Quelle place pour la religion dans les médias?
Martine Lacroix
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Dans les médias, la religion occupe surtout une place liée aux scandales, aux controverses et aux stéréotypes, ce qui alimente une perception négative et réductrice des croyants. Si cette couverture est nécessaire pour dénoncer les abus, elle manque souvent de nuance et oublie les contributions positives des traditions religieuses.
Une représentation plus équilibrée, incluant diversité, réalités contemporaines et autocritique des communautés, permettrait de mieux refléter la complexité du phénomène religieux dans l’espace public.
Table des matières
Une foi caricaturée par les préjugés médiatiques
En tant que chrétienne, j’en ai vachement marre qu’on m’imagine déchirant un drapeau arc-en-ciel ou encore les deux yeux sortis de la tête brandissant des photos de fœtus près des cliniques d’avortement et, surtout, ne sortant jamais sans ma carte d’adhésion à un quelconque parti politique conservateur. Et, tant qu’à y être, pourquoi pas coiffée d’une casquette MAGA?
Quant à évoquer le curé de ma paroisse lors d’une banale conversation autour de la machine à café, le mot « pédo » ne risque-t-il point de clignoter dans les regards médusés? Tout ce fatras, serait-il la faute aux médias?
Quand les médias racontent les scandales et oublient les nuances
Si la religion ne se retrouve peut-être pas dans la rubrique des chiens écrasés, force est néanmoins d’admettre que les médias lorgnent du côté des religions principalement lorsque celles-ci s’enchaînent à des scandales ou des polémiques.
Est-ce nécessaire de vous faire un dessin? Port du voile islamique, tragédie des pensionnats autochtones, escroqueries commises par certains groupes pseudo-religieux visant à soutirer de l’argent à des fidèles vulnérables, prêtres pédophiles, intransigeance de la communauté juive hassidique et tutti quanti.
Bien sûr, il faut dénoncer les horreurs perpétrées par les ecclésiastiques et traduire en justice les coupables. En ce sens, les médias font leur travail.
Par contre, des nuances ne méritent-elles pas parfois d’être apportées dans le discours généralement négatif qui entoure les religions dans les médias?
Voilà ce qu’a fait le chroniqueur de La Presse, Yves Boisvert, qui a également collaboré à l’ouvrage Médias et religions : sur la même longueur d’ondes?
Dans un article datant d’avril 2023, il affirmait « avoir l’impression qu’on n’a retenu du catholicisme que l’abus de pouvoir du clergé, le colonialisme, les actes criminels et la complaisance tout aussi criminelle des dirigeants à l’endroit des pédophiles et des agresseurs sexuels ».
En ce qui a trait aux vocations véritablement charitables, « toutes ces vies consacrées au service des plus mal pris », le journaliste se désolait qu’on ait oublié leur « apport humain gigantesque à notre société ».
Parmi les ordres qui ont bâti ce coin de pays dont la devise est pourtant Je me souviens, comment peut-on minimiser le legs en éducation des 7 000 religieuses qui se sont jointes à la Congrégation de Notre-Dame depuis 1658.
Le 3 juin, Le Devoir nous informait que la maison mère de la communauté fondée par Marguerite Bourgeoys allait bientôt être vendue. Le politicologue et historien Jean-François Nadeau faisait entre autres référence au cœur de la grande dame détruit lors d’un incendie. Puis de terminer son article avec la question suivante : « Qu’est-ce qui restera demain du cœur de cette communauté? »
Une couverture médiatique biaisée qui alimente les stéréotypes
Les médias ont-ils la dent dure envers les religions? Le christianisme étant souvent perçu comme un symbole de domination, cela expliquerait le peu de sympathie à son égard. S’agit-il de l’un des motifs pour lequel la persécution des communautés chrétiennes à travers le monde passe habituellement sous le radar? Pelure de banane en perspective que cette hypothèse?
Dirigeons-nous vers Le centre Canadien de littératie aux médias numériques. Quelques clics sur habilomedias.ca suffisent pour apprendre également que « la religion est souvent déformée dans les médias que ce soit par fausses convictions ou par la dramatisation pour vendre des journaux ou attirer des téléspectateurs ».
Sans surprise, une pluie de stéréotypes s’abat régulièrement sur les trois grandes religions monothéistes. À cet effet, une tranche de vie de Mathieu Bock-Côté, vedette du Journal de Montréal, s’avère éloquente. Si l’essayiste et sociologue se plaît parfois à faire « l’éloge de notre vieux fond catholique », en mai 2025, le Conseil de presse du Québec, lui, jugeait ses propos tenus à l’égard d’une autre religion peu élogieux.
Selon le controversé personnage, « les communautés musulmanes se sentent davantage appartenir au monde islamique qu’à leur nation d’accueil ». Des déclarations du genre ont été jugées susceptibles de « renforcer les préjugés, alimenter la méfiance et accroître la marginalisation des membres de la communauté musulmane du Québec ».

Les stéréotypes épargnent-ils les personnes non-croyantes? Eh non, les adeptes de Dieu.e partageraient parfois leur couronne d’épines avec le camp adverse.
En effet, les rares fois où les médias font allusion aux athées et agnostiques, ils seraient « dépeints comme des êtres agressifs, fanatiques et insensibles ». Fanatiques! Grenouilles de bénitier et vilains crapauds impies réunis par un même vocable. Ben coudonc!
Entre intérêt renouvelé et signes d’ouvertures
Comment sont perçues les déclarations de Léon XIV, célébrité religieuse à laquelle les médias accordent le plus d’attention? En ce qui concerne son encyclique appelant notamment à « désarmer l’intelligence artificielle afin de l’empêcher de dominer l’humain », l’accueil ne semble-t-il pas plutôt favorable?
Quant à sa guéguerre avec son compatriote occupant le Bureau ovale, là, aucun doute possible. Adeptes de Dieu.e ou non, les pro-Léon surpassent largement les pro-Donald en nombre.

Autre réalité, l’intérêt des jeunes pour la religion, gracieuseté de TikTok, Instagram, Facebook et YouTube, constitue un sujet auquel de nombreux médias ont récemment accordé une certaine importance.
La Presse, le Journal de Montréal, The Telegraph, Radio-Canada, Noovo et cie ont couvert à leur façon ce phénomène. On l’explique entre autres par le besoin de « combler un vide existentiel ».
Et pourquoi pas la religion comme remède contre l’anxiété? Impossible alors de ne pas songer à ce bon vieux Karl Mark et son « opium du peuple ». D’autres font preuve de sagesse en rappelant que, peu importe nos convictions, ne faut-il pas dans tous les cas conserver un esprit critique?
Oser témoigner publiquement d’une foi plus ouverte
Et l’autocritique dans tout ça! Entre deux prières, avons-nous le temps pour un examen de conscience?
Lorsque vient le moment de témoigner des bienfaits de croire, de rappeler que ce ne sont pas toutes les religions qui méritent d’être qualifiées de misogynes et homophobes, où sont les communautés chrétiennes qui, comme la nôtre, sont davantage progressistes?
Qu’on se le tienne pour dit, les personnes qui flirtent avec Dieu.e n’ont pas toutes un balai dans le cul!

Sexagénaire, bénévoler au sein de l’organisme les Petits Frères, ainsi qu’Amnistie internationale. Membresse en règle du Collectif Échec à la guerre et de la Fédération des Femmes du Québec. Être alliée de Stella et des gens qui travaillent dans le domaine du sexe ou encore des personnes qui s’identifient à la communauté LGBTQ+.
Baccalauréat en littérature française et une maîtrise en bibliothéconomie et sciences de l’information, ça donne la piqûre de l’écriture, écrire encore et toujours des lettres ouvertes qui surgissent dans divers médias et collaborer par des textes avec Mon Credo, le Conseil régional Nakonha:ka et la collective de chrétiennes féministes L’autre Parole.