Oser un regard différent

Petites figurines militaires.

L’augmentation des dépenses militaires au Canada

13 février 2026
Photo de Martine Lacroix

Martine Lacroix

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Depuis quelques mois, les dépenses militaires au Canada ont augmenté de façon significative. Qu’est-ce que cela signifie pour les croyants? Désirons-nous vivre dans une société militaire?

Vous connaissez la comptine Malbrough s’en va-t-en guerre? Mironton, mironton, mirontaine! Cela ne vous rappelle-t-il point le premier ministre du Canada? Mark s’en va-t-en-guerre! C’est que depuis son arrivée au pouvoir, Mark Carney ne semble point se garder une petite gêne, comme on dit au Québec, quant à son intérêt pour le militarisme.

Par exemple, ce matin, en ouvrant mon cellulaire, Le Devoir m’informait de l’existence « d’une opération charme d’un constructeur sud-coréen pour le contrat des sous-marins canadiens ».

La ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, insistait sur le fait que ces investissements gargantuesques en défense permettraient ainsi de « protéger notre souveraineté et aussi de soutenir nos alliés » sans oublier la création d’emplois. Souvenez-vous de cette chanson de Pagliaro, « On vend des armes par voie diplomatique. Plus on en tue, plus on fait du fric

Hausse fulgurante des dépenses militaires au Canada

Si le Canada a souvent porté le bonnet d’âne en raison de son peu d’empressement à atteindre les objectifs avancés par l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord, notre nouveau PM a décidé de montrer que, lui, il était un premier de classe. La guerre, yes sir! comme l’écrivait Roch Carrier.

Ce 2% du produit intérieur brut fixé par l’OTAN? Aucun problème! L’unifolié exécute les ordres et puise 9.3 milliards dans son sac musette. Prochaine cible susurrée par les camarades de l’Atlantique Nord… 5% du PIB! Là encore, le gouvernement Carney se met au garde-à-vous.

Dans sa dernière infolettre, le Collectif Échec à la guerre signalait un article d’Owen Schalk, parue en novembre dans Canadian Dimension, qui qualifiait le Canada « d’important marchand d’armes mondial ». 

On y résumait ainsi la politique étrangère canadienne : « le profit ne l’emporte pas simplement sur la souffrance humaine, il l’éclipse complètement. »

Cela ne reflète-t-il pas de façon adéquate la prise de position du héros du récent Forum économique mondial de Davos, ancien gouverneur de la Banque du Canada puis de celle d’Angleterre, qui semble voir en la guerre des signes de dollar plutôt que des mares de sang…

Avions, munitions, drones, nouveaux capteurs et tutti quanti, notre pays se fait un devoir de regarnir le coffre à jouets de ses troupes. Elle est finie l’époque ou nos bidasses terrifiaient autant l’ennemi que le casse-noisette en bois de Tchaïkovsky.

Nos militaires auront désormais l’air aussi pros que les G.I. Joe et G.I. Jane de l’Oncle Sam. Même la Garde côtière change d’uniforme. On l’incorpore dans le ministère de la Défense nationale!

En novembre dernier, plusieurs sources, dont Radio-Canada, nous informaient que « l’industrie de la défense canadienne saluait les nouveaux investissements de près de 85 milliards de dollars sur cinq ans annoncés par le gouvernement Carney dans son budget ».

Dès juin dernier, alors que le gouvernement d’Ottawa annonçait ses ambitions militaires, une guerre des étoiles naissait dans les yeux de François Legault. Sur X, le premier ministre, aujourd’hui démissionnaire, s’extasiait sur « l’opportunité exceptionnelle pour l’économie du Québec ».

Mark Carney, politicien et chrétien

Jusqu’à quel point notre premier ministre, catholique et pratiquant, tente-t-il de convaincre ses homologues de privilégier le dialogue plutôt que les armes? On ne s’attend évidemment pas à ce que Mark Carney organise un bed-in à la John et Yoko devant le parlement à Ottawa. On peut toutefois se poser une question.

Lorsqu’il entend les appels à la paix du chef de l’Église catholique, lequel déplore que « la guerre est revenue à la mode », un certain malaise habite-t-il notre premier ministre?

Au début de janvier, le Journal de Montréal rapportait que l’occupant du trône de Saint-Pierre aurait même déclaré « qu’on ne recherche plus la paix comme un don ou un bien désirable en soi (…), mais on la recherche par les armes, comme condition pour affirmer sa propre domination. »

Autre piste de réflexion. La position naturelle d’une personne qui croit en Dieu.e doit-elle nécessairement se résumer à son opposition aux conflits? Même avec des connaissances faméliques en matière de religiosité, la plupart d’entre nous ont déjà entendu parler des guerres de religion. Combien de boucheries ont été commises au nom d’un Être suprême? Que ce soit Dieu.e, Allah ou Yahvé?

Peu importe la sphère dans laquelle on évolue, surgissent des divergences d’opinions. Aux yeux des personnes qui croient en une cause, n’est-ce pas normal que tous et toutes ne partagent pas les mêmes idées quant à la façon de réaliser leurs idéaux?

Faut-il alors se surprendre que les adeptes d’une même divinité expriment des points de vue différents sur les guerres comme ce fut le cas avec l’invasion de l’Ukraine par la Russie?

En août 2023, Euronews signalait que l’Église orthodoxe russe n’hésitait pas « à prendre des mesures disciplinaires voire à révoquer les prêtres russes qui militaient en faveur de la paix en Ukraine ».

N’empêche que lorsqu’on évoque la spiritualité, le mot « morale » ne devrait-il pas venir à notre esprit subito presto afin de nous éclairer telle l’étoile de Bethléem guidant les Rois mages vers Jésus? Car où se trouve la morale dans le fait de fermer les yeux sur les conséquences humaines, mais aussi environnementales des guerres?

Une religieuse qui confronte l'autorité militaire.
* Photo de Felix Koutchinski, unsplash.com. Utilisée avec permission.

Que faire à part prier?

Plusieurs actions citoyennes s’offrent à nous comme les marathons d’écriture d’Amnistie internationale, le port du coquelicot blanc en mémoire des victimes militaires, mais aussi civiles des guerres, parrainer des familles qui fuient des conflits, etc. 

On peut aussi manifester son indignation dans les rues, mais également par des lettres ouvertes. Le 20 janvier, Le Devoir publiait un texte rédigé par l’autrice de ces lignes.  

Aujourd’hui, est-il possible « de ne pas saisir que la gravité d’un séisme, cela ne se mesure pas toujours avec une échelle de Richter. Qu’un cratère, ça ne découle pas nécessairement d’un tremblement de terre. Qu’un abysse, ça peut contenir l’humanité … »

Photo de Martine Lacroix

Sexagénaire, bénévoler au sein de l’organisme les Petits Frères, ainsi qu’Amnistie internationale. Membresse en règle du Collectif Échec à la guerre et de la Fédération des Femmes du Québec. Être alliée de Stella et des gens qui travaillent dans le domaine du sexe ou encore des personnes qui s’identifient à la communauté LGBTQ+.

Baccalauréat en littérature française et une maîtrise en bibliothéconomie et sciences de l’information, ça donne la piqûre de l’écriture, écrire encore et toujours des lettres ouvertes qui surgissent dans divers médias et collaborer par des textes avec Mon Credo, le Conseil régional Nakonha:ka et la collective de chrétiennes féministes L’autre Parole.

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