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Pourquoi l’engagement social est-il essentiel?

17 juin 2026
Photo de Stéphane Godbout

Stéphane Godbout

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Dans un monde qui semble être organisé autour du concept de chacun pour soi, l’engagement social semble être une perte de temps. Pourtant, ce choix de vie est la manifestation d’une foi incarnée.

L’engagement social est un chemin vers Dieu et son Royaume

La foi chrétienne ne se vit pas en retrait du monde, mais dans un engagement concret inspiré par l’Incarnation et l’appel biblique à la justice.

Servir, aimer et défendre la dignité humaine deviennent alors des lieux de rencontre avec Dieu et des signes du Royaume déjà à l’œuvre. Au cœur de communautés comme celles de l’Église Unie du Canada, cette conviction prend chair.

À travers cet engagement, j’ai découvert que la foi s’approfondissait, que la communion avec Dieu grandissait et que la joie de l’Évangile devenait plus réelle.

L’attente d’un engagement dégagé de toute forme de croyance

Nos sociétés traversent des crises multiples : fractures sociales, urgence climatique, isolement, perte de sens, manque de soins, décrochage scolaire, violences multiples.

En même temps, la société, de plus en plus sécularisée, nous transmet le message que nous ne devrions pas, comme croyants ou comme chrétiens, être visible dans notre engagement, nos opinions, nos actions.

L’attente est que nos croyances, nos signes et nos pratiques demeurent invisibles. Mais, dans les faits, est-ce que la foi chrétienne peut se révéler uniquement dans la sphère privée? Peut-elle être une affaire intérieure, limitée à la prière et à la vie personnelle?

L’Évangile répond clairement non. Jésus affirme même :

« Que votre lumière brille devant les hommes, afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux. » (Matthieu 5, 16)

La foi chrétienne est appelée à rayonner. Elle ne s’arrête pas à l’intimité du cœur : elle devient visible, agissante, incarnée.

L’engagement social n’est donc pas un supplément facultatif. Il est une expression naturelle de la foi vivante — et plus encore, un chemin vers Dieu lui-même.

Trouver le juste équilibre entre l’affirmation de sa foi et le respect de notre société sécularisée est bien difficile.

Comme gestionnaire du secteur de l’éducation, j’ai eu à concilier mes croyances, les sources profondes de mon engagement professionnel et mes pratiques religieuses avec mes obligations de neutralité.

C’est comme si on m’avait demandé de vivre ma foi dans un placard pendant des années, de cacher qui j’étais pour satisfaire à mes obligations professionnelles.

Je me suis réconcilié avec la situation en la rationalisant, en me disant que cette attente sociale avait un but noble, celui de protéger mon milieu du prosélytisme de certains.

Elle prenait racine dans les abus passés et actuels commis par nos églises. Mais ce silence obligé, cette forme de « cachette », a toujours été un poids, il est demeuré un fardeau au fond de mon cœur et il m’a amené à me sentir quelque peu marginalisé.

Dans le fond, j’ai dû, un peu comme Jésus l’a fait dans son ministère à son époque, agir en marge, vivre certains aspects de ma vie en « secrets » ou en toute discrétion et, parfois, prendre le risque de laisser la lumière s’allumer. Un équilibre nécessaire que j’ai toujours senti précaire, mais que j’ai accepté de plein gré.

L’engagement dans la société pour imiter le Christ

Au cœur du christianisme se trouve une affirmation radicale : en Jésus-Christ, Dieu entre dans l’histoire humaine.

« Et la Parole s’est faite chair, et elle a habité parmi nous. » (Jean 1, 14)

L’Incarnation signifie que Dieu ne sauve pas l’humanité à distance.

Il assume la condition humaine. Il partage la vie des plus pauvres, des malades, des exclus. Il touche les corps, il console, il nourrit, il enseigne, il dénonce l’injustice.

Si Dieu choisit d’habiter le monde, le croyant ne peut s’en retirer.

L’engagement dans la société devient imitation du Christ. Il ne s’agit pas d’adhérer à une idéologie, mais de participer à la logique de l’Incarnation : rejoindre les réalités concrètes là où elles se vivent.

L’histoire de l’Église Unie du Canada en témoigne. Dès sa fondation en 1925, elle a compris sa mission comme une présence active dans la société : développement d’institutions éducatives, implication dans les soins de santé, soutien aux communautés vulnérables.

La foi n’était pas pensée comme refuge, mais comme levain.

Cette dynamique se vit encore, notamment à l’échelle locale des communautés de foi.

À titre d’exemple, dans ma paroisse, à l’Église Unie de Sainte-Adèle, les célébrations dominicales sont suivies de repas partagés et de temps de fraternité qui prolongent naturellement le temps du culte.

Celui-ci ne s’arrête pas à la bénédiction finale : il se prolonge dans l’accueil, la conversation, le souci des uns pour les autres.

La foi devient relation concrète. Elle prend chair dans une communauté qui apprend à habiter son milieu avec simplicité et ouverture.

L’importance de défendre la justice et dignité humaine

La Bible refuse toute séparation entre culte et justice. Le prophète Amos proclame :

« Que la justice jaillisse comme les eaux, et la droiture comme un torrent intarissable ! » (Amos 5, 24)

La prière qui ne se traduit pas en justice devient incohérente.

La foi qui ignore la souffrance sociale se dessèche.

À cette exigence prophétique s’ajoute un fondement théologique majeur : « Dieu créa l’homme à son image; il le créa à l’image de Dieu. » (Genèse 1,27)

Ainsi, chaque être humain porte une dignité sacrée.

Défendre cette dignité n’est pas seulement un geste humanitaire; c’est un acte spirituel.

Servir l’autre, c’est honorer l’image de Dieu en lui.

L’Église Unie du Canada a cherché à vivre cette cohérence à travers son engagement pour les droits civiques, son travail de réconciliation avec les peuples autochtones, ses prises de position en faveur de la justice sociale et son évolution vers l’affirmation des droits et l’accueil inconditionnel des personnes issues des minorités sexuelles.

Ces démarches de réflexion et de transformation, parfois exigeantes, ont été portées par la conviction que la fidélité à Dieu passe par la défense de toutes et tous dans la dignité, la justice et l’amour.

L’engagement social nous transforme

Mais l’engagement ne transforme pas seulement la société. Il transforme le croyant.

Dans l’Évangile, Jésus-Christ déclare : « Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » (Matthieu 25, 40)

Servir le prochain devient rencontre du Christ lui-même.

L’engagement n’est plus simplement une obligation morale; il devient un lieu de communion.

Lorsque le croyant se décentre de lui-même pour aimer concrètement, quelque chose en lui s’élargit. Le cœur s’ouvre. La prière se densifie. La foi cesse d’être abstraite. Elle devient expérience vivante, source de bonheur.

D’ailleurs, dans la société civile en général, le bénévolat et l’engagement social sont reconnus comme des vecteurs de bonheur et de développement personnel.

Le Gouvernement du Canada souligne notamment que le bénévolat permet, en plus de contribuer à la communauté, d’acquérir de nouvelles compétences, d’élargir ses horizons, de développer un sentiment d’appartenance, d’élargir son réseau social et professionnel et de demeurer actif. Il contribuerait également à réduire le stress, l’anxiété, la dépression et l’isolement social.

Comme l’Évangile nous l’enseigne, nous devons reconnaître cette vérité universelle : « Le Royaume de Dieu est au milieu de vous. » (Luc 17, 21) Chaque geste de justice et de miséricorde rend visible une parcelle du Royaume. L’engagement devient participation à l’œuvre de Dieu.

Cette dimension est perceptible dans la vie paroissiale concrète.

Dans ma paroisse, la chorale, les fêtes communautaires, les activités ouvertes aux voisins et les moments de solidarité créent des espaces où la foi se vit dans la joie partagée.

Plusieurs personnes témoignent que ces initiatives ne sont pas seulement sociales : elles permettent aussi de nourrir la prière, d’approfondir les liens et de renforcer le sentiment d’appartenir à une œuvre plus grande que soi.

La communion fraternelle devient expérience de la présence de Dieu.

L’histoire de l’Église Unie du Canada démontre que son engagement social a nourri une réflexion théologique approfondie et une forte mobilisation communautaire.

Loin d’appauvrir la foi, l’action vécue dans l’Évangile est devenue à travers les années et les lieux des espaces d’enracinement spirituel profond.

Deux femmes partagent, symbole d'engagement social.
* Photo de Deski Jayantoro, unsplash.com. Utilisée avec permission.

L’appel de servir les autres

Jésus affirme : « Vous êtes le sel de la terre… Vous êtes la lumière du monde. » (Matthieu 5, 13-14)

Être sel et lumière ne signifie pas dominer, mais servir. Il s’agit d’apporter saveur, espérance et clarté là où l’obscurité menace.

Dans le contexte contemporain — crise climatique, inégalités, solitude sociale — l’engagement chrétien prend des formes multiples : implication locale, initiatives écologiques, participation responsable aux débats publics.

L’Église Unie du Canada poursuit aujourd’hui son engagement en matière de justice climatique, de solidarité et de réconciliation.

À travers ses instances et ses paroisses, cet engagement prend un visage concret, proche, humain. Il requiert des recherches, des débats, des prises de position et des actions réelles. Il s’agit d’une approche risquée, à l’image du ministère de Jésus, car elle peut provoquer conflits et fractures.

Mais qui a dit que suivre Jésus est une œuvre facile, un long fleuve tranquille rempli de certitudes?

Un engagement qui conduit au bonheur en Dieu

L’engagement chrétien découle de l’Incarnation, répond à l’appel prophétique et défend la dignité humaine. Mais il est aussi un chemin de joie.

« Il y a plus de bonheur à donner qu’à recevoir. » (Actes 20, 35)

Ce bonheur n’est pas superficiel. Il est participation à la vie même de Dieu, qui est don. En servant, le croyant peut entrer dans la dynamique de l’amour divin.

Il participe à la construction du Royaume et ainsi il y goûte dès maintenant.

Ainsi, l’engagement social n’est pas seulement une transformation du monde. Il est une transformation du cœur et de l’âme. Il devient croissance spirituelle, ancrage profond et communion avec Dieu.

L’exemple de l’Église Unie du Canada, à son échelle locale, régionale et nationale, rappelle qu’action et contemplation ne s’opposent pas.

Elles se nourrissent mutuellement.

La question demeure profondément personnelle et spirituelle : quel premier pas suis-je appelé à poser pour que ma foi devienne lumière et que, par cet engagement, je contribue concrètement à construire le Royaume de Dieu, à m’en rapprocher toujours davantage, à le vivre concrètement dans mon quotidien?

Photo de Stéphane Godbout

Actif au sein de l’Église Unie depuis 2013, Stéphane est célébrant laïc et célébrant laïc des sacrements depuis plusieurs années. Son engagement s’exprime principalement dans la paroisse de Sainte-Adèle et au sein du Ministère régional des Laurentides. Il est également membre du conseil d’administration et du comité exécutif du Séminaire diocésain de Montréal, ainsi que collaborateur de Mon Credo.

Stéphane affirme que sa vie a plus de sens, de joie, d’optimisme et de direction avec sa dimension spirituelle. Sa démarche repose sur une méditation continue de la vie, des écritures et des valeurs. Il s’intéresse à une spiritualité vivante et rassembleuse, qui énergise, apaise l’âme et s’enracine profondément dans la communauté. Il aspire à une foi simple, joyeuse et engagée, qui relève plutôt qu’elle ne juge. Les enseignements et les encouragements de Jésus-Christ constituent le cœur de sa démarche spirituelle.

Originaire de l’Abitibi, Stéphane a grandi dans les Laurentides à partir de l’adolescence. Engagé dans l’Église catholique durant sa jeunesse, dans la quarantaine, il a entrepris une démarche de recherche d’un milieu plus inclusif. Cette quête l’a conduit à l’Église Unie de Sainte-Adèle, où il a trouvé sa place et s’est pleinement investi depuis. Stéphane est maintenant à la retraite après une vie professionnelle bien remplie. Il a œuvré comme avocat et cadre supérieur dans le milieu de l’enseignement.

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