Dieu dans leur vie. Cette manière d’aborder les Écritures ne les rend pas moins précieuses. Bien au contraire. Elles deviennent plus humaines, plus proches de nous, et parfois encore plus inspirantes.

Surtout, j’ai compris que le cœur du christianisme ne réside pas dans l’adhésion parfaite à une liste de doctrines. Il se trouve dans la personne de Jésus, dans son regard sur les autres, dans son accueil des exclus, dans sa compassion, dans son invitation constante à aimer Dieu et son prochain. Cette découverte a changé ma façon de vivre la foi.

Trouver une Église où les questions sont bienvenues

C’est dans cette recherche que j’ai découvert l’Église Unie du Canada. Je ne prétends pas qu’elle représente le point d’arrivée de toutes les personnes qui vivent une déconstruction spirituelle. Chaque parcours est unique, et il serait prétentieux de croire qu’une seule communauté puisse répondre aux besoins de chacun.

En revanche, j’y ai trouvé un climat qui m’a profondément fait du bien. Pour la première fois depuis longtemps, je pouvais poser des questions sans avoir l’impression de mettre ma foi en danger. Je pouvais exprimer des doutes sans être perçu comme quelqu’un qui s’éloignait de Dieu.

J’y ai découvert des femmes et des hommes qui ne cherchaient pas tant à avoir raison qu’à marcher ensemble à la suite du Christ. J’ai aussi été touché par l’importance accordée à l’inclusion, à la justice sociale, à la réconciliation avec les peuples autochtones, à la protection de la création et au respect de la dignité de chaque personne.

Toutes les communautés de l’Église Unie ne vivent pas ces valeurs de manière parfaite. Aucune Église ne l’est. Mais j’y ai trouvé une orientation qui correspondait profondément à ce que je découvrais de l’Évangile. Je me suis aperçu que la foi pouvait être exigeante sans être écrasante, ouverte sans être superficielle, enracinée dans la tradition tout en demeurant capable d’évoluer.

Reconstruire prend du temps

Avec le recul, je réalise que la reconstruction est beaucoup plus lente que la déconstruction. Il est relativement rapide de remettre certaines croyances en question. Il est beaucoup plus long de bâtir une nouvelle manière de croire. Cette période peut être déstabilisante.

On perd parfois une communauté, un vocabulaire, des habitudes, voire une partie de son identité. Certaines personnes de notre entourage comprennent difficilement notre démarche. D’autres craignent pour notre foi. J’ai appris qu’il fallait accepter ce temps de transition. Comme après une rénovation importante, il faut parfois vivre quelque temps au milieu des échafaudages avant de retrouver une maison habitable.

J’ai aussi découvert que je n’étais pas seul. Au fil des rencontres pastorales, des conversations et des lectures, j’ai réalisé que beaucoup de personnes vivent cette transition dans le silence. Elles continuent parfois de fréquenter leur Église tout en portant des questions qu’elles n’osent partager avec personne. Je crois pourtant que les questions ne détruisent pas la foi. Ce qui la fragilise davantage, c’est souvent l’impossibilité d’en parler librement.

Une foi plus libre et plus vivante

Aujourd’hui, je ne dirais pas que j’ai retrouvé toutes les réponses. Je dirais plutôt que j’ai retrouvé la paix. Ma foi est probablement moins remplie de certitudes qu’elle ne l’était il y a trente ans. Pourtant, elle me paraît plus solide.

Elle repose moins sur la peur de me tromper et davantage sur la confiance que Dieu continue de nous accompagner, même lorsque nos représentations de lui évoluent. Je crois toujours au Christ. Je crois toujours que l’Évangile peut transformer nos vies. Je crois toujours que les communautés chrétiennes ont quelque chose d’essentiel à offrir à notre société.

Mais je crois aussi que Dieu dépasse infiniment toutes nos définitions, toutes nos doctrines et toutes nos traditions. C’est peut-être la plus belle découverte de ce parcours. Je comprends très bien les personnes qui choisissent de quitter complètement l’Église après certaines blessures. Je respecte profondément leur décision.

Pour ma part, j’ai découvert qu’une autre avenue existait. Il est possible de continuer à marcher avec le Christ sans renoncer à son intelligence. Il est possible d’aimer l’Église tout en souhaitant qu’elle continue de se transformer. Il est possible d’accueillir le doute non comme un ennemi, mais comme un compagnon de route qui nous oblige à approfondir notre foi.

Au fond, la déconstruction n’est pas nécessairement la fin du christianisme. Elle peut devenir le commencement d’une foi plus humble, plus libre et plus profondément enracinée dans l’amour. Si je regarde aujourd’hui le chemin parcouru, je ne dirais pas que j’ai perdu ma foi. Je dirais plutôt que Dieu m’a doucement conduit d’une foi héritée vers une foi choisie.

Et, pour moi, cette différence change tout.

Photo de Stéphane Godbout

Actif au sein de l’Église Unie depuis 2013, Stéphane est célébrant laïc et célébrant laïc des sacrements depuis plusieurs années. Son engagement s’exprime principalement dans la paroisse de Sainte-Adèle et au sein du Ministère régional des Laurentides. Il est également membre du conseil d’administration et du comité exécutif du Séminaire diocésain de Montréal, ainsi que collaborateur de Mon Credo.

Stéphane affirme que sa vie a plus de sens, de joie, d’optimisme et de direction avec sa dimension spirituelle. Sa démarche repose sur une méditation continue de la vie, des écritures et des valeurs. Il s’intéresse à une spiritualité vivante et rassembleuse, qui énergise, apaise l’âme et s’enracine profondément dans la communauté. Il aspire à une foi simple, joyeuse et engagée, qui relève plutôt qu’elle ne juge. Les enseignements et les encouragements de Jésus-Christ constituent le cœur de sa démarche spirituelle.

Originaire de l’Abitibi, Stéphane a grandi dans les Laurentides à partir de l’adolescence. Engagé dans l’Église catholique durant sa jeunesse, dans la quarantaine, il a entrepris une démarche de recherche d’un milieu plus inclusif. Cette quête l’a conduit à l’Église Unie de Sainte-Adèle, où il a trouvé sa place et s’est pleinement investi depuis. Stéphane est maintenant à la retraite après une vie professionnelle bien remplie. Il a œuvré comme avocat et cadre supérieur dans le milieu de l’enseignement.

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