Oser un regard différent

La rencontre entre Jacob et les deux soeurs: Léa et Rachel.

Léa et Rachel, deux soeurs, un mari et un Dieu

28 janvier 2026
Jean Loignon

Jean Loignon

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L’histoire du grand patriarche biblique Jacob est liée à Léa et Rachel. La compétition entre ces deux soeurs et la compassion de Dieu sont à la source des douze tribus d’Israël.

Une histoire de bigamie avec deux soeurs  

Les Églises chrétiennes conservatrices incitent volontiers leurs ouailles à pratiquer « une sexualité biblique » qui serait celle d’un homme et d’une femme mariés, dans le cadre d’un couple exclusif et voué à une procréation féconde et multiple.

Fonder bibliquement une telle conception suppose une lecture très sélective des Écritures et un détour par les récits du Premier Testament risque de ménager bien des surprises.

Ainsi l’histoire de Jacob est celle d’une bigamie incestueuse et d’un recours à des mères porteuses, pourtant à l’origine symbolique du peuple d’Israël…

C’est dans le livre de la Genèse, entre les chapitres 29 et 35.

Une histoire fondée sur le mensonge

Jacob, fils d’Isaac et préféré de sa mère Rebecca, est né dans une rivalité immédiate avec son frère jumeau Ésaü, à qui il extorque son droit d’aînesse et, par tromperie, la bénédiction de son père devenu vieux et aveugle.

Il doit s’enfuir chez son oncle Laban et lors d’une rencontre près d’un puits, il tombe amoureux de sa cousine, la très belle Rachel.

En échange de sept années de travail, il obtient de l’épouser, mais lors de la noce, Laban le trompe en substituant à Rachel sa soeur Léa, dont les charmes sont moindres.

Jacob persiste et finit par épouser Rachel, moyennant sept autres années de travaux.

Fin de l’histoire? 

Non, car des unions fondées sur le mensonge ne peuvent pas être heureuses.

Léa n’est pas aimée, mais elle est féconde; Rachel est aimée, mais elle est stérile : la jalousie va déchirer les deux soeurs et les lancer dans une compétition avec un moyen de l’époque, le même dont Sarah avait usé pour donner un premier fils (Ismaël) à Abraham.

Rachel donne sa servante Bilha à un Jacob plutôt passif et obtient deux fils reconnus comme les siens.

Mais Léa veut garder son avantage et bien qu’elle ait déjà enfanté six fils et une fille, elle donne à son tour sa servante Zilpa à Jacob : deux fils supplémentaires naissent.

Victoire démographique de Léa? Pas tant que cela, car Rachel devient féconde par intervention divine et donne enfin naissance à un fils, puis plus tardivement à un dernier, au prix de sa vie.

Deux soeurs qui semblent être en conflit.
* Photo de Bardia Golzar, unsplash.com. Utilisée avec permission.

Un Dieu au secours des deux soeurs

Nous avons à l’évidence dans cette histoire pas très recommandable le reflet d’une société patriarcale, où les femmes sont vouées à la procréation sous peine d’humiliation et de déshonneur et d’exclusion.

Les servantes (esclaves?) servent de ventres de substitution et sont niées dans leur rôle de mère, ce qui n’avait pas été le cas d’Agar.

Jacob, le trompeur trompé se décharge de ses responsabilités et c’est un Dieu réparateur d’une situation biaisée qui intervient.

Dieu est sensible au manque d’amour éprouvé par Léa et le compense par des naissances multiples.

Mais il se souvient de Rachel et la libère de sa stérilité, car rien n’est pire pour une femme dans cette société où la famille et les hommes sont tout.

Le lien entre les deux sœurs est-il brisé à jamais?

Non, car Léa et Rachel arrivent à se parler. La première possédant des mandragores – fruits et aussi philtre d’amour – elle accepte de les donner à Rachel, en échange de son accord pour s’unir à Jacob : négociation scabreuse à nos yeux, mais dont les deux femmes sont pour une fois actrices.

Léa et Rachel, les deux soeurs à l’origine des douze tribus d’Israël

Enfin, Léa et Rachel donnent elles-mêmes des noms imagés à leurs douze fils, lesquels à égalité, fils des deux mères ou des deux servantes, seront à l’origine des douze tribus d’Israël.

Ce Dieu réparateur et justicier ne serait-il pas un peu féministe?

* Cet article est grandement redevable au parcours « Frères et sœurs dans la Bible / Léa et Rachel » proposé par Théovie.

Jean Loignon

Professeur agrégé d’histoire, avec maîtrise de médiation culturelle et licence de théologie protestante.

Converti au christianisme protestant (ERF et EPUdF), président de conseil presbytéral en région parisienne, membre des synodes (régional et national) de l’ERF et de l’EPUdF), prédicateur laïc. Paroissien intermittent de l’Eglise Unie du Canada (paroisse  de Sainte-Adèle, la Parole sur le Pouce), porte-parole éphémère de la Table des Ministères en Français pour la presse régionale protestante(2020-22)

Collaborations : hebdomadaire Réforme, Ouest-Info (journal régional de la région Ouest de l’EPUdF), journaux paroissiaux ; au Canada : Aujourd’hui Credo, MonCredo.

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